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Archivage séminaires 2015-2016

22 septembre 2015

Septembre

Lundi 21 septembre - salle Jourda, de 14h à 16h

  • Tijana Asic, professeur de linguistique, Université de Kragujevac et de Belgrade
    « Une nouvelle approche de l’opposition ici/là/là-bas ( ovde/tu/tamo en serbe) »

Résumé

Dans cette communication nous essayons d’expliquer la différence entre trois adverbes dits « déictiques » en français ici, là et là-bas , ainsi que de leurs équivalents serbes ovde , tu et tamo. Le lien avec l’étude des déterminants est crucial, puisque la thèse de départ est que ici correspond à un GN déictique-démonstratif, alors que là correspond à un GN défini. La recherche conforte la thèse de G. Kleiber qui soutient, contrairement aux approches dominantes, que ici et là n’appartiennent pas à la même catégorie sémantique, en lui donnant un contenu différent, dans lequel les catégories sémantiques primitives démonstratif, déictique et défini jouent un rôle essentiel. La comparaison des données du français avec celles du serbe est un moyen de tester l’utilité de cette thèse pour la description d’autres langues.
L’hypothèse que nous défendons de la non- équivalence d’ici et là est la conséquence de deux faits :
a) Ici est une expression déictique qui ne peut pas être employée anaphoriquement, car il a des restrictions spécifiques ;
b) Là n’est pas un déictique mais se comporte comme une expression définie (un groupe nominal précédé de le en français). Voilà pourquoi rien d’essentiel ne l’oblige à désigner le lieu d’origine du discours centré sur le locuteur (comme c’est le cas pour le déictique ici) et pourquoi il peut avoir des usages anaphoriques et être l’antécédent d’une relative déterminative. Mais rien n’empêche non plus qu’il désigne ce lieu ou un de ses sous-espaces, cette option étant offerte à n’importe quel défini. En outre en tant qu’expression définie, il connaît des emplois relationnels, et même des emplois « faibles » (voir la littérature sur les définis faibles).
c) En ce qui concerne là-bas, il entre dans l’opposition avec ici et non avec là. La question qui se pose est : est-ce que là-bas est un indexical ou un vrai démonstratif ?
Dans la partie contrastive nous analysons des tournures spécifiques de tu (là) en serbe (telle que les phrases avec sujet logique au datif). Nous montrons qu’il s’agit d’emplois analysables comme définis faibles, emplois totalement exclus pour le déictique ovde.

Novembre

Lundi 2 novembre - salle Jourda, de 14h à 16h

  • Carole Fleuret, docteure en didactique du français de l’Université d’Ottawa
    « Exploration des commentaires métagraphiques et acquisition du français langue seconde »

Bibliographie

Novembre

Lundi 23 novembre - salle Jourda, de 14h à 16h

  • Gilles Siouffi, professeur des universités, Université Paris-Sorbonne, STIH (« Sens, Texte, Informatique, Histoire », EA 4509
    « Norme, système, usage : proposition de modèle »

Résumé
Septante, legging, T2, ou extime sont-ils « français » ? Y a-t-il une manière simple de répondre à cette question en ne recourant qu’aux termes système, norme, usage ? Le propos de cette présentation sera de repartir du schéma descriptif qu’a proposé Eugenio Coseriu à partir de 1952 pour essayer de clarifier un emploi possible de ces notions polyvalentes (on relève 4 entrées « Norme » dans le dictionnaire de Ducrot et Schaeffer par exemple) et parfois définies dans des sens peu compatibles. On reviendra sur les implications et les ambiguités de chacun de ces termes, on discutera des propositions de Coseriu, et on proposera un schéma explicatif nouveau, en nous appuyant sur des exemples.

Janvier

Lundi 25 janvier - salle Jourda, de 14h à 16h

  • Elwys de Stefani, professeur de linguistique italienne à la KU Leuven, directeur du centre de recherche MIDI (Multimofality, Interaction & Discourse)
    « Une maladie « discutable » : pratiques de définition et de catégorisation dans un groupe d’entraide pour personnes souffrant du syndrome de fatigue chronique »

