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Archivage séminiaires 2013-2014

13 décembre 2013

Lundi 7 octobre

14h-16h

  • André Salem (Paris 3 SYLED) : « Approches textométriques des corpus textuels ».

La conférence sera suivie à 16h d’une démonstration en atelier avec les enseignants-chercheurs et les doctorants intéressés.

Jeudi 24-vendredi 25 octobre

Colloque Jeunes Chercheurs Praxiling « Manifestation(s) du désaccord. De la salle de cours aux réseaux sociaux ».

PROGRAMME

JEUDI 24 OCTOBRE 2013

8h30-9h00

Accueil des participants - Installation des communications affichées (salle Camproux)

9h00-9h30
Ouverture du colloque : Bruno Bonu, Directeur du Laboratoire Praxiling, Chantal Charnet, Directrice de l’ITIC

9h30-10h30 (Salle Camproux)

Conférencière invitée :

Catherine Kerbrat-Orecchioni, Professeur émérite, Université Lyon II : « Le désaccord, réaction « non préférée » ? Le cas des débats de l’entre-deux tours des élections présidentielles »

10h30-11h00
Pause-café

– « CONSTRUCTIONS LINGUISTIQUES DU DESACCORD », séance présidée par Jacques Bres (Salle Camproux)

11h00-11h30

Arthur Joyeux : « L’utopique construction discursive du consensus juridique : Le cas de la formule
« dialogue social » »

11h30-12h00

Elodie Baklouti : « Dissensus, reprises en écho et ironie »

12h00-12h30

Laetitia Grosjean : « Le parcours de construction du nom propre « musée du quai Branly » : controverse et mémoire »

12h00-14h00
Pause déjeuner

– « LE DESACCORD DANS LA NEGOCIATION ET L’INTERACTION », séance présidée par Christine Béal (Salle Camproux)

14h00-14h30

Lucie Riou : « Le désaccord entre amis : stratégies adoucissantes »

14h30-15h00

Biagio Ursi : « « Et c’est qui le chef ? » : négociations et manifestations du désaccord pendant la préparation de repas »

15h00-15h30

Isabel Colón De Carvajal : « Désaccord entre joueurs dans les jeux vidéo : vraie discorde ou fausse compétition ? »

15h30-16h00
Pause-café

– « DESACCORD, PATHOLOGIE ET ACQUISITION DU LANGAGE », séance présidée par Jérémi Sauvage (Salle Camproux)

16h00-16h30

Alexandra Caria : « Divergence catégorielle en consultation Alzheimer : un accomplissement pratique de la discordance »

16h30-17h00

Jessica Barraza Bizama : « Les premiers indices de désaccord dans la production de réponses non verbales et pragmatiques chez l’enfant en interaction avec l’adulte : le refus et la négation »

17h00-17h30

Vassiliki Markaki, Isabel Colón De Carvajal, Sandra Teston-Bonnard : « Modalités de désalignement et manifestations de désaccord chez les personnes aphasiques 17h30-19h00 Présentation des communications affichées autour d’un verre »

VENDREDI 25 OCTOBRE 2013

9h00-10h00 (salle Camproux)

Conférencière invitée :

Catherine Détrie, Professeur, Université Montpellier 3 « Être contre et/ou être tout contre…ou comment s’accorder/se désaccorder en textotant »

10h00-10h30
Pause-café

Deux sessions parallèles « LE DESACCORD DANS L’ESPACE PUBLIC »

« MEDIAS », séance présidée par Arnaud Richard (salle Camproux)

10h30-11h00

Lionel Scotto d’Apollonia : « Le « mille-feuille » discursif des desaccords dans le cas des controverses climatiques »

11h00-11h30

Lucie Alexis : « Le plateau de télévision : espace de manifestation du désaccord pour les artistes. Comparatif entre une émission de débat et un programme de divertissement de France 2 »

11h30-12h00

Clair-Antoine Veyrier : « Manifestations du désaccord en 140 caractères »

12h00-12h30

Hyacinthe Ouingnon : « Camus-Mauriac : une scénographie du dissensus »

– « L’ESPACE PUBLIC », séance présidée par François Perea (bâtiment C, salle 02)

10h30-11h00

Sébastien Roman : « L’illocution et la perlocution dans l’agir communicationnel. L’abstraction du consensualisme habermassien »

11h00-11h30

Virginie Cerdeira : « Argumenter, réfuter, publier en temps de guerre civile : d’autres armes pour se battre »

11h30-12h00

Jérôme Ravat : « “Eux” et “nous” : déshumanisation discursive et désaccord moral »

12h30-14h00
Pause déjeuner

14h00-15h00 (salle Camproux)

Conférencière invitée :

Valérie Robert, Maître de conférences, Université Paris III : « Polémiques entre intellectuels-formes et fonctions »


15h00-15h30
Pause-café

– « LE DESACCORD COMME EXPRESSION DE L’INDIVIDU FACE A L’ORDRE PUBLIC », séance présidée par Catherine Détrie (salle Camproux)

15h30-16h00

Muriel Montagut : « Les conditions nécessaires à la manifestation du désaccord »

16h00-16h30

Jérémie Moualek : « Le vote « réapproprié » - Quand l’électeur met des mots sur ses maux »

17h00-17h30

Clôture du colloque

Lundi 18 novembre

14h-16h

  • Jürgen Trouvain (Saarland University) : « Étude des caractéristiques prosodiques des commentaires sportifs »

Résumé :

