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Archivage séminaires 2017-2018

10 octobre 2017

Octobre

Lundi 2 octobre

  • Rick Kern, professeur, University of Berkeley
    « Médium et adressivité dans des échanges interculturels en ligne »
    Exceptionnellement, le séminaire commencera à 15h.

Résumé
Fondée sur la notion d’adressivité de Bakhtin, cette étude analyse les relations entre médium et discours dans le contexte d’échanges télécollaboratives entre apprenants de FLE en Californie et des étudiants de Master 2 en France. Spécifiquement, nous considérerons l’hypothèse que des médiums différents (forum, chat, visioconférence) auront des conséquences différentes pour la communication et pour l’imagination de l’autre. Nous allons montrer que dans le contexte de la visioconférence, la notion (linguistique) d’adressivité doit être élargie pour inclure des éléments non-linguistiques (ex : gestes, mimiques, images, postures, cadre, et dispositif).

Lundi 20 novembre

  • Stefano Vicari, Université de Gênes
    « Entre Linguistique « populaire » et linguistique « savante » : de la circulation des discours métalinguistiques ordinaires dans les forums de discussion des journaux en ligne »

Résumé
D’abord, je m’attacherai à présenter mon approche de la « linguistique populaire » pour la langue française, qui intègre les notions d’attitude (Allport, 1935) issue de la psychologie sociale, de prédiscours (Paveau, 2006) issue de l’AD française et de confiance épistémique (Origgi, 2008) issue de l’épistémologie sociale. Ensuite, ces propositions seront mises à l’épreuve d’un corpus de discours métalinguistiques ordinaires publiés dans l’espace « commentaires » de quelques quotidiens nationaux français et italien. Deux cas d’études seront présentés. Le premier concernera l’analyse des discours métalinguistiques ordinaires circulant dans les commentaires publiés par les lecteurs du Figaro, du Monde et de Libération en ligne suite à la décision des éditeurs scolaires d’appliquer les rectifications orthographiques dans les manuels à partir de septembre 2016. Le deuxième portera sur l’analyse des réactions des lecteurs de deux articles publiés en ligne par deux quotidiens nationaux en France et en Italie (Le Figaro et La Repubblica), respectivement le 16 et le 17 janvier 2017, et qui portent sur l’usage de la langue, française et italienne, par les politiques. L’analyse contrastive des commentaires des lecteurs (383 pour Le Figaro, 389 pour La Repubblica) permettra d’observer les divergences et les convergences entre locuteurs italiens et français par rapport à la norme linguistique et, par là, de vérifier l’hypothèse selon laquelle le dispositif technique dont ces journaux en ligne se sont dotés contribue à brouiller les sources énonciatives et oblige l’analyste du discours à repenser les frontières entre discours métalinguistiques « savants » et « ordinaires » (Calabrese 2014).

Janvier

Lundi 15 janvier

  • Antoine Auchlin, université de Genève.
    « Convoquer l’expérience de langage. Parole au présent, présence à (dans, par) la parole »
    Exceptionnellement, la séance aura lieu au site de Saint-Charles en salle des colloques 01 à partir de 14h30

Résumé
Cet exposé part d’un rappel, celui de la figure du « blend expérientiel », comme figure d’expérience langagière remarquable, illustrations et commentaires à l’appui. Rappel également des implications épistémologiques de cette focalisation : elle convoque l’expérience (expérienciation) du destinataire (et pas seulement son interprétation), et son expérienciation langagière au présent, dans l’événementialité de la survenue du blend.

Cette centration sur la parole au présent et ses aléas phénoménologiques peut être vue comme analogue, en pragmatique, du tournant chomskyen consistant à passer de l’étude de corpus (clos et limité par définition), à celle des intuitions (de grammaticalité, pour la syntaxe) dans le corpus ouvert de la parole in vivo, à l’aide d’une axiomatique pragmatique centrée sur ce qui fait que je dis ce que je dis et fais ce que je fais. Je discuterai la viabilité de la notion d’accord intérieur au titre d’une telle axiomatique séparant les données, et de divers types d’intuitions fines, travail de la compétence discursive. Le vécu convoqué ici n’est pas une simulation, un simulacre : c’est le vécu de l’expérienceur ‘en tant que tel’ et en tant que personne singulière, déterminée (femme ou homme, jeune ou vieux, etc. – cf. Cuffari & Jensen 2014).