Résumé
Le syndrome de fatigue chronique (SFC) se caractérise par un état d’épuisement persistant et, souvent, par des douleurs musculaires, troubles digestifs, difficultés cognitives etc., entraînant une réduction importante de toute activité et pouvant aller jusqu’à l’incapacité de travail permanente (Fukuda et al. 1994). A ce jour, il n’existe aucun examen biomédical permettant de dépister cette pathologie. Le diagnostic se base dès lors sur la présence de symptômes cliniques et sur l’exclusion de pathologies sous-jacentes (p.ex. tumeur ou dépression). En ce qui concerne l’étiologie de la maladie, le corps médical est partagé : certains spécialistes pensent à une origine somatique alors que d’autres y reconnaissent un trouble d’ordre psychosomatique. Pour les malades, le fait de souffrir de symptômes invalidants sans en connaître la cause entraîne des remises en question, voire des contestations du diagnostic. Les groupes d’entraide offrent aux souffrants l’opportunité de croiser leurs points de vue sur différents aspects de cette maladie, décrite comme « contestable » (Bülow 2004) ou « discutable » (Tucker 2004). Sur la base d’enregistrements vidéo effectués dans un groupe d’entraide flamand, je propose d’analyser les pratiques interactionnelles dans lesquelles les participants s’engagent lorsqu’ils discutent de leur maladie. L’hétérogénéité formelle et conceptuelle du SFC est problématique à plusieurs égards : le foisonnement de noms utilisés pour désigner la maladie (le dernier en date étant maladie systématique d’intolérance à l’effort ; IOM 2015) et l’absence d’un référent clairement identifiable constituent certes des objets d’investigation linguistique, mais ce qui m’intéresse davantage, c’est la façon dont ces aspects représentent un problème pratique pour les malades lorsque ceux-ci décrivent et expliquent leur pathologie. Je me focaliserai en particulier sur les différents savoirs que les participants revendiquent (p.ex. médicine allopathique, médecine non conventionnelle, psychologie) dans la conceptualisation de leurs souffrances. Les questions abordées dans cette présentation permettront d’alimenter les récentes discussions sur le « moteur épistémique » (epistemic engine) qui, selon Heritage (2012), guiderait tout échange interactionnel. Loin d’être réductibles à des échanges entre « experts » et « non experts » (k+ vs. k- dans la terminologie de Heritage), les interactions dans les groupes d’entraide permettent d’appréhender la dimension aspectuelle du savoir (v. de Fornel & Verdier 2014). Qui plus est, un participant manifestant son savoir (ou son ignorance) est souvent catégorisé sur la base de ses descriptions et actions (Sacks 1972, Watson 1978) comme « partisan de la médecine officielle », « défenseur de la médecine non conventionnelle » etc. Cette catégorisation n’est pas anodine : il en découle des droits (de parole) et des obligations qui se reflètent notamment dans des modifications du cadre participatif (Goffman 1981), pouvant aller jusqu’à l’expulsion d’un membre du groupe. En adoptant une perspective interactionnelle, j’entends contribuer à la recherche sur le SFC qui, en sciences humaines et sociales, a notamment suscité l’intérêt des analystes du discours (Guise, Widdicombe & McKinlay 2007 ; Guise, McVittie & McKinlay 2010 ; Grue 2014a, b).

Références
Bülow, P. H. (2004) “Sharing experiences of contested illness by storytelling”, Discourse & Society 15(1), 33-53.
de Fornel, M. & Verdier M. (2014) Aux prises avec la douleur. Analyse conversationnelle et consultations d’analgésie. Paris : Éditions de l’EHESS.
Fukuda, K. et al. (1994) “The chronic fatigue syndrome”, Annals of Internal Medicine 121, 953-959.
Goffman, E. (1981) Forms of Talk. Philadelphia : University of Pennsylvania Press.
Guise, J., McVittie, C. & McKinlay, A. (2010) “A discourse analytic study of ME/CFS (chronic fatigue syndrome) sufferers’ experiences of interactions with doctors”, Journal of Health Psychology 15(3), 426-435.
Guise, J., Widdicombe, S. & McKinlay, A. (2007) “‘What is it like to have ME ?’ The discursive construction of ME in computer-mediated communication and face-to-face interaction”, Health 11(1), 87-108.
Grue, J. (2014a) “A garden of forking paths : a discourse perspective on ‘myalgic encephalomyelitis’ and ‘chronic fatigue syndrome’”, Critical Discourse Studies 11(1), 35-48.
Grue, J. (2014b) “Technically disabled, ill for all practical purposes ? Myalgic encephalopathy/chronic fatigue syndrome discourse in Norway”, Disability & Society 29(2), 213-223.
Heritage, J. (2012) “The epistemic engine : sequence organization and territories of knowledge”, Research on Language and Social Interaction 45(1), 30-52.
IOM (Institute of Medicine) (2015) Beyond Myalgic Encephalomyelitis/Chronic Fatigue Syndrome. Redefining an Illness, Washington : National Academies Press.
Sacks, H. (1972) “On the analyzability of stories by children”. In J. Gumperz & D. Hymes (eds.), Directions in Sociolinguistics : The Ethnography of Communication. New York : Rinehart & Winston, 325-345.
Tucker, I. (2004) “‘Stories’ of chronic fatigue syndrome : an exploratory discursive psychological analysis”, Qualitative Research in Psychology 1, 153-167.
Watson, D. R. (1978) “Categorization, authorization and blame-negation in conversation”, Sociology 12, 105-113.