Les commentateurs sportifs tentent souvent de générer un certain degré de suspense lorsqu’ils décrivent des actions en train de se dérouler durant un événement sportif. Différentes phases, qui sont généralement marquées par une structure prosodique particulière à chaque fois, sont ainsi présentes dans les commentaires sportifs. Pour exemple, les commentaires radio portant sur le football révèlent différents styles de parole, en rapport avec différentes tâches conversationnelles (Kern, 2010). Il est à noter que certaines de ces phases que l’on retrouve pour le football sont comparables à ce qui a pu être relevé lors de l’étude des commentaires de courses hippiques (Trouvain & Barry 2000).
Concernant les commentaires sur le football, le stade ultime du commentaire peut être considéré comme atteint lors du hurlement qui a lieu juste après un but, hurlement qui est réalisé avec un F0 élevé. Cela étant dit, des différences ont pu être relevées dans la réalisation du commentaire, selon que le but est pour ou contre l’équipe soutenue par le journaliste ou selon que le commentaire est adressé à un auditeur radio ou à un téléspectateur (Trouvain, 2011).
En outre, la construction du commentaire sportif montre des changements substantiels au niveau de la fréquence fondamentale, de l’intensité, du timing articulatoire, de l’utilisation des pauses et des respirations, changements qui contrastent fortement avec, par exemple, de la parole enregistrée en laboratoire.
De façon évidente, nos données montrent qu’un acte de communication réel donne lieu à des variations phonétiques plus importantes et plus extrêmes que la parole de laboratoire n’est capable d’en fournir.

Références :

Kern, F. 2010. Speaking dramatically : The prosody in radio live
commentaries of football games. In : Selting, M., Barth-Weingarten, D. &
Reber, E. (eds) : Prosody in Interaction. Amsterdam : Benjamins, pp. 217-238.

Trouvain, J., & Barry, W.J. 2000. The prosody of excitement in horse
race commentaries. Proceedings of the ISCA-Workshop on « Speech and
Emotion », Newcastle (N. Ireland), pp. 86-91.

Trouvain J. 2011. Between excitement and triumph – live football
commentaries in radio vs. TV. Proceedings of the 17th International
Congress of Phonetic Sciences, Hong Kong, pp. 2022-2025.

Lundi 9 décembre

9h à 17h, salle Camproux

Journée des doctorants Praxiling

14h, campus Route de Mende, bätiment B, salle B 308 (accès au troisième étage par l’escalier extérieur en face du BRED)

  • Soutenance HDR de Béatrice Fracchiolla (tutrice Catherine Détrie)

Jury : Nathalie Auger (Montpellier 3), Philippe Blanchet (Rennes 2), Catherine Détrie (Montpellier 3), Claudine Moïse (Grenoble 3, Laurence Rosier (Université Libre de Bruxelles ULB), Diane Vincent (Université Laval, Québec).

Titre de la synthèse : « Altérité énonciative et performativité des discours. Pour une linguistique relationnelle »

Résumé

Partant de mes principaux terrains et champs d’analyse (la violence verbale, la question du genre, la question didactique), je propose une réflexion sur la place et l’articulation des personnes en discours, à partir des théories de l’énonciation (Benveniste 1966, 1974 ; Maingueneau 1981, 1995 ; Kerbrat-Orecchioni 1980). Je, au centre de l’énonciation, réduit généralement Tu à un « miroir-de-Je » et rejette la troisième personne à la périphérie de la déixis.

Mon questionnement de l’énonciation et des interactions entre les personnes, non pas dans une dimension strictement grammaticale, mais en fonction des relations qu’elles permettent de développer et de tisser socialement entre les individus (Goffman 1959/trad. fr. 1973, Kerbrat-Orecchioni 1992), m’ont amenée à m’intéresser à la dimension performative des discours. L’angle d’approche privilégié n’est donc pas la manière dont les personnes construisent ensemble une énonciation et/ou des discours, mais l’effet de l’énonciation et des discours sur les personnes : je pars de l’idée que tout discours et, plus généralement, toute énonciation agissent nécessairement sur les sujets/les individus.
Ce travail, qui se situe dans la lignée d’un certain nombre de réflexions menées dans différentes disciplines des sciences humaines, est ancré en sociolinguistique et en analyse du discours. Il se propose de réfléchir différemment à la place des personnes dans l’énonciation, cela, à partir de celle d’abord interlocutive et discursive qui est la leur, par laquelle chaque énonciation ne saurait exister que par la voie ouverte par d’autres qui l’ont précédée et portée par d’autres voix.

Les notions de dialogisme (Bakhtine,1929/1977), d’intertextualité et d’interdiscursivité (Pêcheux 1975 ; Maingueneau 1997 ; Heller 2002), d’intersubjectivité (Détrie 2002), de face (Goffman 1959/ 1973, 1967/1974) et d’ethos (Amossy 1999) sont ainsi naturellement convoquées là où il est globalement question d’interactions verbales. Tu est revisité dans la perspective de l’interlocution. Quant à la troisième personne, elle est envisagée plutôt comme la « tierce » personne, dans la mesure où, en tant que représentante d’un sujet animé, la tierce personne est celle qui permet la triangulation de la parole et la sortie de la relation duelle – et possiblement conflictuelle, car binaire – entre Je et Tu. En cela, la tierce personne est à la fois témoin, séparatrice, médiatrice.
Sur les bases de cette réflexion, je propose également de considérer que la dimension binaire inhérente à l’assignation de sexe puisse porter en elle-même une dimension conflictuelle, que seules des réflexions contemporaines et poussées – voire radicales – sur la notion de genre peuvent permettre d’extrapoler (notion de gender creative, de personne asexuée ou encore refus d’assignation de sexe à la naissance au profit d’une reconnaissance de la personne). J’examine enfin comment cette notion de tierce personne médiatrice s’articule également à la dimension didactique des interactions à travers les notions de compétence de communication (Hymes1971/1984) et d’interculturel (Abdallah-Pretceille 1996, 2004). Chemin faisant, j’en arrive finalement à définir un Je relationnel, qui est aussi un Je social, en réseaux de sens et lieu où se croisent des discours. D’une certaine manière, Je est un carrefour dont il est le seul également à pouvoir régler la circulation. Cette réflexion pose de la sorte constamment la double question de l’altérité énonciative et de la performativité des discours.

