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Archivage séminaires 2012-2013

3 février 2013

Lundi 12 novembre 2012

14h-15h30

  • Laurent Fauré : « Dans les coulisses d’une matinale : pour une approche praxéologique du discours journalistique radiophonique »

S’inspirant de travaux classiques (Apostel 1980, Habermas 1987) ou plus récents (Filliettaz 2002, Auchlin, Filliettaz, Grobet & Simon 2004) en praxéologie, l’exposé ancré en linguistique interactionnelle, s’emploiera à appliquer aux processus de production journalistique du discours radiophonique certains des postulats de la praxématique et de théories de l’action relatifs au rapport entre langage et travail. On s’appuiera pour ce faire sur des travaux conversationnalistes (Greatbatch 1992, Hutchby 1996, Middleton 1996) et ethnographiques (Paterson & Domingo 2008), en sociologie des médias (Ringoot & Utard 2005), en analyse du discours médiatique (Burger & Martel 2005) et en pragmatique expérientielle (Auchlin et Simon 2004). Ces derniers rejoignent les réflexions ethnométhodologiques sur l’action située (Suchman 1990, 1996) et praxématiques sur la relation entre praxis sociale, expérience pratique et expression linguistique (Lafont 1978, 1994, Barbéris 1992, 1998) et permettent d’interroger les formats de spectacularisation et d’appréhension du réel, en cours de constitution au sein de l’instance médiatique de production. Il s’agit ainsi de rendre compte dans son empiricité — rarement explorée dans le cadre de la radio — du processus de transformation dans le cadre du contrat de communication médiatique (Charaudeau 1997).

Les données audio-vidéo transcrites qui font l’objet de l’observation sont issues d’une enquête de terrain instrumentée menée en mai 2011 dans les studios de France inter. L’étude de cas servant plus particulièrement de fil rouge à la démonstration portera sur le parcours interactionnel d’un topique extrait de la logosphère d’information médiatique au lendemain de la mort d’O. Ben Laden, de son émergence à sa délivrance publicisée, son traitement et ses reconditionnements énonciatifs au cours de la matinale de la station en régie, en studio et en conférence de rédaction.

Saisie sous l’angle des accomplissements et des régimes d’action co-produits, la production du texte d’information radiophonique sera ainsi observée non seulement à travers ses spécificités voco-verbales mais aussi à travers les processus multimodaux et interactionnels qui permettent sa délivrance et la travaillent. L’analyse moment par moment des ressources discursives et communicationnelles questionnera plus particulièrement la relation entre schémas planifiés (textualisations programmées pour la diffusion) et actions situées (improvisations, réajustements du direct mais aussi reformulations et évaluations…).

Lundi 10 décembre 2012

14h-15h30

  • Julie Denouël : « Expressions citoyennes et expressions de soi sur les médias numériques. Une approche socio-discursive et interactionnelle »

Dans le cadre de cette communication, nous nous intéresserons à la production participative d’information sur internet, phénomène sociotechnique qui a donné lieu à de nombreux travaux ces dernières années. En effet, la pluralité des dynamiques et des pratiques qui traversent ce phénomène ont amené les chercheurs à l’envisager selon des perspectives assez variées, par exemple à partir de réflexions sur le journalisme participatif ou citoyen (Aubert, 2009 ; Canu & Datchary, 2010), la « communication de masse individuelle » (Castells, 2009) ou les « mobilisations informationnelles » (Cardon & Granjon, 2010). Pour ce qui concerne notre étude, l’objectif sera d’aborder la production participative d’information d’un point de vue quelque peu différent des perspectives mentionnées supra. Ici, l’attention sera focalisée sur des expressions citoyennes en tant qu’elles sont le fait d’individus revendiquant leur position de citoyen, leur éloignement de la sphère journalistique traditionnelle et la mise en visibilité de points de vue spécifiques et autonomes au sein d’espaces numériques qui leur sont propres (notamment au travers de blogs, micro-blogs et réseaux socionumériques). Notons que ces expressions citoyennes ont aussi pour particularité de reposer sur la production de (longs) contenus informationnels jugés d’intérêt commun visant à dévoiler des principes singuliers de vision du monde social qui s’écartent à tout le moins de ceux exposés à travers (et par) les médias de masse.
Les analyses que nous présenterons s’inscrivent dans le cadre d’une enquête ethnographique menée depuis le début de l’année 2010 et encore en cours à ce jour. Ce dispositif d’enquête qualitatif repose sur la conjugaison de deux types de données : des entretiens semi-directifs approfondis réalisés auprès d’une vingtaine d’individus et un corpus de textes regroupant l’ensemble des énoncés (billets et commentaires issus des échanges avec le public) visibles sur les espaces numériques des informateurs. Cette méthodologie nous a permis d’explorer les différents discours mis en ligne et, ainsi, de saisir les modalités de mise en forme et de mise en sens mobilisées par les producteurs d’information, ceux-là même qui revendiquent une prise de parole libérée et ouvertement subjective, désolidarisée de l’écriture journalistique censément construite selon les principes de distanciation, de neutralité et d’objectivité. A partir de ce matériau d’enquête, nous proposerons d’appréhender les différentes logiques (discursives, interactionnelles, relationnelles) qui structurent ces expressions citoyennes autonomes. Nous verrons que si la culture civique est au fondement de ces pratiques, l’expression de soi et la quête de reconnaissance participent également de ces formes de production participative d’information.

