Partenaires



Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Archives > Séminaires Praxiling

Archivage séminaires 2010-2011

7 février 2011

Novembre

Vendredi 26 novembre, 14h, salle des Colloques (C020), soutenance de thèse de Marion SANDRÉ

Membres du jury :

Mme Christine BÉAL, MCF habilitée, Montpellier 3

M. Hugues CONSTANTIN de CHANAY, professeur des Universités, Université Lyon 2

Mme Catherine DÉTRIE, professeur des Universités, directrice de thèse, Montpellier 3

M. Dominique MAINGUENEAU, professeur des Universités, Université Paris-Est Créteil

Titre : Constantes et spécificités des dysfonctionnements interactionnels dans le genre débat politique télévisé : une application au débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2007

Présentation :

Ce travail s’inscrit en sciences du langage, dans le champ de l’analyse du discours, et utilise les outils de l’analyse conversationnelle et interactionnelle. L’objectif est de
montrer la corrélation entre l’objet d’étude – le dysfonctionnement interactionnel – et le genre du discours – le débat politique télévisé. Le corpus choisi est le débat de l’entredeux
tours de l’élection présidentielle de 2007, entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.
La transcription intégrale de cette interaction permet de recenser l’ensemble des
dysfonctionnements et de les classer. Il existe ainsi deux types de dysfonctionnement : les ratés du système des tours (interruption, chevauchement, silence prolongé entre deux tours) et la non-pertinence de l’enchaînement (échange tronqué, seconde partie de paire
non pertinente). Chacun de ces dysfonctionnements est étudié en fonction des visées auxquelles il obéit (coopérer, polémique, gérer l’interaction…), et par rapport à la stratégie globale à laquelle il participe. L’analyse précise de chaque catégorie de
dysfonctionnement interactionnel permet de montrer les constantes et les spécificités de ces phénomènes discursifs. En outre, cette analyse porte sur la relation interpersonnelle et mobilise les notions de face et d’ethos, l’image des candidats locuteurs s’élaborant aussi au travers de ces dysfonctionnements. Plus largement, le but de cette étude est d’esquisser une cartographie des dysfonctionnements interactionnels pouvant servir de
modèle à d’autres analyses. Les études futures pourront porter sur d’autres débats ou d’autres genres du discours, afin de mener une étude comparative, en utilisant les outils mis en évidence dans ce travail.

Mots-clés : Analyse du discours. Interaction verbale. Enchaînement non pertinent. Chevauchement. Interruption. Genre du discours. Débat politique télévisé. Débat de l’entre-deux tours 2007.

Février

Lundi 14 février

14h-15h30

  • Jean-Marc Sarale, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Représentation d’arguments dans les presses écrites française et japonaise »

Cet exposé ne se propose pas de comparer directement des argumentations, mais les représentations discursives que la presse écrite donne des arguments en présence, lorsqu’elle configure un débat médiatique.
On se base sur deux corpus similaires, portant sur l’acceptation des éoliennes dans des milieux à caractère patrimonial et touristique :

– l’installation d’un parc éolien à Izumo, lieu fondateur de la mythologie japonaise et important centre touristique au bord de la mer du Japon (2006-2009) ;

– les projets éoliens situés non loin du Mont Saint-Michel (2007-2010).
Dans chaque cas, la médiatisation est durable, mais d’intensité modérée :

– le débat n’atteint que sporadiquement l’échelle nationale, les articles de presse provenant surtout de quotidiens régionaux ;

– il n’accède guère aux titres de Une, ni à des genres discursifs tels le reportage, l’éditorial ou la tribune – les articles appartiennent majoritairement au genre du filet informatif ;

– la médiatisation n’est pas très durable et procède par épisodes : les articles publiés se concentrent sur des périodes de 48h environ, périodes séparées de plusieurs mois.

Les textes sont principalement de type informatif : ils rendent compte d’un acte sociodiscursif complexe (réunion publique, décision administrative, manifestation, etc.) en le contextualisant. C’est dans cette visée informative qu’ils représentent, dialogiquement, des arguments.

« Argument » est ici entendu au sens du schéma argumentatif du philosophe anglais Toulmin, repris dans une perspective discursive par Plantin et adapté à la linguistique textuelle par Van Dijk puis Adam. La séquence argumentative minimale, où une donnée (E1 = D) permet de soutenir une conclusion (E2 = C), selon une règle d’inférence ou loi de passage, parfois explicite (E3 = L), mais le plus souvent implicite, n’est pas directement observable dans nos corpus : les articles de presse informatifs rapportent rarement une séquence argumentative complète. Mais le dialogisme est suffisamment « montré » pour qu’un ensemble de traces énonciatives hétérogènes constitue la représentation d’une donnée argumentative ou d’une conclusion, imputables à un énonciateur enchâssé.
Soit un énoncé dialogique [E(e)], d’énonciateur E1, imputant à une voix autre, e1, un énoncé (e), auquel [E(e)] ne donne pas directement accès, mais qu’il permet de reconstruire. En quel sens peut-on dire que [E(e)] représente une argumentation ? Au sens où (e) est à la fois signe d’un débat et partie d’une argumentation.