Par ailleurs, l’expérienciation langagière se donne fréquemment en situation d’interaction. La notion d’énaction (Varela & al. 1993 ; Raimondi 2014) permet de penser l’imbrication des expériences des personnes en interaction, à différents degrés de prise énactive. La prise énactive est sensible, et sensori-motrice comme celle que convoquent les acrobates dans les pyramides humaines par exemple : de multiples équilibres en équilibre les uns sur les autres. Mais là où la pyramide humaine va viser la stabilité (l’ultra-stabilité de stabilités) l’équilibre du dialogue se joue par phases d’instabilités successives.

Retour ici du ‘bonheur conversationnel’, comme d’un point de fuite dans une représentation en perspective : là où les droites parallèles finissent quand même par se rejoindre.

Dans un corpus, la parole est de la parole empaillée. C’est tout à fait utile pour étudier certaines de ses propriétés. Mais ne faire que ça, c’est passer à côté de l’essentiel. Ce qu’il faut prendre pour objet d’étude est la parole comme elle se donne quand elle a lieu : de la parole vive, signe d’un moment présent et ouverture potentielle à un futur proche. Et accessoirement source définitive de tout corpus qui soit.

Références
Auchlin A. (1990), « Analyse du discours et bonheur conversationnel », Cahiers de linguistique française 11, 311-328. URL : http://clf.unige.ch/files/3514/4111...
Auchlin A. (1999), « Les dimensions de l’analyse pragmatique du discours dans une approche expérientielle et systémique de la compétence discursive », in Verschueren J (ed.) (1999), Pragmatics in 1998 : Selected papers from the 6th International Pragmatics Conference, Anvers, IPrA, 1-22. URL : http://archive-ouverte.unige.ch/uni...

Lundi 22 janvier

  • Silvia Calamai, professeure à l’université de Sienne
    « Building an open oral archive : the experience of the Grammo-foni (Gra.fo) project »

Résumé
Oral archives collected by professional scholars and ordinary people interested in dialects and traditions are a precious resource for various fields of study (from linguistics to anthropology, from sociology to history and politics, etc.) and may contain documents that could be labelled as products of intangible cultural heritage, thus deserving safeguarding.
Grammo-foni. Le soffitte della voce (Gra.fo), a two-year project jointly conducted by Scuola Normale Superiore and the University of Siena (Regione Toscana PAR FAS 2007-13), discovered, digitised, cataloged and disseminated via a web portal nearly 3000 hours of speech recordings stemming from around 30 oral archives collected by scholars and amateurs in the Tuscan territory. Having preserved such a significant collection of oral documents (e.g. oral biographies, ethno-texts, linguistic questionnaires, oral literature), Gra.fo constitutes a precious repository of Tuscan memory and provides a first-hand documentation of Tuscan language varieties from the early 1960s to the present time.
In the talk, the Gra.fo project will be described in all its stages, which involve :

  • fostering the level of awareness on the importance of preserving this valuable cultural heritage product ;
  • contacting the oral recordings’ owners and co-signing legal agreements for the temporary borrowing of the recordings and the accompanying materials ;
  • collecting and digitizing the recordings and the accompanying material ;
  • cataloging and partially transcribing the oral documents ;
  • implementing the downloadable online catalog http://grafo.sns.it/, an open-ended repository of oral texts which, as yet, have been known to a very limited number of possible users.
    Some problematic issues related to the treatment of oral archives will also be discussed, together with the proposed solutions. These concern the carrier / document relation, the treatment of confidential information, and the issue of authorship and ownership with relation to a digital oral archive created through the digitisation of several analogue archives.