Lundi 14 janvier 2013

14h-16h

  • Rosario Signorello (GIPSA-Lab, Grenoble University & College of Education, Roma Tre University) :

« La voix charismatique des leaders politiques : influence des caractéristiques acoustico-prosodiques sur l’audience »

Résumé :

Le charisme est un ensemble de caractéristiques perceptibles propre à un leader et fait de visionnarisme, d’émotivité et de dominance. Ces propriétés sont véhiculées par des comportements verbaux et non verbaux qui résultent dans le « charisme de l’esprit » (ce que le leader dit, sa façon de penser et d’agir qui lui permet d’atteindre les foules) et dans le « charisme du corps » (tout comportement tangible comme la voix, les expressions du visage, les gestes, le regards, etc.) utilisés par le leader charismatique pour « modeler », exprimer et partager son message ainsi que ses affects et émotions, pendant l’acte communicatif (Signorello et al., 2012a).

La présence d’un seul ou la combinaison des deux types de charisme constitue la personnalité d’un leader charismatique. Ces caractéristiques sont explicitées au moyen d’adjectifs dans le langage courant et peuvent être regroupées autour d’un certain nombre de dimensions. Pendant le séminaire, j’exposerai l’approche psychologique multidimensionnelle du phénomène du charisme développée en collaboration avec Isabella Poggi et Francesca D’Errico de l’Università Roma Tre (Rome, Italie).

Dans un premier temps, je présenterai les résultats de deux études qualitatives qui ont pour objectif de décrire le charisme avec des adjectifs du langage commun. Ces travaux ont étés effectués en français et en italien. Ils ont permis de développer une échelle multidimensionnelle du charisme (Signorello et al., 2012b). Dans un deuxième temps, je présenterai les résultats des tests de perception à partir desquels nous avons démontré que les adjectifs de notre échelle multidimensionnelle du charisme se regroupent « naturellement » pour donner lieu à différents types de charisme.

Je me focaliserai dans un dernier temps, sur un des nombreux aspects du charisme du corps : la voix. L’hypothèse générale est que - parmi les caractéristiques acoustiques de la voix - ils en existent certaines qui sont spécifiquement responsables de la perception d’une voix comme charismatique et qui contribuent donc à rendre un leader charismatique.

L’objectif est de distinguer le parler charismatique de celui qui n’est pas charismatique et d’isoler les aspects qui rendent la voix du leader « charismatique ». Je présenterai deux études de cas (analyse de la production et étude perceptive) de deux politiciens, appartenant à deux langues et deux cultures différentes et leaders de deux partis politiques. Ces deux politiciens ont toits deux souffert de maladies ayant provoqué des altérations de leur voix qui aurait pu causer une baisse ou une perte totale des caractéristiques acoustiques de leur parler charismatique.

L’hypothèse est qu’une voix affectée par une pathologie (suite à un AVC ou à un cancer par exemple) est perçue comme moins charismatique qu’une voix « normale » (au sens de non pathologique). Le motif qui a justifié ces recherches a été de démontrer comment une altération de la parole peut modifier la perception de charisme.