L’énoncé enchâssé (e) fait partie d’une séquence argumentative imputée à e1, dans la mesure où les marques linguistiques permettent d’inférer sa relation argumentative – son statut de donnée étayant un autre énoncé, ou de conclusion étayée par un autre énoncé. Mais il est aussi le signe d’une position discursive dans un débat public, ou d’un autre aspect du débat (catégorisation d’un type de participants, orientation du débat, etc.). Il en est le signe relativement à un interprétant qui, globalement, n’est autre que l’interdiscours, mais qui se manifeste souvent dans le péritexte et le cotexte de l’article, sous diverses formes (sémantisme d’un verbe recteur de discours rapporté, modalisation…).

On comparera les organisations textuelles des articles de chacun des corpus et leurs modalités de représentation d’arguments, en s’efforçant de combiner les deux approches citées (linguistique textuelle et production de sens). Cela impliquera l’examen de quelques marques linguistiques dans les deux langues, par exemple le conditionnel « journalistique » de l’information rapportée et les suffixes médiatifs du japonais (suffixes modaux indiquant que le prédicat est assumé par ouï-dire ou par inférence à partir d’indices), ou bien les différentes formes de discours rapporté.

15h30-17h

  • Jacques Bres, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Un phénix linguistique ? Le tour narratif va + infinitif renaîtrait-il en français contemporain de ses cendres médiévales ? »

Résumé

Les études typologiques (Hagège 1993, Bybee et al.1994, Dahl 2000, Bourdin 2008 notamment) ont montré de façon consistante que les indications spatiales (notamment les verbes de mouvement) tendaient à se grammaticaliser en expressions temporelles. La forme itive (en français aller) dans les langues romanes a fait l’objet de ce processus linguistique, et avec succès, puisque, en tant qu’auxiliaire d’un verbe à l’infinitif ou au participe présent (et moins fréquemment au participe passé), elle est à même d’offrir, au cours de son histoire, pas moins de onze emplois grammaticalisés (Bres et Labeau 2010, à paraître). Nous nous intéresserons dans la présente communication, à l’emploi que nous nommerons narratif, que l’on avait en ancien et moyen français (XIIe-XVIe siècle) (1), et qui, sur des bases peut-être différentes, tend à se répandre aujourd’hui (2) :

(1) Sur ces propos, feirent leur accord, et, en regardant le lieu le plus propre pour faire ceste belle œuvre, elle vat dire qu’elle n’en sçavoit poinct de meilleure ne plus loing de tout soupson, que une petite maison qui estoit dedans le parc, où il y avoit chambre et lict tout à propos. Le gentil homme, qui n’eust trouvé nul lieu mauvais, se contenta de cestuy-là. (Navarre M. de, L’Heptaméron, 1550)

(2) Avant de réussir à vendre 14 millions d’albums et 35 millions de singles en pleine crise du disque, Lady Gaga a puisé son inspiration dans le monde de la nuit new-yorkaise en se produisant avec la DJ Lady Starlight, qui va l’orienter vers l’exubérance esthétique.
Dès lors, Lady Gaga va pousser la culture gay à son paroxysme (…). (Le Monde 16-17 mai 2010)

Nous tâcherons d’expliquer comment cet emploi, après s’être développé en ancien et moyen français (1) et avoir disparu dans le premiers tiers du XVIIe, semble aujourd’hui renaître de ses cendres (2) dans de très nombreux genres narratifs, tant oraux qu’écrits. S’agit-il de la résurrection du tour ancien ou de la création, sur des bases nouvelles, d’un fonctionnement narratif ? Dans un premier temps, on fera un parcours diachronique de cet emploi, de sa naissance, en passant par son développement, jusqu’à sa disparition au XVIIe. On verra dans un second temps comment se développe, à partir de cette époque, un tour métanarratif, dont nous ferons la matrice de laquelle va sortir l’emploi narratif contemporain.
Mots-clefs : grammaticalisation, temps verbal, narrativité.