Lundi 13 janvier

14h-15h30

  • Mélissa Barkat-Defradas et Fabrice Hirsch : « Esthétique des voix pathologiques »

Résumé

L’évaluation de la qualité vocale et la perception de sa dégradation à travers différents indices acoustiques sont des préoccupations majeures pour les professionnels de la voix impliqués dans les processus de rééducation vocale. Dans ce cadre, il convient d’accorder une attention
toute particulière à l’ensemble des indices susceptibles de délivrer des informations pertinentes pour aider au diagnostic et évaluer les effets des rééducations vocales proposées.

De ce fait, l’apport de la phonétique expérimentale à la pratique clinique est un fait avéré. Si l’étude que nous proposons s’inscrit dans l’évaluation de la qualité vocale, notre problématique est davantage axée sur la dimension esthétique de la voix dans le contexte spécifique des pathologies vocales. Notre objectif vise en effet à évaluer le caractère plus ou moins séduisant des voix dysphoniques, notamment des voix rauques.

“Eraillée”, “rocailleuse”, “rauque” sont les termes les plus fréquemment employés pour décrire la qualité de certaines voix dysphoniques. Pourtant, si la raucité est le plus souvent perçue comme un symptôme pathologique associé à des représentations négatives (Verduyckt, et al., 2013), les voix présentant un degré de raucité moyen peuvent aussi être perçues comme séduisantes (Seidner & Büttner, 1999 ; Barkat-Defradas et al., 2012 ; Barkat-Defradas et al., 2013).

L’objectif de notre étude est d’étudier l’impact de la raucité sur l’attractivité vocale perçue.

Lundi 20 janvier

14h-16h (attention : la conférence a lieu exceptionnellement salle Camproux)

  • Geert Jacobs (NT&T Ghent University) : « Éclairer/Interroger : réflexions sur les ‘ins’ et ‘outs’ de l’ethnographie des médias »

Résumé

Dans son nouvel essai ‘Why Ethnography Matters’, Didier Fassin dit que l’ethnographie est surtout pertinente pour les domaines sous-étudiés de la société, mais qu’elle peut aussi jouer un rôle dans les espaces saturées par le consensus : dans le premier cas, elle éclaire l’inconnu ; dans le deuxième, elle interroge l’évident. Il conclut que l’ethnographie doit en même temps être critique et publique (2013 : 642).

À partir de diverses recherches ethnographico-linguistIques dans le domaine de la production journalistique conduites par l’équipe New Text & Talk à Gand (cf. NT&T 2011), je propose une réflexion sur les défis qui font partie de cette double ambition d’être critique et publique. J’initierai le débat en présentant un cas issu d’un travail sur le terrain au printemps 2009 dans la salle de rédaction du journal télévisé de la RTBF, la Radio-télévision belge de la Communauté française à Bruxelles (cf. aussi Tobback & Jacobs 2013). Dans ce cas, j’ai suivi un des ‘journalistes star’ de la division politique belge quand il travaillait sur l’histoire d’une politicienne d’origine turque qui aurait recadré sa photo de campagne pour les élections régionales afin de cacher son voile.

Comme les médias traditionnels sur lesquels nous effectuons nos recherches ne sont ni sous-étudiés ni saturés par le consensus, je montrerai que notre travail peut (et devrait) éclairer l’inconnu et interroger l’évident.

Références bibliographiques

  • Didier Fassin (2013). Why Ethnography Matters : On Anthropology and its Publics. Cultural Anthropology 28. 621-646.
  • NT&T (2011) Towards a Linguistics of News Production. Journal of Pragmatics 43. 1843-1852.
  • Els Tobback & Geert Jacobs (2013). Un regard Ethnographique sur la Production du Journal Télévisé : le Traitement des “Sonores” en Langue étrangère à la RTBF. Danielle Londei et al (éds). Dire l’Evénement : Langage Mémoire Société. Presses Sorbonne Nouvelle. Pp. 99-111.

*La conférence sera tenue en anglais, avec des supports de communication en français

Lundi 27 janvier

  • Marie-Claude Monfrais-Pfauwadel (ORL-Phoniatre, ancien Praticien attaché Consultation du Bégaiement, Laboratoire Voix/Parole/Déglutition de l’AP-HP) : « De la phonétique à la clinique, et réciproquement. Le cas particulier des disfluences »

Résumé

Comme les deux faces supposées d’un anneau de Moebius, la Phonétique clinique et la Phoniatrie entretiennent des relations étroites, mutuellement incluses et s’enrichissant l’une l’autre sans être jamais les mêmes…

Au fur et à mesure des avancées technologiques l’analyse de la parole s’est affinée et la sémiologie devenue d’autant plus complexe, au point de bouleverser la classification et l’identification des pathologies.
Seront exposées les caractéristiques majeures de la dimension fluence du discours, son acquisition et ses différentes pathologies. Le rôle des pauses et des variations de débit y sera exposé, ainsi que les tactiques d’auto-correction, aussi bien dans la parole fluente que dans la parole disfluente, voire pathologiquement disfluente. La notion nouvelle de chunking y sera développée.

La pathologie est-elle la dernière frontière à conquérir pour les phonéticiens, la normalité celle des phoniatres ? les frontières ne sont plus les mêmes et les deux territoires s’incluent l’un l’autre de plus en plus. Les enjeux diagnostiques et thérapeutiques sont importants et il devient essentiel de raffiner la démarche clinique et de ne plus juger « à l’oreille ».

C’est aussi de la qualité des soins qu’il s’agit – et la question pratique de l’évaluation des traitements sera celle qui nous met tous au pied du mur.

Lundi 10 février

14h-16h

  • Aliènor Bertrand (CR CNRS, UMR5037) « Ecocide, génocide : parcours dans les textes juridiques internationaux »

Résumé

« Si le génocide est bien le rêve des pouvoirs modernes, ce n’est pas par un retour aujourd’hui du vieux droit de tuer ; c’est parce que le pouvoir se situe et s’exerce au niveau de la vie, de l’espèce, de la race et des phénomènes massifs de populations. » (Foucault, La volonté de savoir, Gallimard, Paris, 1976, p. 180).