Lundi 11 février 2013

14h-16h

  • Jean-François Sablayrolles ((LDI UMR 7187 Paris 13 Sorbonne-Paris-Cité) : « Néologie et dénomination »

La néologie relevant fondamentalement d’un processus qui s’inscrit dans le temps qui passe, elle semble s’apparenter plus à l’opération de nomination qu’à la dénomination. Néanmoins cet aspect dénominatif n’est sans doute pas complètement déconnecté de la néologie. D’une part, on observe, pour diverses raisons, des changements de dénominations (avec ou sans changement de l’objet dénommé) sans que puisse être invoquée une opération de nomination du type de celle qui est à l’œuvre dans la plupart des néologismes. Ce sont des facteurs extérieurs qui conduisent à ces substitutions de dénominations. D’autre part, si l’opération de nomination est nette du point de vue du créateur, elle l’est peut-être moins du côté des récepteurs : leur travail interprétatif -qui se fonde sur le co-texte, le contexte, et, dans les cas des mots construits, sur la morphologie- cherche à identifier la réalité auquel le locuteur impose un nom. Les interprétants peuvent s’interroger sur l’opportunité, le bien fondé ou les raisons de cette nomination, mais ce n’est pas toujours le cas et l’identification de la réalité dénommée est toujours la première étape (qui peut rester unique ’). On peut contester l’opération de nomination, mais si on l’accepte, on entérine une nouvelle dénomination. Enfin si l’on observe souvent des flottements au début de la circulation des néologismes, tant dans leur forme que dans leur signifié, il semble que, petit à petit, les échanges dus à l’interaction humaine, homogénéisent signifiants et signifiés des néologismes jusqu’à leur intégration éventuelle dans des dictionnaires. Dénomination et néologicité seraient ainsi inversement proportionnelles : plus le néologisme circule et se stabilise, plus il perd son statut de néologisme et acquiert un pouvoir dénominatif du type de celui des lexies conventionnellement attestées.

Lundi 11 mars

14h-16h

  • Simone Falk Department für Germanistik, Komparatistik, Nordistik, DaF Ludwig Maximilians Universität - München (LMU)

« Le rythme dans la parole : fonctions communicatives et lien avec la motricité »

Résumé

Y a-t-il un rythme dans la parole ? Quelles sont les structures et situations dans lesquelles il émerge ? Ces questions sont controversées jusqu’à nos jours et la relation entre structure temporelle, la phénoménologie prosodique et la perception de la parole est toujours au centre du débat. Dans ma conférence, je vais introduire une perspective sur le rythme qui souligne son rôle communicatif et son fonctionnement dans la perception et la production du discours (selon les idées de Cummins, 2009). Plus particulièrement, la relation entre motricité et parole sera présentée comme moyen pour examiner la perception des proéminences et le timing au cours de la communication.
J’illustrerai ces aspects avec des résultats récents qui démontrent un effet positif de l’activité motrice sur la mémoire sémantique en allemand (Falk & Dalla Bella, en préparation). Deuxièmement, je présenterai quelques réflexions sur ce qu’on peut apprendre sur les fonctions communicatives du rythme et le mouvement en analysant la parole dirigée vers les enfants. Finalement, le lien entre rythme et gestes et leur apport au timing lors de la production radiophonique sera discuté en mettant en avant des perspectives pour des projets en commun dans le cadre du réseau OPMÉ (Observatoire des pratiques médiatiques émergentes, initié par le laboratoire Praxiling).

Lundi 18 mars

14h-16h

  • Britta Thörle (Université de Siegen, Allemagne)

« Les conversations téléphoniques en FLE : le rôle des marqueurs discursifs »

Résumé

Dans notre communication nous allons présenter un projet de recherche en préparation aux universités de Koblenz-Landau et Siegen qui porte sur l’acquisition des marqueurs discursifs chez les apprenants allemands en langues romanes. Nous nous appuyons sur un corpus d’enregistrements de diverses tâches conversationnelles dont une est d’appeler à l’étranger pour demander des informations relatives à la préparation d’un séjour dans l’autre pays. Partant d’un petit ensemble de conversations téléphoniques menées en français, nous allons relever d’abord les caractéristiques de l’usage de quelques marqueurs discursifs dans l’interlangue des apprenants pour ensuite étudier le rôle que jouent les marqueurs discursifs (ou leur absence) pour la solution d’un nombre de « problèmes » conversationnels (ouvrir et clore la conversation, prendre la parole, introduire un nouveau thème).