Février

Lundi 5 Février

  • Corinne Gomila, maître de conférences, Université Montpellier 3 - Praxiling UMR 5267
    « Étude de quelques redites dans des correspondances de la Grande Guerre »

Résumé
Dans l’ensemble des marqueurs formés sur le verbe dire étudiés depuis une dizaine d’années, sur les plans diachronique et synchronique (notamment Anscombre, 2010, 2014 ; Gomez Jordana & Anscombre, 2015 ; Rouanne & Anscombre, 2016 ; Steuckardt & Niklas Salminem, 2005), nous nous intéressons aux marqueurs comme je te le dis et comme tu dis.
Il s’agira, tout d’abord, d’analyser selon une perspective diachronique le marqueur comme je te le dis en faisant ressortir son fonctionnement et ses principales caractéristiques sémantiques et pragmatiques, et ce, à partir des occurrences fournies par la base de données Frantext et à l’appui des travaux de Gomez Jordana (2015) sur le marqueur comme tu dis.
À l’aune de ces données, l’étude examinera ensuite l’emploi et la distribution de ces deux marqueurs dans un corpus de correspondances de peu lettrés écrites lors de la Première Guerre Mondiale, le Corpus 14 . En voici deux extraits :
1. « Je voi que vous étent vous fait photographier mais comme tu dit c est pas sur que ça aura bien reussit mais enfin tempis puis on ne sait pas des fois qu elle ne sons pas mal. » (Alfred-1-150116)
2. « Je voulais bien t’envoyer une vue de St Nicolas aujourd’ui mais comme je te le dit on ne peut pas ce promener pour voir ou il y en a de jolie dans les devantures » (Alfred-1-141127-3)

Une attention particulière sera portée au déploiement de ces deux formes dans le dialogue épistolaire du Corpus 14.
Références
Anscombre J.-C., Oppermann–Marsaux E. & Rodriguez Somolinos A. (éds) (2014), Médiativité, polyphonie et modalité en français : études synchroniques et diachroniques, Paris : Larousse/Armand Colin.

Anscombre J.-C. & Rouanne L. (2016), Histoires de dires. Petit glossaire des marqueurs formés sur le verbe ‘dire’, Berne : Peter Lang.

Dostie G. & Pusch C. D. (2007), Langue Française n°154. Les marqueurs discursifs. Sens et Variation, Paris : Larousse/Armand Colin.

Gomez-Jordana S. & Anscombre J.-C. (2015), Langue Française n°186. Dire et ses marqueurs, Paris : Larousse/Armand Colin.

Steuckardt A. & Niklas-Salminem A. (2005), Les marqueurs de glose, Aix-en-Provence : Publications de l’Université de Provence.

Lundi 26 Février

_*Eric Bruillard, professeur des universités, ENS Cachan
Étudier les interactions avec les technologies dans des activités finalisées. L’exemple du projet ReVEA

Résumé
Le projet ReVEA étudie le travail conduit par les enseignants autour des ressources éducatives (sélection, création, modification, échange...) dans un contexte de transition (coexistence sans doute longue entre papier et « numérique »). Nous présenterons plusieurs concepts permettant de rendre compte de ces activités (héritage, participation, collection, réseau de confiance, étagère, catalogue...) ainsi que des développements autour des plates-formes de ressources éducatives.

Lundi 12 Mars

Michel Charolles, Lattice - ENS Paris 3
« De ailleurs, à d’ailleurs et par ailleurs, approche diachronique et outillée »

Résumé
Présentation de travaux sur la grammaticalisation des marqueurs de discours conduits en collaboration avec Benjamin Fagard et Quentin Feltgen dans différents projets au sein de l’UMR LATTICE. Dans un premier temps, j’exposerai les données tirées de Frantext que nous avons exploitées pour dater l’apparition des emplois comme marqueurs de discours de d’ailleurs et de par ailleurs, en lien avec l’évolution des emplois de ailleurs. Je présenterai ensuite les analyses plus spécifiques que nous avons engagées sur par ailleurs dont les premiers emplois comme marqueur de discours datent de la fin du XIXe siècle. Les analyses sur par ailleurs visent à comprendre à quel besoin communicationnel a pu répondre l’apparition de ce nouveau marqueur et quelle place il a pu se faire parmi les marqueurs de sens proche disponibles à l’écrit et à l’oral dans le français de cette époque. Les hypothèses que l’on peut envisager à ce sujet ne sont pas faciles à documenter, notamment celles, assez naturelles, voulant que par ailleurs ait pris en charge une partie du sens procédural des marqueurs de sens et de formation proches comme d’ailleurs. Je présenterai les données que nous avons tirées de Frantext et du Figaro 1885-90-95, 1936-37-38 et 2002 à ce sujet.