Forgé en 1944 par le juriste américain Raphaël Lemkin pour qualifier la destruction systématique des juifs et des tsiganes d’Europe, le terme de génocide reste longtemps lié à la singularité de ce massacre, aussi bien dans un cadre juridique que dans l’usage courant. Il est nettement distingué de celui d’ethnocide qui est réservé à différentes formes d’anéantissements culturels. Le concept d’écocide, quant à lui, demeure confiné dans des cercles restreints pendant des dizaines d’années bien que son introduction dans le droit international ait été débattue dès 1947 à la Commission du droit international.

Aujourd’hui, la pénalisation du crime d’écocide est l’objet d’une initiative citoyenne européenne, tandis que le terme de génocide, dont l’usage est considérablement étendu, connaît une nouvelle qualification juridique dans la Déclaration du droit des peuples autochtones et dans des décisions de justice, comme au Guatemala et au Brésil.

S’il est vrai, comme l’affirme Foucault, que l’exercice moderne du pouvoir est essentiellement lié au génocide, la qualification d’un génocide dépend d’éléments permettant de définir l’acte de destruction physique et organisée d’un peuple. Sur quels critères juger l’extension juridique contemporaine de l’usage du terme de génocide ? Pourquoi vouloir introduire la notion d’écocide comme cinquième crime contre la paix ? Comment démêler les usages des termes génocide, ethnocide et écocide ?

Lundi 17 février

14h-15h30

  • Jérémi Sauvage : « Acquisition du langage et interactionnisme socio-discursif (ISD) »

Résumé

Complexité
Le but de l’exposé est de montrer en quoi une approche complexe des dynamiques de l’acquisition du langage permet de mieux cerner les processus socio-interactionnistes constitutifs de l’évolution langagière chez l’enfant. Une approche complexe nécessite de s’intéresser à la fois aux travaux initiés par Morin (Morin & Le Moigne, 1999) mais également aux études des systèmes dynamiques (Thelen & Smith, 1994), en particulier à l’évolution non-linéaire de ces derniers, ce qui inclut également les approches systémiques et conduit à considérer le langage comme un système complexe (Elman, 1995).

ISD
Dans le cadre de l’ISD, le processus de conscientisation (Bronckart, 1997) est le résultat de l’action d’autrui sur ses propres représentations, ce qui a pour effet de perturber les représentations déjà existantes. S’élabore alors une prise de conscience débouchant sur une évolution de la représentation (La sémiotisation des représentations individuelles – Bronckart, 1997, 2012 ; Sauvage, 2003). Pour ce faire, l’évolution de la représentation ébranlée doit alors se rapprocher de normes sociales existantes afin de pouvoir être socialement partagée. En d’autres termes, le système déstabilisé aspire à recouvrer une stabilité nouvelle au cours de son processus d’évolution. Cette phase s’appuie donc sur une capacité de l’individu à faire évoluer ses représentations du monde pour construire des savoirs sémiotisés.

Chaos

Lorsque l’on parle des théories du chaos, il faut entendre chaos apparent, ce qui signifie que dernière cette apparence subsiste un ordre plus ou moins organisé ou, dans tous les cas, en cours d’organisation. Le chaos peut alors être mesuré par l’entropie qui qualifie la quantité du désordre présent dans un système, comme les variations articulatoires et leur évolution chez le jeune enfant à propos du développement phonétique/phonologique (Sauvage, 2002). Tout ceci invite à s’interroger sur a) l’origine de ce désordre, b) la nature de ce désordre c) l’évolution de ce désordre.

Illustration

Nous nous appuierons dans cette présentation sur deux études de cas concernant l’évolution des variations articulatoires de la prononciation des attaques occlusive + liquide (/tR/, /kR/, /dR/, etc.) en tenant compte des interactions sociales entre l’enfant et son environnement.

Pour ce qui est de l’origine du désordre, les phénomènes ou variables qui en sont la cause sont soit issus de l’extérieur du système, soit issus de l’intérieur du système. La stabilité du système dans tous les cas est alors remise en cause, ce qui se manifeste par un état instable, c’est-à-dire perturbé et donc déséquilibré. Concernant la nature de ce désordre, selon que l’origine de la perturbation soit externe ou interne au système, on pourra mesurer l’entropie existante et déterminer son rôle sur l’évolution du système. C’est alors l’évolution du désordre qui mérite d’être également étudiée, dans la mesure où un processus d’évolution se caractérisera par une décroissance du désordre qui permettra de retrouver un état stable mais modifié. La complexité du phénomène devient alors éloquente à partir du moment où plusieurs éléments perturbateurs interviendront en même temps, que leur origine soit interne ou externe au système.

Nous montrerons donc, dans notre présentation, deux études montrant les dynamiques non-linéaires de l’articulation d’attaques occlusive + liquide chez deux enfants observés pendant 2 ans. De ces observations, nous essaierons de faire des propositions pour aller vers une conceptualisation les liens entre ISD, complexité et théorie des systèmes dynamiques.

  • Beck, C. & Schlogl, F. 1993. Thermodynamics of Chaotic Systems. An Introduction, Cambridge Nonlinear Science Series, Vol. 4 (Cambridge University Press Cambridge (UK).
  • Bronckart J.-P. 2012. Le rôle de la maîtrise langagière dans le développement identitaire des personnes. In Sauvage J. & Demougin F. (Eds) La construction identitaire à l’école. Paris : L’Harmattan : 19-40.
  • Bronckart J.P., 1997. Activité langagière, textes et discours : pour un interactionnisme socio-discursif, Genève : Delachaux & Niestlé.
  • Elman, J. L., 1995. Language as a dynamical system. In Port R.F. & van Gelder T. (éds.). Mind as Motion : Explorations in the Dynamics of Cognition. Cambridge, MA : MIT Press, 195-223.
  • Morin E. & Le Moigne J.-L. 1999. L’intelligence de la complexité. Paris : L’Harmattan.
  • Sauvage J. 2002. Phonological development in French : the part of lexical dimension in the variation. In B. Lewandowska-Tomaszczyk & K. Turewicz (éds) (2002) : Cognitive Linguistics Today, Berlin : Peter Lang, 571-581.
  • Sauvage J. 2003. Développement langagier, chaos et interactions sociales. In Langage & Société 105, 85-94.
  • Thelen, E. & Smith, L.B. 1994. A dynamic systems approach to the development of cognition and action. Cambridge, Massachusetts : The MIT Press.