Lundi 15 avril

14h-16h

  • Alice Krieg-Planque Université Paris-Est Créteil (UPEC) - Céditec (EA 3119) : « Les “argumentaires” des partis politiques : questions de genre, d’énonciation et de publicisation »

Résumé
Nous nous intéressons à un genre de texte, appelé “argumentaire”, tel qu’il existe en tant que production discursive des partis politiques français contemporains. Sommairement, l’“argumentaire” peut être décrit comme un document qui présente notamment un ensemble de positions, généralement argumentées, données à voir comme étant celles de l’organisation partisane sur un thème ou sujet donné (argumentaire du PCF sur le Pacte budgétaire européen, argumentaire de l’UMP sur les 100 premiers jours de François Hollande…).

Mais c’est moins le bornage univoque d’une définition de l’“argumentaire” qui nous intéresse qu’une exploration de quelques-unes des principales dimensions de ce type de texte. En effet, l’“argumentaire” se prête particulièrement bien à des questionnements variés, à la croisée de la linguistique, de l’analyse du discours, des sciences politiques, et des sciences de l’information et de la communication.

Ainsi, au fil de l’exposé, cinq aspects de l’“argumentaire” retiennent plus particulièrement notre attention : sa dénomination, qui relève du métalangage ordinaire des acteurs et rattache l’existence du genre avant tout à des pratiques d’écriture identifiables pour le parti politique ; ses caractéristiques discursives internes, qui font apparaître l’importance que l’“argumentaire” accorde au dialogisme interdiscursif ; son identité de document de communication, en tant qu’il est constitué d’énoncés conçus pour être repris dans le cadre d’un travail d’argumentation mené par le militant ; sa multifonctionnalité, alliant affirmation de l’autorité du parti, formation des militants, animation du débat public, et persuasion ; enfin, ses transformations sous l’effet du recours à l’internet dans la communication politique partisane.

Références :

Alice Krieg-Planque, « Un discours sur prescription : les ‘argumentaires’ des partis politiques comme éléments de cadrage de la parole », dans Argumentation et Analyse du Discours, revue éditée par le groupe de recherche Adarr - Analyse du discours, Argumentation et Rhétorique, Tel-Aviv, en ligne sur Revue.org : http://aad.revues.org/1438 n°10, avril 2013.

Lundi 6 mai

14h-15h30

  • Agnès Steuckardt : « Les modalisateurs formés sur « dire » »

Parmi les modalisateurs du discours, ceux qui se forment avec le verbe dire posent une modalisation autonymique (Authier-Revuz, 1995), susceptible de s’associer, secondairement, à d’autres types de modalisations, épistémique (à vrai dire), déontique (disons), appréciative (pour mieux dire), ou encore médiative (comme on dit ; Anscombre, 2006 et 2010). Ce riche ensemble de locutions (Steuckardt, 2005) s’est construit au cours de l’histoire du français : elles résultent de lexicalisations, ou, plus précisément dans le cas présent, de pragmaticalisations (Dostie, 2004), qui ont retenu, pour un certain temps, une séquence donnée. Certaines de ces locutions ont été abandonnées : les locuteurs du XVIe siècle utilisaient encore a peu dire (à peu dire : « pour le dire en peu de mots »), que l’usage classique délaisse ; le français classique avait par maniere de dire, qui n’est plus aujourd’hui employé que par archaïsme. On s’interrogera sur les raisons qui président à ces choix en examinant plus particulièrement deux pragmaticalisations en cours : celle de on va dire et celle de j’ai envie de dire. Pourquoi on va dire plutôt que je vais dire, qui se dit fort peu ? Pourquoi j’ai envie de dire plutôt que on a envie de dire, qui se dit moins volontiers ? À quoi bon ces modalisations, si fréquentes dans les discours médiatiques qu’elles suscitent parfois l’agacement et le rejet (Camus, 2000 ; Pommier, 2011) ? On cherchera, en s’appuyant sur des corpus oraux et écrits, à dégager les valeurs sémantico-pragmatiques de chacun, et à y trouver une piste explicative des prédilections de l’usage.

Références bibliographiques

Anscombre, J.-C., 2006, « Stéréotypes, gnomicité et polyphonie : la voix de son maître », L. Perrin (sous la dir.), Le sens et ses voix, Metz, Publications de l’Université Paul Verlaine, p. 349-378.

—, 2010, « Lexique et médiativité : les marqueurs pour le dire », Cahiers de lexicologie, n° 96, p. 5-33.