Lundi 1er février - salle Jourda, de 14h à 16 h

  • Georges Kleiber, professeur émérite de linguistique générale, Institut d’Etudes Avancées (USIAS), Membre de l’EA 1339 LILPA (Linguistique, Langues et Paroles) de l’université de Strasbourg,
    « La triple personnalité de Je et Tu. »

Résumé

S’il est une question linguistique qui semble résolue, c’est bien celle des pronoms personnels de la première et de la deuxième personne. Je et tu font en effet l’objet d’un consensus assez large aussi bien dans les travaux de recherche que dans les ouvrages de didactique et les manuels de vulgarisation. La réponse classique qui leur assigne un rôle dans l’énonciation — je renvoie au locuteur et tu à l’interlocuteur — paraît suffisamment satisfaisante pour que l’on s’en contente et que l’on ne tente pas d’ouvrir d’autres pistes définitoires. Il nous semble toutefois que ces énonciatives couleurs définitoires sont celles d’une image d’Epinal. Dès que l’on essaie de décrire explicitement leur fonctionnement, on s’aperçoit que la réponse classique ne suffit plus à expliquer leur fonctionnement et que, même si elle n’est pas fausse, elle s’avère beaucoup trop courte pour cerner leur spécificité. L’objectif de notre contribution est de montrer qu’il faut la compléter en prenant en compte deux autres traits de leur « personnalité » :
(i) leur fonctionnement référentiel particulier,
(ii) leur dimension « subjective ».
Notre parcours comportera ainsi trois parties. La première rappellera la position énonciative standard, la deuxième essaiera de mettre au jour leur caractère indexical, plus précisément leur statut d’expressions token-reflexives, et la troisième mettra en avant leur trait de subjectivité. Chemin faisant, on verra se dessiner une image de je et tu beaucoup plus complexe que celle que tracent les approches énonciatives standard et que ces dernières, même si elles restent définitoirement en jeu, n’arrivent pas à répondre véritablement aux questions Qui est « je » ? et Qui est « tu » ?

Lundi 8 février - salle Jourda, de 14h à 16 h

  • Jacques Bres, professeur à l’Université Paul Valéry de Montpellier
    Subordination syntaxique, hétérogénéité énonciative, dialogisme - car, parce que, puisque

Résumé
La subordination – qui consiste à enchâsser syntaxiquement une proposition dans une autre – peut s’avérer apte à porter le dialogisme, en tant qu’enchâssement énonciatif d’un acte d’énonciation [e] dans un acte d’énonciation [E], soit [E[e]]. La subordination syntaxique offre ses services à la subordination énonciative. Complétives, circonstancielles, relatives peuvent, pour certaines d’entre elles et dans certains cas, être des outils du dialogisme. Nous nous intéresserons dans cette communication à la relation de cause, plus précisément au fonctionnement de car / parce que / puisque. Différentes explications ont été proposées pour rendre compte des différences parce que / puisque / car, tout particulièrement du fonctionnement à la fois proche mais cependant distinct de puisque et de car (i. a. Groupe λ 1975, Ducrot 1980, Nølke et Olsen 2002, Zufferey 2012). Nous reprendrons la question dans les cadres de l’approche dialogique. Nous avancerons dans un premier temps une hypothèse qui permette d’expliquer le fait que puisque Q permet d’attribuer Q à un énonciateur antérieur (tiers ou doxa (1), énonciataire (2-3), énonciateur lui-même (4), ce que ne fait ni parce que (5) ni car (6) :