Agnès Tutin, LIdilem - Université de Grenoble-Alpes
« Collocations et routines sémantico-pragmatiques dans le discours scientifique »

Résumé
La phraséologie a largement étendu ses objets d’étude dans les dernières années (Legallois & Tutin, 2013) au-delà du champ traditionnel de la lexicologie, à travers les collocations, les séquences discursives, les phrasèmes communicatifs ou les schémas syntaxiques. Ces phénomènes s’étudient désormais également en linguistique du discours, en psycholinguistique ou en linguistique informatique.
Dans cette présentation, nous proposerons tout d’abord un aperçu de ces évolutions, puis nous nous intéresserons à deux phénomènes de la phraséologie étendue, principalement à travers l’étude du discours scientifique. Nous aborderons tout d’abord les collocations, conçues comme des associations binaires privilégiées (ex : résultats encourageants, hypothèse de départ, étroitement lié), et les routines sémantico-pragmatiques, définies comme des motifs lexico-syntaxiques récurrents associés à des fonctions rhétoriques spécifiques (Ex : comme on l’a vu, il est important de souligner …) (Tutin & Kraif, 2016). Nous préciserons comment ces deux types de phénomènes peuvent être identifiés dans les corpus et en proposerons une modélisation syntaxique et sémantique. Nous présenterons enfin quelques perspectives d’application des routines sémantico-pragmatiques pour l’analyse du discours scientifique.

Références
Legallois, D., & Tutin, A. (2013). Présentation : Vers une extension du domaine de la phraséologie. Langages, (1), 3-25.

Tutin, A., & Kraif, O. (2016). Routines sémantico-rhétoriques dans l’écrit scientifique de sciences humaines : l’apport des arbres lexico-syntaxiques récurrents. Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, (53), 119-141.

Lundi 19 Mars

Geneviève Salvan, professeur de Langue française et stylistique à l’Université Nice Sophia Antipolis.
« Formes directes du discours rapporté et posture énonciative du narrateur (à partir de La Disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel) »

Résumé
Ce travail s’inscrit dans un projet de recherche sur les formes directes du discours rapporté dans les fictions littéraires narratives du XXIe siècle, mené en collaboration avec le groupe Textyle, (STIH, Paris-Sorbonne). Il s’agit d’étudier les formes et usages du discours direct (DD) et du discours direct libre (DDL) chez les auteurs contemporains et d’en dégager les enjeux aussi bien linguistiques et stylistiques, qu’esthétiques et littéraires, voire sociaux et juridiques. L’objectif de cette intervention sera d’étudier des configurations particulières de discours direct dans un roman de Tanguy Viel, La Disparition de Jim Sullivan1, et de les mettre en relation avec une figuration originale du narrateur. Ce faisant, on verra d’une part que ces configurations estompent
la frontière traditionnelle entre discours direct (DD) et discours direct libre (DDL) et d’autre part qu’elles caractérisent moins la parole des personnages que l’interaction entre les instances narratives des personnages et du narrateur. Exploitant les effets de court-circuitage de la métalepse narrative, le narrateur adopte avec ses personnages une étonnante posture de coénonciation,
qui questionne radicalement les hiérarchies énonciatives du roman.