Authier-Revuz J., 1995, Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non coïncidence du dire, Paris, Larousse.

Camus, R., 2000, Répertoire des délicatesses du français contemporain, Paris, P.O.L.

Dostie, G., 2004, Pragmaticalisation et marqueurs discursifs. Analyse sémantique et traitement lexicographique, Bruxelles, Duculot / De Boeck.

Pommier, F., 2011, Mots en toc et formules en tic : petites maladies du parler d’aujourd’hui, Paris, Points, Le goût des mots.

Steuckardt A., 2005, « Les marqueurs formés sur dire », A. Steuckardt et A. Niklas-Salminen (éds), Les marqueurs de la glose, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, p. 51-65.

15h30-17h

  • Jacques Bres, Yordanka Levie (Praxiling) : « Admiratif en bulgare et allure extraordinaire en français : « - comme ils se ressemblent ! » »

Miratif (ou admiratif) : un certain nombre de langues – notamment langues balkaniques, tibéto-birmanes, amérindiennes - disposent d’un élément grammatical pour signaler une information nouvelle et inattendue au moment de l’énonciation. Le bulgare p. ex. use du parfait pour signifier la mirativité :

(1) Toj ne priličal na bašta si !

Il nég. ressembler.PP à père poss.

« Il ne ressemble pas à son père ! » (littéralement : n’a pas ressemblé)

(2) Ti si imal lepa devojka […] ! (Ivan Vazov, Pod igoto/Sous le joug)

Tu être.PRS.2sg. avoir.PP jolie fille

« Tu as là une jolie fille […] ! (littéralement : a eu)

Allure extraordinaire : le français – mais aussi l’espagnol, ou l’anglais – usent de l’auxiliaire aller (et dans une moindre mesure de venir) pour « « confère(r) au verbe dont l’infinitif le suit un caractère dérangeant par rapport à l’ordre attendu des choses » (Damourette et Pichon 1911-1942, § 1652) :

(3) Comme c’était un vieux jaloux à qui tout faisait ombrage, il alla s’imaginer que l’état effroyable où j’étais pouvait être une ruse dont je me servais pour m’introduire impunément chez lui et faire un amoureux message. (Lesage, Histoire de Guzman d’Alfarache, 1732)

(4) – Arrête tes explications qui font mal aux dents des véritables compétents, dit Mangeclous, et ne viens pas me raconter ce que je savais dès avant ma naissance. (Cohen, Mangeclous, 1938)
L’allure extraordinaire a-t-elle à voir avec la mirativité ? On tâchera de répondre à cette question à partir d’occurrences authentiques empruntées au bulgare et au français.
Lundi 13 mai

14h-15h30

  • Jacques Bres : « Venir de + infinitif : grammaticalisation de la forme ventive en auxiliaire de précédence et défectivité en français »

On le sait : dans de nombreuses langues du monde, les verbes de déplacement itif (angl. : go, français : aller, esp : ir) et ventif (angl. : come, franç. : venir, esp : venir) tendent à se grammaticaliser en auxiliaires temporels, aspectuels et modaux, dans des emplois en discours nombreux et forts différents. La forme ventive sert notamment pour l’expression de l’antériorité immédiate en français (venir de), en occitan (venir, vendre de), et d’après Hagège (1993 : 103) et Bybee et al. 1994 dans de nombreuses langues du monde.

La présente intervention sera consacrée à venir de + infinitif en français. Cet emploi, que nous nommerons de précédence, a fait l’objet de différents travaux qui, dans des cadres théoriques différents, rendent compte du fonctionnement de cette périphrase verbale. À notre connaissance cependant, ils ne décrivent pas exhaustivement le sémantisme de précédence de venir de + infinitif, n’analysent pas de façon détaillée le processus de grammaticalisation, pas plus qu’ils ne rendent compte de la défectivité qui affecte cet emploi : on ne peut pas dire le train *vint / *est venu de partir.

Nous entendons revenir sur la description de l’effet de sens de précédence ; expliciter le processus de grammaticalisation qui l’a produit ; et rendre compte de sa défectivité.

15h30-17h

  • Jean-Marc Sarale (Praxiling UMR5267 Université Montpellier 3 - CNRS) : « Représentations d’arguments dans les presses écrites française et japonaise. Une approche comparative »

Résumé

Il s’agit d’une démarche de recherche qui porte sur des médias de deux cultures différentes (française et japonaise) et qui vise à comparer la façon dont les quotidiens de presse écrite rendent compte de débats publics, relatifs à la construction d’éoliennes dans les deux pays – ces débats sont parallèles par leur caractère environnemental et à peu près synchrones (2005-2010).