  • (1) Si mon mal se résigne / Si j’ai jamais quelque or, / Choisirai-je le Nord / Ou le Pays des Vignes ?... / – Ah ! songer est indigne / Puisque c’est pure perte ! (A. Rimbaud, Le Pauvre songe, 1872)
  • (2) – Dis-le, papa, tu m’aimes ou non ?... sur un ton, cette fois, comminatoire et solennel qui lui fait pressentir ce qui va suivre et l’incite à laisser sortir, c’est juste pour jouer, c’est juste pour rire... ces mots ridicules, indécents : « Mais oui, mon petit bêta, je t’aime. » Alors il est récompensé d’avoir accepté de jouer à mon jeu... « Eh bien, puisque tu m’aimes, tu vas me donner... […] un de ces ballons... (N. Sarraute, Enfance, 1983)
  • (3) – C’est quoi ? Un truc à la Mrs Robinson ?
    – Tu ne pourrais pas comprendre...
    – Ah oui ? Alors vas-y, fulmina-t-elle, dis-le-moi, toi. Dis-le-moi puisque je suis si conne... Charles hésita. Il y avait bien un mot qui, mais il n’osa le prononcer. (A. Gavalda, La Consolante, 2009)
  • (4) je dois expliquer pourquoi […] je n’ai pas fait de la préposition, le premier élément de la proposition après le nom ; comme il semble que je l’aurais dû, puisque je prétends qu’elle est nécessaire à la formation de tous les autres. Voici mes raisons. (A. Destutt de Tracy, Elemens d’idéologie, 1815)
  • (5) Et j’ai découvert que si je n’avais pas de charme c’est parce que je ne m’aimais pas. Découverte banale ! (B. Groult, Mon évasion, 2008)
  • (6) Si vous avez dormi aux environs du circuit, surtout ne prenez pas de petit déjeuner car le port de Cassis offrira le plus beau des écrins à votre en-cas matinal ! (Moto Revue, 16/07/2015)
    Dans un second temps, nous nous demanderons s’il n’est pas également possible de considérer, selon une conception plus large de la notion de dialogisme, parce que (7) et car (8) comme des outils potentiels de dialogisme interlocutif anticipatif :
  • (7) mon existence, je le dis avec la plus grande modestie, a toujours été un peu hors du commun. Pas de mon fait. Mais à cause de mes parents. Parce que ma mère était une actrice d’une ineffable beauté, dont le visage domptait la lumière comme d’autres domptent des animaux féroces, et que son nom est devenu mythique pour les cinéphiles. Parce que mon père, en tant qu’écrivain, est entré dans la légende. (A. Gary, S. ou L’espérance de vie, 2009)
  • (8) (question à un expert en économie) on connaît les points faibles de la Grèce quels sont ses point forts ? car oui il y en a (France 2, journal télévisé, 21/07/2015)

Références bibliographiques
Bakhtine, Michaïl, 1984 [1952/1979]. « Les genres du discours », in Esthétique de la création verbale, Paris : Gallimard, 265-308.
Bres J., 2005, « Savoir de quoi on parle : dialogal, dialogique, polyphonique », in Bres et al. 2005, Dialogisme, polyphonie : approches linguistiques, Bruxelles : de Boeck. Duculot, 47-62.
Bres J. et Mellet S., 2009, « Une approche dialogique des faits grammaticaux », Langue Française 163, 3-20.
Bres J., Nowakowska A., Sarale J.-M., (éd.), 2016, Petite grammaire alphabétique du dialogisme (en préparation)
Debaisieux J.-M., 2004, « Les conjonctions de subordination : mots grammaticaux ou mots de discours ? Le cas de parce que », Revue de sémantique et de pragmatique 15–16, 51-67.
Ducrot O. et al., 1980, Les mots du discours, Paris : Editions de minuit.
Groupe λ, 1975, « Car, parce que, puisque », Revue romane 10, 248-280.
Nølke H., Olsen M., 2002, « Puisque : indice de polyphonie ? », Faits de langues 19, 135-146.
Zufferey S., 2012, “Car, parce que, puisque revisited:Three Empirical Studies on French Causal Connectives”, Journal of pragmatics, 44, 2, 138-153.

  • Elodie Baklouti, post-doctorante l’Université Paul Valéry de Montpellier
    « Minable, vous avez dit « minable » ? Comme c’est minable ! » : Reformulations,
    déformations, polémique médiatique

Résumé
En décembre 2012 éclatait une polémique, selon le terme consacré des médias, autour de l’
« exil fiscal » de l’acteur Gérard Depardieu. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault, lors
d’une interview télévisée alors qu’il était invité à s’exprimer sur le sujet, avait
déclaré : « je trouve ça minable ».
Le qualificatif « minable » avait par la suite fait l’objet de nombreuses reprises par les
médias, selon diverses reformulations. Quelques jours plus tard, une lettre ouverte de
Gérard Depardieu adressée en particulier au premier ministre paraissait dans le JDD, sous
le titre : « Minable, vous avez dit « minable » ? Comme c’est minable ! ». Cette lettre
fut à son tour fortement commentée par les médias. Enfin plusieurs jours après,
réinterrogé à la suite d’un discours, Jean-Marc Ayrault revenait sur son utilisation du
mot « minable », les médias ne manquant pas de commenter ce nouveau fait.
Ce travail se donne pour objectif d’analyser les diverses reformulations des énoncés
construits autour de « minable » à chacune des étapes mentionnées supra. Nous tenterons
de décrire précisément la façon dont s’opèrent les différents glissements et
déformations d’un discours à l’autre sur lesquels se développe cette polémique
médiatique.