Éléments de contexte de La Disparition de Jim Sullivan (Paris, Minuit, 2013)
Avec L’Absolue perfection du crime en 2001, Tanguy Viel inaugure une suite de romans dont les points communs tiennent à des choix à la fois narratoriaux et fictionnels : une narration à la première personne conduite par un narrateur aussi présent qu’insaisissable, un goût retrouvé, avec une dose de réflexivité, de la mise en récit et de l’« histoire à raconter »3. C’est dans cette tension entre l’indétermination du narrateur autodiégétique et « l’émergence de la fable » (Richir 2014 : 58) que j’examine un traitement particulier des formes directes de discours rapporté. Mon attention s’est portée en particulier sur La Disparition de Jim Sullivan, roman dans lequel l’auteur fait le choix d’une scénographie dialogique et campe un narrateur différent de ceux des autres romans puisque le narrateur, centré sur son double et sur la fabrique de l’histoire, n’appartient pas à la diégèse

Lundi 26 Mars

Mélissa Barkat-Defradas,
« Sexe, Hormones & Fo - Corrélats acoustiques de l’orientation sexuelle, une étude en français »

Résumé
Au delà du message linguistique, la voix – caractère sexuel secondaire sous influence hormonale – véhicule des informations pertinentes à propos du locuteur. Par exemple, les travaux qui se sont penchés sur l’effet des hormones sur la voix (Fo), ont établi une corrélation négative entre taux de testostérone (T) et Fo moyen (Dabbs & Mallinger, 1999). En outre, de nombreuses études montrent que la voix signale également certains traits psychosociobiologiques comme la dominance, la propension à la fidélité, le niveau socio-culturel, l’état de santé, et/ou le nombre de partenaires sexuels ou d’enfants... etc (Hill & Puts, 2018). En biologie évolutive, le rôle de la voix dans le contexte du choix du partenaire a ainsi été particulièrement étudié. Plusieurs études ont en effet montré qu’en période d’ovulation, les femmes préfèrent les voix d’homme attestant un Fo plus bas qu’en période lutéale (Puts, 2005). Parallèlement, Apicella et al., (2007) ont démontré l’existence d’une corrélation positive entre Fo bas et succès reproducteur. Toutefois, bien que l’influence de la voix sur le choix du partenaire sexuel a été étudié de façon approfondie chez les hétérosexuel(le)s, peu de travaux ont été consacrés au comportement vocal des homosexuel(le)s. Et, à l’exception de deux études perceptives (Valentova & Havlíček, 2013 ; Sulpizio et al., 2015), les recherches existantes ont toutes été menées sur l’anglais. Il n’existe en effet aucune étude qui se soit intéressée à l’étude de l’influence de l’orientation sexuelle sur la voix en français. Pourtant, la littérature disponible (laquelle concerne le plus souvent les hommes) avance que les personnes homosexuel(le)s présentent des caractéristiques spécifiques tant aux plans physique et kinésique (Freeman et al., 2010 ; Johnson et al., 2007) que vocal (Munson & Babel, 2007). Au niveau vocal, ces études posent toutes que la voix des hommes homosexuels présente des caractéristiques féminines qui permettraient à des auditeurs naïfs d’inférer correctement l’orientation sexuelle des individus (Rule, 2016). C’est le fameux gaydar L’étude de différents paramètres acoustiques a permis d’objectiver les impressions auditives des juges révélant ainsi, toujours pour l’anglais, l’existence d’un stéréotype vocal (Thorp, 2014). L’objet de cette étude est d’intégrer l’orientation sexuelle parmi les facteurs de variation linguistique. Ce travail (conduit dans le cadre du projet PEPS HOMOVOX 2015 conduit en collaboration avec le laboratoire Praxiling) poursuit trois objectifs : (1) tester l’hypothèse de la féminisation vocale des homosexuels (2) mesurer la part de l’influence hormonale sur les caractéristiques vocales en fonction de l’orientation sexuelle (3) aborder la question de l’effet langue en testant la pertinence des indices acoustiques investigués en anglais pour le français. Pour ce faire, 60 volontaires francophones natifs hétérosexuels (hommes, n=30 et femmes, n=30) et 30 hommes se déclarant strictement homosexuels ont participé à l’étude. Les taux de T salivaire ont été mesurés pour l’ensemble des sujets qui ont également été enregistré en parole spontanée. Différentes critères acoustiques classiquement attribués à un sexe en particulier ont ensuite été analysés sous Praat© : Fo moyen (corrélat acoustique de la hauteur vocale) ; Fo s-d (proxy de la modulation vocale) ; jitter (proxy de la raucité ; HNR (proxy du souffle vocal) dans le but de vérifier la pertinence des approches consistant à situer la voix homosexuelle sur le continuum homme femme. Nos analyses révèlent une tendance à la féminisation de la voix des homosexuels sur certains critères seulement (i.e. modulation, souffle et raucité). La validité des indices acoustiques investigués dans les études précédentes semblent donc être, au moins en partie, dépendante de la langue.