15h30-17h

  • Maud Verdier : « L’étude des émotions en situation d’interactions médiatisées »

Résumé

Se situant à l’intersection de la linguistique interactionnelle et de l’anthropologie linguistique, notre projet de recherche a pour objet l’étude de l’expression des émotions dans des situations d’interactions incluant les technologies numériques. Habituellement, on étudie la manière dont le dispositif technique transforme la relation intersubjective, en insistant sur les problèmes interactionnels qu’il génère. En optant pour une approche contrastive qui prend en compte les situations médiatisées ordinaires et institutionnelles, nous chercherons à préciser l’impact réel de la dimension médiatisée de l’interaction sur les relations. A titre d’exemple, nous nous focaliserons sur un phénomène conversationnel rarement étudié par la linguistique interactionnelle, que sont les émotions différées.
Cette recherche a pour ambition de contribuer aux débats en cours en ethnopragmatique sur l’articulation entre l’action dans l’interaction et l’expression des émotions (Sorjonen et Peräkylä 2012 : 9). Nous proposons en outre une discussion critique par rapport aux travaux de Wharton (2003) : plutôt de privilégier une approche néo-darwinienne, nous optons pour une conception procédurale de l’interaction.

Bibliographie

  • Ameka F. (1992) « Interjections : The universal yet neglected part of speech », Journal of Pragmatics 18, 101-118.
  • Bergmann, J. (1992) « Veiled morality : notes on discretion in psychiatry », in P. Drew & J. Heritage (Eds.), Talk at work : Interaction in institutional settings, Cambridge : Cambridge University Press, pp. 137-162.
  • Couper-Kuhlen, E. (2012) On affectivity and preference in response to rejection. Text and Talk 32, p. 453-475.
  • Du Bois (2012), « Taking a stance on emotion : affect, sequence, and intersubjectivity in dialogic interaction », Text and Talk, Volume 32, ,Issue 4, p. 433-451.
  • Goodwin, M., Cekaite, A., & Goodwin, C. (2012) « Emotion as Stance », in M.-L. Sorjonen & A. Perakyla (Eds.), Emotion in Interaction, Oxford : Oxford University Press, pp. 16-41.
  • Hakulinen A., Sorjonen M.-L. (2012) « Being equivocal : Affective responses left unspecified », in M.-L. Sorjonen & A. Perakyla (Eds.), Emotion in Interaction, Oxford : Oxford University Press, p. 147-173.
  • Peräkylä A., Sorjonen M.-L. (2012) Emotion in Interaction, Oxford : Oxford University Press.
  • Ward N. (2006) « Non-lexical conversational sounds in American English », Pragmatics & Cognition 14 (1), p. 129-182.
  • Wharton T. (2003) « Interjections, language, and the “showing/saying” continuum », Pragmatics & Cognition 11 (1), p. 39-91.

Lundi 24 février

14h-16h

  • Emilie Devriendt (Université de Toulon et du Var, EA 2649 Babel) : « Les identités multiples dans les discours de et sur les femmes et jeunes filles dites « voilées » en France »

Résumé

Je m’intéresserai à l’articulation entre genre, « race » et classe selon une approche de sémantique lexicale et discursive, en travaillant sur la question des identités multiples telle qu’elle peut être illustrée par les procédés linguistiques et discursifs de catégorisation (e.g. Bannerji 2012). Il s’agira en particulier de déterminer la part du genre dans les discours à la fois de et sur les femmes et jeunes filles dites « voilées » en France.
Pour ce faire, je m’appuierai sur un corpus ouvert constitué autour du moment socio-politico-discursif que les médias français ont pu nommer « l’affaire du voile » (2003-2004). Ce moment sera principalement étudié dans le discours de la presse généraliste française, en particulier pour élaborer l’analyse des phénomènes d’hétéro-désignation, qui y sont majoritairement représentés. Des sources diversifiées viendront en complément, tant du point de vue textuel (textes institutionnels, associatifs, etc.), que du point de vue référentiel (moments discursifs plus récents). Outre ce corpus, l’auto-désignation sera principalement étudiée à partir des témoignages écrits recueillis dans Chouder, Latrèche & Tévanian (2008), ainsi que dans des publications militantes, comme les sites internet de collectifs constitués en réaction à « l’affaire » et au vote de la loi du 15 mars 2004 (Collectif des femmes pour l’égalité, Une école pour tous-tes etc.).

Si la désignation (de soi ou de l’autre) passant par l’attribut du foulard ou « voile » islamique (hidjab) s’applique nécessairement à des personnes catégorisées comme femmes, cette assignation est à même de demeurer implicite (en particulier quand l’accent est mis sur leur identité religieuse), ou bien de se trouver explicitée (par exemple dans les arguments féministes, quelle que soit par ailleurs leur orientation idéologique). Dans tous les cas, la dimension genrée croise la racisation des personnes désignées, descendantes d’immigrantEs, principalement d’origine Africaine ou Nord-Africaine (Guénif-Souilamas 2000), et la question se pose de savoir comment s’articulent ces deux dimensions en fonction des stratégies socio-politiques et discursives (majoritaires d’une part, ou minoritaires) impliquées par les différentes formes de domination en jeu (Delphy 2008).

Je mènerai tout d’abord une étude contrastive de la construction lexicale et syntaxique de l’image de soi d’une part (e.g. Chetcuti 2012), des « autres » d’autre part. Une approche textuelle de l’usage argumentatif des désignants et prédicats recensés doit ensuite permettre de faire ressortir la pertinence (ou non) du genre en fonction des visées pragmatiques contradictoires attestées dans le corpus et de décrire, ce faisant, les rôles discursifs qui lui sont assignés, en articulation avec les dimensions identitaires de « race » et de classe. À travers l’analyse linguistique et discursive des phénomènes de nomination, notamment dialogiques, cette contribution devrait donc permettre de préciser certaines modalités linguistiques et discursives de l’intersectionnalité (Palomares & Testenoire 2010).