Lundi 15 février - salle Jourda, de 14h à 16 h

  • Jean-Paul Bronckart, professeur à l’Université Genève et Ecaterina Bulea Bronckart, maître de conférences à l’Université de Genève
    « L’appropriation du langage et la permanence de ses effets développementaux »

Résumé
Dans une première partie, Jean-Paul Bronckart présentera l’évolution qui a caractérisé la conception de l’acquisition/apprentissage du langage développée dans son équipe de recherche entre les années 1980 et 2000. L’analyse mettra l’accent d’un côté sur la permanence d’un questionnement vygotskien ayant trait aux conditions d’appropriation du langage et au rôle de ce dernier dans l’émergence des fonctions psychiques supérieures, et d’un autre côté sur la recherche de l’angle d’attaque pertinent qui permettrait de saisir le langage dans son fonctionnement social effectif. Elle se poursuivra par une présentation d’aspects de la démarche de l’interactionnisme socio-discursif (ISD) à laquelle ce questionnement et cette recherche ont abouti.
Dans une seconde partie, prenant appui sur certains aspects du modèle de l’organisation textuelle de l’ISD, ainsi que sur la méthodologie d’analyse des données verbales à laquelle ce modèle a donné lieu, Ecaterina Bulea Bronckart abordera la question du rôle joué par le langage dans le développement psychologique et présentera à cet effet un ensemble de données empiriques issues de dispositifs d’analyse du travail, montrant en particulier le rôle crucial que joue la maitrise de certains processus discursifs dans ce développement. Sur la base de cette analyse, elle proposera pour clore quelques réflexions pour une reformulation de la problématique de l’appropriation du langage, inspirée des résultats des recherches du groupe sur le rôle du langage dans le développement psychologique adulte.

Références
Bronckart, J.-P. (1984). Un modèle psychologique de l’apprentissage des langues. Le Français dans le monde, 185, 53-67.
Bronckart, J.-P. (1996). L’acquisition des discours. Le point de vue de l’interactionnisme socio-discursif. Le français dans le monde. Le discours : enjeux et perspectives. N° spécial, 55-64.
Bronckart, J.-P. (2004). Les genres de textes et leur contribution au développement psychologique. Langages, 153, 98-108.
Bulea, E. & Bronckart J.-P. (2005). Pour une approche dynamique des compétences langagières. In J.-P. Bronckart, E. Bulea & M. Pouliot (Eds) Repenser l’enseignement des langues. Comment identifier et exploiter les compétences ? (pp. 193-227). Lille : Presses Universitaires du Septentrion.
Bulea, E. (2009). Types de discours et interprétation de l’agir : le potentiel développemental des « figures d’action ». Estudos Linguísticos / Linguistics Studies, 3, Ediçoes Colibri/CLUNL Lisboa, 135-152.
Bulea Bronckart, E. (2014). Langage, interprétation de l’agir et développement. Sarrebruck : Presses Académiques Francophones.

Lundi 7 mars - salle 108, de 9H30 à 12H30

  • Atelier thématique : Catégories & stigmatisation dans les recherches en sciences du langage

Résumé
Cet atelier est organisé par les chercheurs de Praxiling qui développent des programmes de recherche touchant à la thématique de la santé dans son rapport aux pratiques de communication – le terme santé englobant tous les problèmes qui touchent au bien-être physique, mental et social des individus et de la société.
Il vise à développer une réflexion transversale entre des chercheurs dont les travaux ont en commun, d’une part, de développer un questionnement épistémologique et éthique sur la « typicité symptomatique » de certains discours et des sujets les produisant, et, d’autre part, de proposer des travaux de recherche innovants sur des thématiques touchant à des enjeux de société de toute première importance dans les situations de vulnérabilité sociale, physique et/ou psychique.
Cette réflexion présente l’intérêt majeur de s’appuyer sur une diversité de terrains et de corpus : interactions en milieu scolaire ou ordinaire, interactions en milieu médical, discours médiatisés (forums, messageries instantanées), entretiens.
Dans le premier temps de l’atelier, on présentera les recherches en cours. On confrontera ainsi les différentes méthodes d’approche et d’analyse des différents programmes de recherche en se positionnant au carrefour de plusieurs disciplines en sciences humaines (analyse du discours et analyse interactionnelle, histoire et sciences de l’éducation) et en sciences médicales (orthophonie, neuropsychologie et médecine).
Le deuxième temps de l’atelier est le temps du débat, avec une question posée au regard de la nature même des terrains d’enquête des chercheurs : comment articuler les concepts de catégorisation et de stigmatisation sur des terrains sensibles ?

L’accès à cet atelier est restreint.
Pour vous inscrire, écrire à maud.verdier@univ-montp3.fr.