Lundi 9 Avril

Jan Lazar , maitre de Conférences en Linguistique française dans les Universités d´Opole (Pologne) et d´Ostrava (République tchèque).
« La variation orthographique dans lʼespace virtuel : vers une nouvelle typologie ? »

Résumé
Le développement énorme des nouvelles technologies de communication, notamment du réseau Internet, entraîne dans nos vies un bouleversement sans précédent depuis lʼapparition de lʼimprimerie. Il ne sʼagit pas dʼune simple révolution technologique, mais on peut parler dʼun remaniement complet de la manière dont lʼhumanité appréhende le monde qui lʼentoure. La mise à disposition constante dʼimages et dʼidées, et leur transmission rapide, ont des conséquences sur le développement psychologique, moral et social de notre société. En quelques années, notre planète est devenue un réseau mondial, bourdonnant de transmissions électroniques. Conséquence de cela, la communication à distance est devenue lʼun des aspects les plus caractéristiques de notre époque. Il suffit de jeter un coup dʼoeil sur nʼimporte quel site Internet pour y trouver des messages tels que slt, sa va ? tu fé koi, chui isi… Dʼun simple regard, il est évident que la langue française employée dans la communication médiée par ordinateur sʼéloigne de la langue soutenue élaborée, notamment par son code orthographique particulier qui sʼapproche de sa forme orale.
Selon lʼhypothèse de la profondeur de lʼorthographe, on peut diviser les codes graphiques en deux groupes – opaque et transparent. Lʼorthographe de la langue française, qui ne transpose pas ses phonèmes directement dans son code graphique, appartient sans aucun doute à une catégorie opaque. Il en résulte logiquement que ce type dʼorthographe pose de nombreuses difficultés à ses usagers, qui voient la nécessité de la modifier et de lʼadapter selon leurs besoins. Lʼespace virtuel, où l’on peut sʼexprimer plus librement grâce à lʼanonymat absolu de cet environnement communicatif, représente donc un terrain privilégié pour ces modifications.
En constituant un corpus de 18 000 mots (9 000 mots pour Facebook et 9 000 mots pour Twitter), nous avons fixé 3 principaux objectifs à notre recherche :

  • établir la typologie précise de tous les procédés scripturaux répertoriés dans notre corpus ;
  • déterminer si la variété ainsi que lʼextension des procédés scripturaux varient dʼaprès le support-espace choisi (Facebook, Twitter) ;
  • déterminer si les supports-espaces choisis se caractérisent par un code graphique à part ou sʼils manifestent des ressemblances avec dʼautres types de communication médiée par ordinateur, p. ex. la communication tchatée.

Lundi 30 Avril

Christel Le Bellec & Jacques Bres , université de Montpellier 3
« Du participe passé dans les constructions passive et analytique »

Résumé
Dans un précédent travail (Bres et Le Bellec 2017), nous avons développé l’hypothèse que le participe passé saisit, en un point de référence R, le temps interne du procès au terme de la phase processuelle, sur la borne terminale Et de l’intervalle du procès. Soit figurativement :

R


|−−−−−−−−−−−−|--------------------
Ei Et
Phases pré-processuelle processuelle post-processuelle
schéma 1 : sorti