Une comparaison discursive et interculturelle ne peut éviter de questionner la place de la presse écrite dans les deux cultures, les genres discursifs qui s’y déploient, l’attention portée aux problèmes d’environnement.

L’énergie éolienne jouit d’une exposition médiatique modérée, alternant moments de production intense et de demi-sommeil, qui reste le plus souvent d’ordre local ou régional. Les articles de presse sont assez brefs et de type informatif ou « info-argumentatif », puisqu’ils représentent des points de vue divergents et des arguments échangés. Il est possible de centrer l’étude autour de débats similaires : des projets d’installation éolienne dans des sites à dimension patrimoniale et touristique.
Les articles sont d’abord comparés dans leur matérialité textuelle et sémiotique : volume textuel, disposition dans le journal et sur la page, ensemble des éléments du péritexte. Un certain nombre de traits communs apparaissent alors entre les articles de même langue, traits qui guident la constitution des deux corpus.

Les textes représentent des argumentations formulées lors d’occasions de discours (réunions publiques, conférences, pétitions, manifestations, séances de comités consultatifs…) qui varient en fonction de la langue et de la culture. Au-delà de certaines données discursives générales (types d’événements discursifs couverts par les articles, construction des objets de discours), la comparaison s’intéresse en particulier aux représentations d’arguments : « répertoire » des types d’arguments utilisés, formes discursive des inférences, répartition entre l’explicite et l’implicite dans les cellules argumentatives. Les similitudes et contrastes observés permettent, dans une certaine mesure, de caractériser le développement de ces débats publics, dans les deux cultures considérées.

En dernier lieu, ce cas particulier de comparaison discursive et interculturelle fournira l’occasion d’une brève réflexion sur la/les méthode(s) de comparaison utilisées, dans la constitution des corpus, pour la détermination du cadre ou de l’invariant nécessaire à toute forme de comparaison, ainsi que pour le choix des observables.

Mots-clés : analyse du discours, argumentation, comparaison entre les cultures.

Lundi 27 mai

14h-15h30

  • Aleksandra Nowakowska (Praxiling UMR5267 Université Montpellier 3 - CNRS) : « « Et j’ai ma dignité, moi ! » : de la dislocation du pronom tonique en français et de ses équivalents en polonais »

Résumé

Cette communication se propose de revisiter dans une approche comparative, interphrastique et dialogique un cas particulier de thématisation : la dislocation d’un pronom tonique

(1)

— il y a l’amour, Bardamu !

— Arthur, l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. Et j’ai ma dignité, moi ! (Céline, Le voyage au bout de la nuit)

Le pronom tonique disloqué reprend le sujet syntaxique de l’énoncé dans (1), je n’aborderai que ce cas de dislocation, laissant de côté ceux où un autre constituant phrastique est souligné « Toi, je veux te voir demain », « je ne l’aime pas, lui ». La linguistique intraphrastique traditionnelle parle dans ce cas d’insistance pronominale, dans la mesure où le pronom tonique, qui relève de la fonction apposition, postposé ou antéposé à plus ou moins grande distance du syntagme qu’il anaphorise, vient souligner l’actant sujet de l’énoncé en lui conférant la valeur de thème, indépendamment de son insertion dans la structure syntaxique de l’énoncé. Selon mon hypothèse de travail ce soulignement thématique a une fonction dialogique basée le plus souvent sur une relation d’opposition implicite de l’énoncé disloqué à un autre énoncé ayant un thème différent et un rhème contraire à celui de l’énoncé disloqué. Ainsi dans l’exemple (1) l’énoncé « j’ai ma dignité, moi ! » sous-entend l’énoncé (e) : tu n’as pas de dignité auquel il s’oppose par la négation de prédicat avoir sa dignité ayant comme sujet le pronom tu. Précisons également que le contenu inversé est sous-entendu lorsque la dislocation apparaît dans un énoncé négatif :

(2) Toi, tu n’as jamais eu à souffrir du regard des hommes sur toi, que dis-je, de l’absence du regard des hommes ! De cette impression d’être transparente, inexistante à leurs yeux, pas plus significative qu’un chien ou un banc de square … (E. Cart-Tanneur, Old friends)

L’énoncé négatif « Toi, tu n’as jamais eu à souffrir du regard des hommes sur toi » sous-entend l’énoncé positif « moi, j’en ai souffert » auquel il s’oppose.