Lundi 14 mars

  • François Héran, directeur de recherche à l’INED
    « Langues et migration »

Salle Jourda, de 14h à 16h

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Lundi 21 mars

  • Alessandro Duranti, professeur à UCLA
    « More than a state of mind : the temporal unfolding of cooperative action »

Résumé / Abstract
I build on the critique of the notion of collective intentionality (or “we-intentions”) presented in The Anthropology of Intentions (Duranti 2015) and on the analysis of ritual glitches provided in Throop and Duranti (2016) to offer a view of cooperative action that goes beyond the mental model provided by analytic philosophers and cognitive scientists (e.g., Tuomela 1984 ; Tuomela and Miller 1985 ; Gilbert 1990 ; Searle 1990 ; Bratman 1993). By integrating a phenomenological approach to temporally unfolding collective activities with methods and concepts developed by anthropologists and sociologists interested in the details of human interaction, I analyze a number of video recorded cases of spontaneous activities that have often been mentioned as primary examples of collective intentionality : moving a piano together, making a toast, and playing a tune with a band. I argue that when “things go wrong” and participants’ actions require adjustments and “repairs” we become aware of some taken-for-granted properties of cooperative action and the importance of the often ignored or hidden dimensions of temporality, embodiment, ethics, and improvisation.

Salle Jourda, de 14h à 16h

Avril

Lundi 11 avril - salle Jourda, de 14h à 16h

  • J. Du Bois, professeur à l’University of California, Santa Barbara
    « Dialogic Syntax »

Lundi 18 avril - salle Jourda, de 14h à 16h

  • Debra Ziegeler, Université Paris 3
    « Quantification under negative scope in Singapore English » - « Grammaticalisation dans les nouvelles variétés d’anglais : une autre perspective sur la réplication par contact »

Résumé
L’étude de la grammaticalisation par contact (Heine and Kuteva 2003, 2005) a suscité des critiques (e.g. Matthews & Yip, 2009 ; Gast & van der Auwera, 2012), car elle semble partir du principe que les locuteurs de langues en contact sont conscients des chemins de grammaticalisation de ces formes par réplication. Dans les travaux de Heine et Kuteva, la langue « source » de contact était généralement comprise comme un substrat, ou L1. Cette étude examine des faits de langue spécifiques qui ont pu être observés dans plusieurs dialectes de l’anglais en contact, dont l’utilisation du verbe modal will, de l’aspect inaccompli, de l’article indéfini et de l’auxiliaire do. Elle propose une autre hypothèse où la réplication concerne les étapes diachroniques de la langue lexifiante (c’est-à-dire, la base lexicale) qui sont apparues depuis mille ans dans l’histoire de l’anglais. Dans certains cas, la réplication est assistée par l’indentification interlinguale de sens qui coexistent dans les sources lexicales et qui sont récupérables par des sens grammaticalisés et polysémiques dans la langue lexifiante à des étapes tardives de développement.

Références
Gast, Volker, and Johan van der Auwera. 2012. What is ‘contact-induced grammaticalization’ ? Evidence from Mayan and Mixe-Zoquean languages. In Grammaticalization and Language Contact, 381-426. ed. Bj. Wiemer, B. Wälchli and Bj. Hansen. Berlin : Mouton.
Heine, Bernd, and Tania Kuteva. 2003. On contact-induced grammaticalization. Studies in Language 27 : 529-72.
Heine, Bernd, and Tania Kuteva. 2005. Language Contact and Grammatical Change. Cambridge : Cambridge University Press.
Matthews, Stephen, and Virginia Yip. 2009. Contact-induced grammaticalization. Evidence from bilingual acquisition. Studies in Language 33 : 366-95.
Ziegeler, Debra. 2014. Replica grammaticalisation as recapitulation : the other side of contact. Diachronica 31,1 : 106-141.

Mai

Lundi 23 mai - salle Jourda de 14h à 16h

  • Corinne Gomila, maître de conférences à l’université de Montpellier - FDE
    « Deux mots de lettres pour te dire… » ou la correspondance de Poilus peu-lettrés comme source et lieu d’hétérogénéités »
  • Cristelle Dodane maître de conférences à l’université de Montpellier 3 et Claudia Neudecker, doctorante à l’université Paul Valéry de Montpellier
    « De la transcription musicale à la transcription de la prosodie du français entre les XVIe et XXe siècles : entre continuité et discontinuité »