Nous avons montré que cette définition aspectuelle permettait de rendre compte des possibilités comme des impossibilités du p.p. en emploi nu : le p.p. peut être incident au prime actant des intransitifs-être (à l’exception de aller), de quelques rares intransitifs-avoir, de certains pronominaux, ainsi qu’au second actant des transitifs. Mais il ne peut être incident au prime actant ni des intransitifs-avoir (dans leur grande majorité) ni des transitifs.
La présente recherche, à partir de cette même définition, analysera deux autres fonctionnements du participe passé : dans le passif périphrastique et dans les temps analytiques. On s’attachera tout particulièrement à expliquer les deux faits suivants :

  • le passif périphrastique peut être un « passif d’état » (la porte est fermée) ou un « passif d’action » (la porte est fermée chaque matin par le concierge).
  • le passé composée peut signifier l’accompli du présent (Pierre est sorti) ou l’aoriste de discours (Pierre est sorti hier à 8h).

Éric Mélac, maître de conférences, département d’études anglophones, université de Montpellier 3
La classification des changements linguistiques : comment redéfinir la grammaticalisation ?

Résumé
Comme le reconnaissent Narrog et Heine dans leur introduction du Oxford Handbook of Grammaticalization (2011), la grammaticalisation est loin d’être un «  concept uniforme  », et «  de nombreuses définitions en ont été proposées  ». Une partie des controverses liées à cette notion s’explique par l’absence de consensus sur les critères qui permettent de distinguer le lexical et le grammatical. Quels que soient les critères adoptés, une vaste zone grise demeure, ce qui a conduit des auteurs comme Newmeyer (2000) ou Campbell (2001) à concevoir la grammaticalisation comme une notion épiphénoménale, qui recouvre différents changements linguistiques, eux-mêmes autonomes. Cependant, la littérature sur la grammaticalisation a pu faire émerger des principes propres au passage d’une forme lexicale à une forme grammaticale. Le principe d’unidirectionnalité (Lehmann 1995, Ziegeler 2004, Haspelmath 2004, Prévost 2003) connaît par exemple quelques exceptions (voir notamment Norde 2000, 2009), mais se confirme néanmoins dans la vaste majorité des cas. Il est en effet très rare qu’une forme grammaticale fasse chemin arrière pour redevenir une forme lexicale. Par ailleurs, lorsque l’on observe l’évolution sémantique qui accompagne le principe de grammaticalisation, on constate également que tous les domaines sémantiques ne sont pas représentés par des formes grammaticales. La grammaire encode des domaines sémantiques qui sont typiquement schématiques, tels que la temporalité, la direction, ou la causalité. Dans aucune langue du monde, on ne trouve d’auxiliaire, de flexion verbale, de déterminant ou de conjonction qui fasse référence à la faune, à l’anatomie ou aux couleurs. C’est typiquement par un processus de lexicalisation que les locuteurs adoptent de nouveaux outils linguistiques qui permettent de désigner des entités concrètes et spécifiques.
Des décennies de débat sur la grammaticalisation ont permis de mettre en lumière un certain nombre de paramètres associés à ce processus, et nous nous intéresserons ici à certains d’entre eux qui sont particulièrement récurrents dans la littérature : la hausse fréquentielle, la réduction, l’évolution sémantique, la mise en arrière-plan, l’obligatorification et la dé-catégorisation (Mélac 2014). À partir d’une définition restreinte de la grammaticalisation, il sera ensuite proposé une taxonomie du changement linguistique en six catégories : la lexicalisation, l’idiomatisation, la constructionnalisation, la cooptation, la grammaticalisation et la syntaxisation.