Mon analyse s’intéressera aux structures de type (1) et (2), en essayant de déterminer quels sont les éléments textuels et situationnels qui permettent de déclencher le sous-entendu correspondant à l’opposition.
Je travaillerai dans une perspective comparative avec la langue polonaise où le pronom sujet n’est pas, le plus souvent, exprimé en surface, mis à part quelques cas particuliers dont la thématisation contrastive. La dislocation de l’exemple (1) :

— Arthur, l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. Et j’ai ma dignité, moi !

sera traduite en polonais par :

A ja mam swoja godnosc !
Et je ai ma dignité !

Nous avons le même type d’équivalent dans l’exemple (3) :

— Moi, j’ai vingt-six ans ! hurle-t-il. (Malraux, Le miroir des Limbes II)

— A ja mam dwadziescia szesc lat ! - wrzeszczy.

Et je ai vingt six ans !- crie

En polonais, lorsque le thème est mis en exergue de manière contrastive, le pronom personnel (Ja/Je) est exprimé en surface et, à l’oral, mis en valeur par la prosodie, le contraste est de plus souligné par la présence de la conjonction « A » (Et) à valeur d’opposition au début de la phrase, dans les deux exemples, même si dans le texte source français en (3) la conjonction « et » n’apparaît pas. Par contre, lorsque le sujet n’est pas mis en valeur de manière contrastive, comme dans « hurle-t-il », dans l’exemple (3), le pronom personnel sujet n’est pas exprimé en polonais (le prédicat verbal crie/wrzeszczy n’est accompagné d’aucune forme pronominale).

En m’appuyant sur l’analyse d’un corpus littéraire en français et en polonais, je tenterai d’analyser le fonctionnement dialogique de ce type de dislocation en tenant compte de son environnement textuel et situationnel.

Lundi 10 juin

14h-15h30

  • Florence Pellegrini (Praxiling UMR5267 Université Montpellier 3 - CNRS) : « Connecteurs et argumentation : le cas de Bouvard et Pécuchet de Flaubert »

De l’image obsédante du « collier » au lissé du « mur tout nu » de l’Acropole, la correspondance flaubertienne abonde en désignations métaphoriques de l’écriture romanesque comme un ensemble de fragments à lier. À l’extrémité de l’œuvre, Bouvard et Pécuchet, cette « encyclopédie critique en farce » qui met en scène deux retraités perdus dans les arcanes du savoir contemporain, explore, dans l’association paradoxale que le texte propose entre fragmentation narrative et saturation connective, les failles d’une esthétique traditionnelle fondée sur les enchaînements signifiants.

Cette étude, partie d’un constat fréquentiel — l’abondance des connecteurs dans la partie rédigée du roman —, s’attachera à analyser les différentes modalités de jonction déployées dans Bouvard et Pécuchet et à en dégager les implications tant narratives — Bouvard atteint, déjà dans les dix premiers chapitres et de façon paroxystique dans la « copie » qui devait leur faire suite, la limite de la lisibilité romanesque — qu’épistémologiques.
Cette étude s’appuiera sur les travaux d’Antoine Culioli sur l’énonciation ainsi que sur les théories d’Oswald Ducrot sur l’orientation argumentative des énoncés et les relations d’interlocution, particulièrement productives pour l’analyse des combinaisons de connecteurs. En effet, la dimension polémique du texte, manifeste à un niveau intra-diégétique dans la confrontation des références livresques ou dans les conflits récurrents entre les personnages, est également perceptible dans l’oscillation permanente entre narration et argumentation. Consentie par la diégèse « scientifique » ou « encyclopédique », l’assimilation entre démonstration et argumentation se répercute dans la narration sous la forme d’un infléchissement persuasif. La multiplication des connecteurs est de cet ordre : elle enserre le récit dans un cadre argumentatif, mettant par là même en œuvre une démarche de légitimation. Car la nécessité est narrative mais aussi épistémologique. L’analyse linguistique révèle toutefois que, au-delà d’un « effet de logique » que génèrent à la fois la prolifération et le caractère usuel des connecteurs utilisés, se manifeste un gauchissement des chaînes de raisonnement et des procédures explicatives déployées. À travers la disposition et le sémantisme des connecteurs se produit un insensible glissement hors de l’ordre causal auquel vient se superposer et progressivement se substituer une « rhétorique de l’ajout ». L’esthétique cumulative de la liste, dont le « second volume » devait explorer les potentialités, est déjà perceptible dans les dix chapitres rédigés sous la forme d’un « catalogue intégré », formule formelle de la dénégation causale.