Détail des présentations

  • Corinne Gomila « Deux mots de lettres pour te dire… » ou la correspondance de Poilus peu-lettrés comme source et lieu d’hétérogénéités »
    Cette présentation explore dans le Corpus 14, corpus épistolaire de la Grande Guerre, le phénomène d’hétérogénéité énonciative. Dans un cadre théorique croisant les travaux de J. Authier Revuz sur le métadiscours (1995 ; 2005) et ceux portant sur le dialogisme (Bakhtine 1978 ; Bres 2005 ; Jaubert 2005 ; Nowaskowska 2012), l’exposé examinera, après avoir pointé l’hétérogène des formes de métalangage à l’œuvre dans la correspondance des soldats et de leur famille, une forme récurrente d’énoncés. Ces derniers se caractérisent par une construction typique à trois éléments (en gras et séparés dans l’exemple ci-dessous par une barre oblique) : la re-présentation du discours du correspondant, l’enchaînement sur cette reprise et le développement du scripteur.
    Maixe le 20 octobre 1914
    Ce qui me fait le plus plaisir quand tu me parle de mon petit Roger que je sais
    qu’il se porte bien et qu’il profite toujours de même je suis bien comtant car je sais qu’il
    est bien soigner et que tu l’aime bien comme moi d’ailleur et que je voi l’heure de
    vous revoir tout les deux et comme il va être changer mon petit Roger surment je
    le reconnaitrait pas. Enfin je pense et je souhaite de tout cœur que ce beau jour
    et proche et ma fois ce sera un grand jour de fête le plus beau jour de notre vie
    Tu me dit qu’il bois bien le vin /tant mieux/ donne lui ce qu’il lui faut pas pour
    lui faire du mal bien sur mais comme tu me dit que tu n as plus de vin
    il faut en acheté dire à Perret qu’il tant livre un petit baril je ne veux
    pas que tu te fasse souffrire moi j’en acheté un litre tous les jours et on
    en touche encor un quart de la compagnie tu voi que je me prive pas moi
    si je savais que tu n’en fasse pas livrér j’écrirai une carte à Gustave pour lui
    commander et c’est pas sur que je le ferai pas.
    Un mot encor avant de te
    quitter car j’ai plus de papier il faut parler Francais à Roger c’est tout et tu sais
    ce que je t’ai toujour dit il faut absolument lui apprendre le francais sa ne
    coûte rien et c’est plus chic. Alfred (Corpus 14, Praxiling)

    Ce type d’énoncé qui avait été décrit par Bakhtine sous le nom d’ « hybride bivocal intentionnel et intérieurement dialogisé » (1978, 78), énoncé remarquable dont la structure syntaxique est tout à fait particulière puisqu’à l’intérieur « d’un seul énoncé, fusionnent deux énoncés virtuels, comme deux répliques d’un dialogue possible » a été analysé dans le détail par E. Roulet (1985 ; 1993) qui les qualifie de « reprises diaphoniques », et dans ses pas par L. Perrin (1995). Tous deux ont travaillé sur des correspondances de lettrés, les reprises envisagées ici sont celles de scripteurs peu lettrés. Elles seront étudiées d’un point de vue linguistique et dialogique.

Bibliographie
Authier-Revuz, J. (1995), Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non coïncidences du dire (2 vol.), Paris, Larousse.
Authier-Revuz, J. (2004), « La Représentation du discours autre : un champ multiplement hétérogène » in Laurence Rosier et al., Le discours rapporté dans tous ses états. Paris, L’Harmattan, 35-53.
Bakhtine, M. (1978), Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard.
Bres, J. (2005), « Savoir de quoi on parle : dialogue, dialogal, dialogique, dialogisme, polyphonie … » in Jacques Bres et al., Dialogisme et polyphonie, De Boeck Supérieur, 47-61.
Jaubert, A. (2005), « Dialogisme et interaction épistolaire » in Jacques Bres et al., Dialogisme et polyphonie, De Boeck Supérieur, 215-230.
Nowakowska, A. (2012), « Du dialogal et du dialogique dans l’interview politique », in Actes du Colloque Mondial de Linguistique Française 2012, le 4-7 juillet, Lyon, http://www.ilf-cnrs.fr/
Perrin, L. (1995), « Du dialogue rapporté aux reprises diaphoniques », Cahiers de langue française, 16, 211-240.
Roulet, E & al. (1985), L’articulation du discours en français contemporain, Berne, Lang.
Roulet, E. (1993), « De la structure diaphonique du discours épistolaire. A propos d’une lettre d’Aurore Dupin à sa mère », Analyses littéraires de l’Université de Besançon, 502, 85-99.