Références
Campbell, L., 2001. Grammaticalization : A critical assessment. Pergamon Press.
Haspelmath, M., 2004. On directionality in language change with particular reference to grammaticalization. Typological Studies in Language, 59, pp.17-44.
Lehmann, C., 1995 (1982). Thoughts on Grammaticalization. Munich : LINCOM Europa. (Originally : Institute für Sprachwissenschaft, Universität zu Köln, 1982.)
Mélac, É., 2014. L’évidentialité en anglais-approche contrastive à partir d’un corpus anglais-tibétain (Doctoral dissertation, Paris 3).
Narrog, H., & Heine, B. (Eds.), 2011. The Oxford handbook of grammaticalization. Oxford University Press.
Newmeyer, F.J., 2000. Deconstructing grammaticalization. Language sciences, 23 (2), pp.187-229.
Norde, M., 2000. Deflexion as a counterdirectional factor in grammatical change. Language Sciences, 23 (2), pp.231-264.
Norde, M., 2009. Degrammaticalization. Oxford University Press.Prévost, S. 2003. La grammaticalisation : unidirectionnalité et statut. Le Français Moderne - Revue de linguistique Française, CILF (conseil international de la langue française), 2 (71), p. 144-166.
Ziegeler, D., 2004. Redefining unidirectionality Is there life after modality ? In : Olga Fischer, Muriel Norde and Harry Perridon, Up and Down the Cline : The Nature of Grammaticalization. Amsterdam : Benjamins, pp.115-36.

Lundi 7 Mai

Francis Troyan , assistant Professor of World Language Education at The Ohio State University in Columbus, Ohio (USA).
« Teacher and Student Appropriation of Systemic Functional Linguistics in a French Immersion School »

Résumé
This seminar explores teachers and student’s appropriation of language knowledge across a set of literacy events in a French immersion classroom. Defined through the lens of systemic functional linguistics (Derewianka, 2011 ; Halliday & Matthiessen, 2013 ; Martin & Rose, 2008) the teacher and students strategically use to communicate in a variety of communicative « genres » within the classroom : personal and academic, spoken and written.

Lundi 14 Mai

Camila Leandro & Pierre Jay-Robert, Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive UMR 5175
« La psychologie et la linguistique pour mieux comprendre notre relation aux insectes »

Sascha Diwersy & Agnès Steuckardt, Praxiling UMR 5267
Associations de mots, profils d’insectes »

Résumé
Les chercheurs du CEFE ont interrogé des étudiants en sciences humaines sur les animaux qu’ils côtoient dans leur environnement familier. Les insectes occupent une place mineure dans ce bestiaire et les espèces citées sont perçues de manière globalement négative. Ce biais de perception est particulièrement aigu pour les espèces fréquentant le domicile et la ville. Les lexèmes utilisés pour qualifier les insectes sont davantage descriptifs et révèlent une vision plus utilitaire que le vocabulaire associé aux vertébrés qui sont plus aisément placés dans le réseau des interactions écosystémiques. Le statut d’objet réservé aux insectes, les forts contrastes perceptifs entre taxons semblent devoir rendre la préservation de ces organismes plus complexe à mettre en œuvre.

Partant des résultats de cette enquête, les linguistes de Praxiling les ont confrontés aux collocations recueillies semi-automatiquement dans des corpus français contemporains (dictionnaires, textes littéraires et médiatiques, interviews). Une question s’impose : ces visions seront-elles les mêmes ?

Si, dans les corpus, des spécificités apparaissent, notamment dans l’usage figuré de certains noms d’insectes – ainsi « coup de cafard » ou « nœud papillon » –, les collocations présentent suffisamment de convergences avec les associations spontanées pour permettre une synthèse des représentations communément portées par le langage, en tant que ressource sollicitée ou que production réalisée.

Les premiers résultats obtenus mettent en évidence un profilage des insectes structuré selon les actions et les propriétés qui leur sont associées. L’appréciation – positive ou négative – des insectes est notamment liée à l’impact qu’a leur activité sur l’homme et à leur aspect visuel. Ainsi, tandis que les associations et collocations du lexème abeille (miel, ruche) retiennent une activité utile à l’homme, celles de moustique et guêpe pointent l’action de piquer et ses conséquences (piquer, piqûre, fièvre, bouton). C’est en revanche plutôt par leur apparence que papillon, chenille, scarabée, cafard, coccinelle et mouche s’inscrivent dans notre univers linguistique, culturel et, probablement, mental.