  • Références citées
  • Bannerji, I. (2012) : « La passion de la nomination : identité, différence et politique de classe ». In Boggio Éwanjé-Épée, F. & Magliani-Belkacem, S. (coord.). Race et capitalisme. Paris : Syllepse. 95-123.
  • Chetcuti, N. (2012) : « La nomination de soi, entre catégorisation et intelligibilité : penser le genre ». In Chetcuti, N. & Greco, L. (éds). La face cachée du genre. Langage et pouvoir des normes. Paris : Presses de la Sorbonne nouvelle. 105-121.
  • Chouder, I., Latrèche, M., Tévanian, P. (éds) (2008) : Les filles voilées parlent. Paris : La Fabrique.
  • Delphy, C. (2008) : « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme ». In Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?. Paris : La Fabrique. 174-216.
  • Guénif-Souilamas, N. (2000) : Des « beurettes » aux descendantes d’immigrants nord-africains. Paris : Grasset.
  • Palomares, É. & Testenoire, A. (éds) (2010) : Prismes féministes. Qu’est-ce que l’intersectionnalité. L’Homme et la société n°176-177.

Lundi 10 mars

14h-16h

  • Christian Licoppe (Professeur de Sociologie, ParisTech) : « Un ordre social visuel : l’organisation de l’image et la parole dans la visiocommunication, des contextes d’usages ordinaire jusqu’aux interventions à distance dans les tribunaux »

Résumé
Dans cette intervention on s’intéressera à la production conjointe de l’image et de la parole dans les dispositifs de video-communication contemporains où la portabilité des terminaux et la mobilité de caméra permettent de produire facilement des mouvements de caméra et des nouveaux plans, au fil de l’interaction. En s’appuyant sur une perspective tirée de l’ethnométhodologie et l’analyse de conversation, nous nous focaliserons sur les usages actuels de la visio-conférence au tribunal :

– comment les participants s’orientent vers une exigence normative de visibilité à l’écran de certains participants et comment réciproquement ils s’orientent vers la visibilité à l’écran comme ayant des implications interactionnelles et séquentielles ;

– comment les changements de plan constituent un vocabulaire d’actions filmiques reconnaissables comme des « formulations visuelles » du cadre de participation, dont la production est finement coordonnée à la production des tours de parole, et qui renouvellent réflexivement l’écologie audio-visuelle ;

– comment sont initiées des ’réparations’ du cadre visuel, et ce de manière très asymétrique quant aux droits et des obligations des différents participants, suggérant la nécessité de développer une “ jurisprudence visuelle ”.

Lundi 17 mars

14h-15h30

  • Nathalie Auger : « Enfants gitans à l’école et en famille : d’une analyse des dynamiques langagières en famille aux pratiques de classe »

Résumé

Le but du projet est d’améliorer l’apprentissage scolaire dans le contexte de plurilinguisme et d’oralité multi-séculaire de la population gitane. Une approche couplée d’études en famille et à l’école permet d’appréhender l’entrée en littéracie qui est un des objectifs primordiaux de l’école et ne correspond pas forcément aux pratiques et aux représentations des familles davantage tournées vers l’oral.
Notre méthodologie générale, ethnographique, se fonde sur des observations participantes à la fois sur le terrain scolaire (auprès des enseignants, des élèves, du personnel éducatif, des parents), en famille (enfants, parents) et dans les associations qui travaillent avec la population gitane. Nous travaillons également sur les pratiques scolaires en collectant des productions d’élèves, des écrits ou documents oraux présents dans les familles. L’étude des langues utilisées en famille et à l’école, des pratiques en matière d’oralité et d’écriture mise en perspective avec les données de la recherche en matière d’acquisition et de didactique nous autorise à des propositions concrètes pour l’Ecole.

Adjemian, C., 1976, « On the nature of interlanguage system », Language Learning 26 (2), 297-320.
Auger, N. (2013), “Exploring the use of migrant languages to support learning in mainstream classrooms in France” in Managing Diversity in Education, C. Leung, D. Little et P. Van Avermaet (dirs.), Bristol (UK), Multilingual matters, 173-225.
Bardel, C. 2006, La connaissance d’une langue étrangère romane favorise-t-elle l’acquisition d’une autre langue romane ? Influences translinguistiques dans la syntaxe en L3. Acquisition et Interaction en Langue Etrangère 24, 149-180.
Blanche-Benveniste, C. & Valli, A. (dirs.), 1997, L’intercompréhension : le cas des langues romanes, Le français dans le monde (numéro spécial), janvier.
Candelier, M., Ioannitou, G., Omer, D. & Vasseur M-T. (dirs.), 2008, Conscience du plurilinguisme, Rennes, Presses universitaires de Rennes.
Cerquiglini, B., 1999, Les langues de la France. Rapport au Ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie et à la Ministre de la Culture et de la Communication.
Cenoz, J., Hufeisen, B. & Jessner, U., 2001, (eds) Cross-linguistic Influence in L3 Acquisition : Psycholinguistic Perspectives. Clevedon : Multilingual Matters.
Coste D., Auger, N., al. (2013) Les langues au cœur de l’éducation : principes, pratiques, propositions, Cortil-Wodon (Belgique) Editions Modulaires Européennes, 320 pages.
Cummins, J., 2000a, Language, Power and Pedagogy, Bilingual Children in the Crossfire, Multilingual Matters, Clevedon.
De Angelis G. et Dewaele J.-M. (eds) 2011. New trends in Crosslinguistic Influence and Multilingualism Research, Clevedon : Multilingual Matters.
Gajo, L., & Mondada, L., 2000, Interactions et acquisitions en contexte, Fribourg : Editions Universitaires de Fribourg.