15h30-17h

  • Beatrice Ligorio (Université de Bari) : « A model to support constructive blended participation in educational contexts »(conférence donnée en français)

Résumé

Contemporary educational visions have overcame the concept of learning as just knowledge and competence acquisition. Learning is a complex process, involving developmental changes intertwined with the actives performed, the tools used and the interactional construction of knowledge. Technology, when carefully introduced into a learning context, can play a role in supporting and empowering such changes. Multiple interaction between students and teachers and the finalization toward the construction of products, with online and offline activities well integrated, became rich learning situations, where many “voices” enter the scene and students consider also their peers – and not only the teachers and the books - as source of knowledge and understanding.
At University of Bari a model to sustain such constructive blended learning has been developed and tested over many years. The platform used is called Synergeia (bscl.fit.fraunhofer.de) – freely available - and it has been developed keeping up with socio-constructive principles of learning. Starting points of the model are the modular organization and the formation of groups of students. Each group works in parallel with many interdependent activities. At half course the groups are recomposed so to allow students to test their competences within a new group. A research question launched by the professor guides each module and all the activities composing are aimed at reaching a shared answer to that question. The set of activity composing the model will be described, with the theoretical references and some results proving the efficacy of the model.

Lundi 17 juin

14h-15h30

  • Bruno Bonu et Arnaud Richard (Praxiling UMR5267 Université Montpellier 3 - CNRS) : « Catégorisations : entités génériques et granularité temporelle »

Résumé

Nous analyserons l’usage de catégories pour référer à des unités de participation et aux périodes dans un débat sur le réchauffement climatique, en nous appuyant sur un entretien et un phone-in/confrontation, lors d’une matinale de France Inter pendant le sommet de Copenhague sur l’environnement. L’emploi de ces domaines catégoriels apparemment disparates contribue en fait à établir un « cadre » d’expérience et de participation dans une controverse scientifique adressée au grand public. Les Dispositifs de Catégorisations (Sacks 1992) structurent l’échange dans une orientation d’asymétrie et participent à rigidifier les frontières entre les argumentations d’un « climato-sceptique » et de tenants du réchauffement climatique. Les ressources linguistiques et interactionnelles seront analysées avec les approches d’Analyse du Discours et de la Conversation.

15h30-17h

  • Bruno Bonu (Praxiling UMR5267 Université Montpellier 3 - CNRS) : « Controverses comparatives dans l’étude interactionnelle des échanges téléphoniques : perspectives synchronique et diachronique »

Les recherches sur la parole échangée au téléphone ont commencé relativement tard, dans la désormais longue histoire de cette technologie (Flichy 1997, Hopper 1992), bien que de travaux pionniers ont été menés dans les années ’50 (Fries 1952) en dialectologie et ’60 (Sacks 1972) au moment de la naissance de l’Analyse de Conversation d’inspiration ethnométhodologique (Sacks 1992). A cette époque, les travaux d’Emmanuel Schegloff (1968, 1986) sur les ouvertures téléphoniques ont soulevé une controverse (Godard 1977). Elle portait, sur la reproductibilité des résultats de l’analyse des échanges téléphoniques de Schegloff, plus particulièrement sur les ouvertures, dans d’autres cultures que celle(s) anglophone(s), des Etats-Unis. Ce débat à fort retentissement n’a jamais vraiment été assouvi (Luke et Pavlidou 2002). Aujourd’hui il a été aussi ravivé, dans son versant interculturel - transnational, par des travaux discordants sur la téléphonie en mobilité dans des différents pays (Arminen 2005 ; Arminen et Leinonen 2006 ; Hutchby 2005 ; Hutchby et Barnett 2005). Ces controverses ont des implications méthodologiques et analytiques sur les orientations d’analyse conversationnalistes, culturalistes et historicistes (ten Have 2002, Moerman 1988, Lentz 1997). Cette contribution vise à placer ce débat dans les histoires des sciences humaines et sociales et des technologies, dans une perspective d’analyse des pratiques scientifiques.