  • Cristelle Dodane « De la transcription musicale à la transcription de la prosodie du français entre les XVIe et XXe siècles : entre continuité et discontinuité »
    Résumé
    L’existence de liens étroits entre musique et prosodie a poussé certains grammairiens à parler d’éléments musicaux pour désigner le rythme, l’accentuation et l’intonation de la langue parlée, ou encore, à avoir recours à la transcription musicale pour mieux représenter et décrire ces différents phénomènes. Dans la production de la parole, leur manifestation concrète est associée à l’évolution temporelle des paramètres physiques que sont la fréquence fondamentale, la durée et l’intensité (Cruttenden, 1997). Ces variations sont perçues comme des changements de hauteur (ou de mélodie), de longueur et de sonie (Rossi, 1999), que l’on retrouve également dans la musique. Il n’est donc guère étonnant que le vocabulaire utilisé pour décrire la langue parlée ou la musique se ressemble autant. Ainsi, on parle dans les deux domaines, de mélodie, de rythme, d’accents, de silences ou de quantité. Si le sens recouvert par ces termes n’est pas toujours complètement identique chez les grammairiens et les musiciens, ils n’en restent pas moins comparables. L’Encyclopédie explique clairement que du rythme « naissent le nombre & l’harmonie dans l’éloquence, la mesure & la cadence dans la poésie », tandis qu’en musique, « le rythme s’applique à la valeur des notes, & s’appelle aujourd’hui mesure ».
    Si nous étudions de plus près l’évolution de la transcription de la prosodie française entre le XVIe et le XIXe, il est possible de dégager quatre grandes tendances. Au XVIe, les grammairiens, fortement préoccupés par la création d’une grammaire de la langue française sur le modèle de la grammaire latine, se focalisent sur le fonctionnement des mots en contexte, au sein des différentes unités syntaxiques (Palsgrave, 1530 ; Meigret, 1550). Au XVIIe, des auteurs comme le grammairien Vairasse d’Allais (1681), ou le musicien Bacilly (1668) vont plutôt se focaliser sur un seul élément, la quantité, qu’ils utilisent pour parler du rythme, en travaillant notamment au niveau de la syllabe. Au XVIIIe, les Lumières cherchent à décrire et à expliquer avec précision le fonctionnement de la langue et de la musique, mais ils se heurtant au manque d’instrumentation pour transcrire la prosodie. Ce manque sera comblé au XIXe par les phonéticiens expérimentalistes (L’abbé Rousselot, 1901-1908 ; Léonce Roudet, 1899). Ces auteurs ont recours à la transcription musicale pour décrire avec une extrême précision l’évolution de la hauteur, de la durée et de l’intensité en utilisant une véritable partition, mais en négligeant toutefois les variations réellement pertinentes pour l’oreille.
    Dans l’ensemble, nous pouvons dégager un mouvement partant d’une description plutôt globale pour aboutir à une transcription extrêmement précise de la prosodie. En outre, chaque auteur, en fonction de son domaine, apporte des connaissances et un regard spécifiques, les grammairiens se concentrant sur les unités et le fonctionnement de la syntaxe, les musiciens travaillant d’emblée sur la perception et la réalisation de la mise en musique de la langue et les phonéticiens, sur l’identification et la description des différents paramètres prosodiques. Dans cette communication, nous nous proposons donc de décrire la contribution de ces différents auteurs à la description de la prosodie.

Bibliographie
Bosquet, Jean (1586). Elemens ou institutions de la langue françoise, Mons 1586.
Bacilly, Bénigne de (1668). Remarques curieuses sur l’art de chanter, et particulièrement pour ce qui regarde le chant français. Paris.
Beauzée, Nicolas (1767). Grammaire générale ou exposition des éléments nécessaires du langage pour servir de fondement à l’étude de toutes les langues. Vol. 1, Paris.
Condillac, Etienne Bonnot de (1798). Essai sur l’origine des connaissances humaines, Paris.
Cruttenden, A. (1997). Intonation. 2nd edition. New York : Cambridge University Press.
D’Olivet, Pierre-Joseph (1736). Traité de la prosodie française, Paris.
Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772), éd. Denis Diderot, Jean le Rond d’Alembert, Paris.
Lamy, Bernard (1676). De l’Art de parler. Paris.
Grimarest, Jean Léonor Le Gallois de (1707). Traité du récitatif dans la lecture, dans l’action publique, dans la déclamation, et dans le chant ; avec un traité des accens, de la quantité, & de la prononciation. Paris.
Louis Meigret (1555). Le Tretté de la grammère françoise, Paris.
Palsgrave, John (1530). L’éclaircissement de la langue française, Londres.
Raparlier (1772). Principes de musique, les agréments du chant et un essai sur la prononciation, l’articulation et la prosodie de la langue françoise. Lille.
Rossi, Mario (1999). L’intonation, le système du français : description et modélisation. Paris : Ophrys.
Roudet, Léonce (1899). Méthode expérimentale pour l’étude de l’accent. La Parole, 5, 321-344.
Rousselot, l’abbé (1901-1908). Principes de Phonétique Expérimentale. Paris : Welter, 2e vol.
Vairasse d’Allais, Denis (1681). Grammaire méthodique, contenant en abgrégé les principes de cet art et les règles le plus nécessaires à la langue françoise. Paris.

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