15h30-17h

  • Aleksandra Nowakowska : « Un ménage à trois : le cas de l’interview politique »

Résumé

Je poserai l’articulation des notions de dialogalité (niveau de l’échange : pluralité des locuteurs) et de dialogisme (niveau de l’énoncé : hétérogénéité énonciative), afin de décrire la particularité du cadre participatif en situation de double adresse dans l’interview politique. Après avoir décrit ce cadre, j’analyserai précisément l’un des aspects de l’interaction avec l’allocutaire absent, récepteur auditeur : le fonctionnement de la désignation de celui-ci, notamment en essayant de le mettre en relation avec la notion de dialogisme pour décrire sa possible dimension dialogique interlocutive.

Lundi 24 mars

14h-16h

  • Shigéhide MORIWAKI (Université de Beppu, Japon) : « Utilisation de corpus en linguistique japonaise »

Enseignant-chercheur en histoire de la langue japonaise (histoire de la grammaire), je ne suis pas spécialiste des recherches quantitatives, ni du traitement informatique des données linguistiques. Cependant mes recherches ne reposent pas seulement sur la « linguistique théorique », telle la grammaire générative ; elles sont centrées sur des occurrences attestées, auxquelles elles donnent la priorité, et s’appuient sur l’utilisation de corpus linguistiques.

À propos des corpus relatifs à la langue japonaise seront présentés les points suivants :

1) représentativité des corpus ;

2) annotations diacritiques et transcriptions nécessaires pour questionner les corpus (le système d’écriture japonais ne sépare pas les mots ; les procédures graphiques sont diverses – signes idéographiques, syllabaires hiragana et katakana, caractères latins) ;

3) accessibilité des corpus (droits d’auteur).

Tout en examinant ces trois questions, je présenterai quelques corpus en accès au Japon, en particulier des corpus contemporains, en distinguant trois périodes : 1990-95, 1995-2000, les années 2000.

Lundi 31 mars

14h-15h30

  • Christel Le Bellec et Agnès Steuckardt : « L’écrit peu lettré comme observatoire de la grammaticalisation. L’exemple de l’auxiliation »

Résumé

La Grande Guerre a contraint des hommes et des femmes pour qui l’écrit n’était pas un chenal de communication habituel, à se saisir, au quotidien, des rudiments appris à l’école de la Troisième République afin d’entretenir, par les lettres et les cartes, un dialogue différé. Le laboratoire Praxiling a constitué un corpus de ces correspondances peu lettrées, comptant 650 lettres ou cartes, pour les trois-quarts issues de familles héraultaises. L’écrit qu’elles pratiquent n’est pas toujours conforme aux standards du français écrit de ce début du 20e siècle ; on se propose d’y chercher la trace de zones d’instabilité de la langue. On s’intéressera plus précisément dans cette présentation à la grammaticalisation des certaines formes composées du verbe.

Nous examinerons trois cas d’auxiliation : l’emploi de être et avoir comme auxiliaires de passé composé des verbes intransitifs, l’emploi de être devant l’infinitif de progrédience, l’emploi de vouloir devant infinitif pour former une périphrase à valeur futurale. Le corpus atteste la vitalité de la concurrence ancienne entre être et avoir dans l’auxiliation des verbes intransitifs, ainsi : nous avons restés dans la tranchés tous de 7 heures a 10h (Alfred, 24/11/1914), j’ai passer par ce faubourg brulér en allant a Bienville (Alfred, 27/10/1914), à côté d’emplois comme : moi je suis rester pour faire recoudre mes souliers (Alfred, 28/10/1914). De même, l’emploi de l’auxiliaire être concurrence celui d’aller suivi de l’infinitif de progrédience : ce soir nous avons été passer la visite (Alfred, 22/12/1914), nous somes etes passé 5 jours de repos dans le village du Quésnél et nous devons denouveaux revenir aux tranches (Ernest, 01/03/1915), à côté de nous somme sur la veille de rantrai dans nos proprietée çe la veut dirre dans les tranchées ou nous allon passer, 48 heures (Laurent, 22/03/1915). Dans la périphrase verbale du futur proche, si aller suivi de l’infinitif est bien représenté, on relève aussi l’utilisation de vouloir : c’est apres midi j’en profite pour t’ecrire et pour aller me faire raser sitot que j’aurai terminer mes cartes et apres je veux encor lavés un mouchoir (Alfred, 28/10/1914), maintenant il faut croire qu’il les prène bien tous il ne veux resté personne au pays (Alfred, 12/12/1914).

On proposera des pistes explicatives des faits étudiés, comme : la production de sens, l’analogie formelle (imitation d’un modèle prédominant dans la conscience linguistique), l’influence de la langue occitane. On confrontera les descriptions métalinguistiques de l’époque (Bauche, Frei, Brunot, Damourette et Pichon) aux usages constatés, et on s’interrogera sur le devenir des unes et des autres.

Références :

BAUCHE Henri (1920), Le langage populaire. Grammaire, syntaxe et dictionnaire, Paris, Payot.
BRUNOT Ferdinand (1922), La pensée et la langue, Paris, Masson.
DAMOURETTE Jacques & PICHON Edouard (1911-1936), Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, Paris, D’Artey.
FREI Henri (1929), La grammaire des fautes, Genève-Paris, Slatkine.

15h30-17h

  • Jacques Bres : « Retour sur quelques notions pour l’étude du dialogisme : discours, point de vue, énoncé, voix »

Résumé :

La question de l’hétérogénéité énonciative a suscité, dans les travaux français, deux types de lecture des écrits de Bakhtine : (i) dans le cadre de l’analyse du discours française, à partir du terme de dialogisme (J. Authier, J. Bres, S. Moirand) ; (ii) dans le cadre pragmatico-énonciatif d’O. Ducrot et de ses disciples, à partir du terme de polyphonie.

Pour le dire rapidement : nous parlons non de polyphonie (Ducrot 1984), mais de dialogisme ; nous parlons non de point de vue mais de discours, d’énoncé, et parfois de voix.

Dans cette communication, nous reviendrons sur les choix notionnels et terminologiques qui ont été les nôtres dans l’étude du dialogisme, afin de les préciser, voire de les rectifier, ce notamment à partir des remarques critiques qui ont été adressées à notre approche par Dendale 2012 et Rabatel 2013.

Références bibliographiques

  • Bres J., 2013, « Énonciation et dialogisme : un couple improbable ? », in Dufaye L. et Gournay L., (éd.), Benveniste après un demi-siècle. Regards sur l’énonciation aujourd’hui, Paris/ Ophrys, 3-24.
  • Bres J. et Nowakowska A., 2007, « Voix, point de vue… ou comment pêcher le dialogisme à la métaphore… », Cahiers de praxématique 49, 103-132.
  • Bres J. et Rosier L., 2007, « Réfractions : polyphonie et dialogisme, deux exemples de reconfigurations théoriques dans les sciences du langage francophones », in B. Vauthier (éd.) Bakhtine, Volochinov et Medvedev dans les contextes européen et russe, Slavica Occitania, 25, 238-251.
  • Bres J. et Verine B., 2002, « Le bruissement des voix dans le discours : dialogisme et discours rapporté », Faits de langue 19, 159-170.
  • Dendale P., 2012, « Oui, il y a encore du pain sur la planche… A propos de la notion d’énoncé dans la théorie du dialogisme de J. Bres », in Bres J, Nowakowska A., Sarale JM., Sarrazin S. (éd.), Dialogisme : langue, discours, Peter Lang, 187-204.
  • Ducrot O., 1984, « Esquisse d’une théorie polyphonique de l’énonciation », in Le dire et le dit, Paris : Minuit, 171-233.
  • Nølke H., Fløttum K., Norén C., 2004, ScaPoLine, La théorie scandinave de la polyphonie linguistique, Paris : Kimé.
  • Nowakowska A., (2009), « Thématisation et dialogisme : le cas de la dislocation », Langue française 163, Dialogisme et marqueurs grammaticaux, 79-86.
  • Perrin L., 2007, « Aspects de la voix du locuteur à l’intérieur du sens », Cahiers de praxématique 49, 79-102.
  • Perrin L., 2009, « La voix et le point de vue comme formes polyphoniques externes. Le cas de la négation », Langue française 164, ??
  • Rabatel A., 2003, « Le dialogisme du point de vue dans les comptes rendus de perception », Cahiers de praxématique 41, 131-156.
  • Rabatel A., 2012, « les relations locuteur / énonciateur au prisme de la notion de voix », in Dufaye L. et Gournay L., (éd.), Benveniste après un demi-siècle. Regards sur l’énonciation aujourd’hui, Paris/ Ophrys, .
  • Sarale J.-M., 2012, « Le déterminant démonstratif : un rôle contextuel de signal dialogique ? » in J. Bres, A. Nowakowska, J.-M. Sarale & S. Sarrazin, (éd.), Dialogisme : langue, discours, Bruxelles : Peter Lang, 61-73.

Lundi 12 mai

  • Corinne Gomila, LIRDEF (EA 3749), Universités Montpellier 2 et Montpellier 3 : « L’insolite petit mot »

Résumé

La structuration de l’univers du métalangage naturel que propose J. Authier-Revuz (1) (2004 : 36) met en évidence toute la richesse de l’activité langagière qui en relève. Ainsi le métalangage naturel se répartit en deux embranchements, celui de la métadiscursivité qui comprend les zones de l’autoreprésentation du dire et de la représentation du discours autre ; celui du discours métalinguistique qui peut être codifié ou spontané.

L’exposé se propose d’explorer dans le champ du discours métalinguistique spontané la circulation d’une lexie particulièrement labile, notamment dans le discours didactique scolaire, le métaterme petit mot.

(1) Authier Revuz, 2004, « La représentation du discours autre : un champ multiplement hétérogène », in J.-M. Lopez Munoz, S. Marnette, L. Rosier, Le discours rapporté dans tous ses états, L’Harmattan, 35-53.

Lundi 26 mai

14h-16h

  • Mar Garachana (Universitat de Barcelona) : « Les périphrases verbales en espagnol : grammaire, pragmatique, lexique »

Résumé

Le but principal de cette conférence est de réfléchir sur les périphrases verbales en espagnol et de faire le parallèle avec d’autres langues d’origine romane. Tout d’abord, on fera une description générale des périphrases verbales à partir d’une approche fondée sur l’usage (usage based approach) ainsi que sur la Grammaire de Constructions. Ensuite, on passera en revue le classement de ces mêmes périphrases verbales. Finalement, on se penchera sur la formation des périphrases verbales et sur leur importance vis-à-vis de la Théorie Linguistique, étant donné que leur développement met en évidence un lien très fort entre la grammaticalisation et la lexicalisation.

Lundi 23 juin

  • Jacques Bres : « Quelques gouttes de pluie vinrent à tomber. (Flaubert, Mme Bovary). De la grammaticalisation du verbe de déplacement venir dans la périphrase ventive : venir à + infinitif

15h-16h30

  • François Perea : « Le discours pornographique »

Résumé :

L’intervention présentera une série d’études consacrées à l’analyse de productions pornographiques dans la perspective de l’analyse de discours et des interactions (analyse des tags et catégories des sites, légendes de vignettes vidéo, dialogues dans les films pornographiques, interactions sur des forums en ligne...). Elle se concentrera sur les phénomènes liés à la mise en scène du discours ému d’une part (Plantin 2011), et à la place de ses actualisations dans le cadre de l’interaction qui mobilise les corps en action d’autre part.

Elle proposera en filigrane, une série de questionnements d’ordre méthodologique et épistémologique et interrogera ce que l’analyse de ces productions apporte aux sciences du langage, particulièrement en regard de la modélisation de l’expression pathémique ou de l’interaction.
Elle s’attachera également à défendre la participation des sciences du langage dans le paysage des SHS sur des terrains à la fois peu étudiés et omniprésents dans les médias : les productions pornographiques et leurs dérivés (courrier « sexologie » des magazines, publicités diverses - ainsi, de La Gazette de Montpellier qui propose aux lecteurs/trices de « stimuler » leur « point G », etc.).