Lundi 21 février

14h-15h30

  • Fabrice Hirsch, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Le bégaiement : étude acoustique et nasofibroscopique d’un iceberg »

Résumé

Le bégaiement est un trouble de la communication qui se caractérise notamment par une perte momentanée du contrôle des gestes de la parole. Cette situation va alors provoquer des disfluences, telles que des répétitions, des blocages,… D’un point de vue phonétique, ces disfluences ne sont pas les seules caractéristiques du bégaiement puisque la parole fluente est également porteuse de certaines particularités. C’est ce que nous proposons d’étudier en analysant la structure formantique des voyelles produites par des locuteurs souffrant de ce trouble de la parole. Nous verrons que celles-ci sont davantage centralisées chez les personnes bègues par rapport à des locuteurs de contrôle. Par ailleurs, nous nous intéresserons également à l’origine du bégaiement en présentant des images nasofibroscopiques acquises dans le but de vérifier l’hypothèse de Parry. Ce dernier pense en effet que le bégaiement serait dû à une confusion neurologique entre la production de la parole et le mécanisme de Valsalva, mécanisme impliquant une contraction et une fermeture particulière du larynx. Les données que nous avons obtenues ne confirment pas cette théorie.

15h30-17h

  • Mélissa Barkat, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Contexte syntaxique et lexical des pauses et hésitations dans le discours de patients souffrant de la Maladie d’Alzheimer et chez des sujets âgés sains »

Résumé

De façon générale, les études de psycholinguistique dédiées à l’étude des troubles du langage associés à la maladie d’Alzheimer (désormais MA) s’intéressent à l’étude de la dimension verbale du langage. Dans cette communication, je propose d’étudier certaines caractéristiques verbales et non verbales propres aux discours de patients souffrant de la MA. Les pauses et les phénomènes d’hésitation sont ici considérés comme des marqueurs témoignant des difficultés de planification intervenant dans le processus de production de la parole. Mon hypothèse est que les patients Alzheimer attestent des patterns pausaux différents de ceux observés chez le sujet sain. Pour répondre à cette question, nous avons comparé la distribution et la durée des dysfluences en parole spontanée chez 20 patients Alzheimer et 20 sujets contrôle (sujets âgés sains appariés en âge, sexe et niveau socioculturel). D’une façon générale, les résultats montrent que les patients connaissent une proportions significativement plus importante de dysfluences. Par ailleurs, qu’un nombre significativement plus important de pauses silencieuses est relevé dans le discours pathologique, et que ces dysfluences apparaissent fréquemment hors des frontières syntaxiques naturelles et dans l’environnement d’un item lexical à haute fréquence en langue. Nous observons également que les sujets âgés sains manifestent leur difficulté de planification en discours à travers l’utilisation d’un autre type d’accident de la parole....

Lundi 14 mars

14h-15h30

  • Bruno Bonu, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Identification, catégorisation et préférence dans une réunion Université – prison en vidéocommunication »

Résumé

L’examen des procédures d’identification et de catégorisation montre que dans l’usage des termes pour référer aux personnes les participants à une interaction traitent situationnellement, un système de contraintes multidimensionnelles. Ces enchâssements sont particulièrement sensibles dans le cadre d’une prison de haute sécurité. En fait, les participants à des réunions en vidéocommunication entre des étudiants détenus et leurs enseignants (intervenants dans l’établissement de peine et universitaires) tiennent compte à la fois de la portée contextuelle immédiate et de l’insertion des termes dans des processus plus vastes, interactionnels et institutionnels (Chantraine 2004 ; Combessie 2009). Dans le cadre de la référence aux personnes, doivent être explorées les relations entre les différentes dimensions de la « préférence » (propriété de la conversation et notion proche de celle du marquage en linguistique, Levinson 1983) dans la vidéocommunication en milieu contraint. De récentes publications (Enfield et Stivers 2007) ont tenté de renouveler et d’élargir cette thématique de la préférence dans la référence aux personnes, concernant notamment la « reconnaissance » et la « minimisation » (Sacks et Schegloff 1979). Les propositions récentes sur la « préférence pour l’association » (Brown 2007 ; Hanks 2007) doivent être reconsidérées en termes de rôles et des catégories « médiatrices ». En fait, la notion de rôle (de Fornel 1987) reste sensible à la fois en sociologie, en anthropologie (notamment linguistique) et en sémantique (particulièrement cognitive), elle doit être reconsidérée à la lumière de données « séquentialisées ».

Références bibliographiques

Brown P. (2007) « Principles of person reference in Tzeltal conversation », in Enfield N. J., Stivers, T. eds. : 172-202.

Chantraine G. (2004), Par-delà les murs - Paris, PUF, 268 p.

Combessie P. (2009) Sociologie de la prison, La Découverte, Paris.
Enfield N. J., Stivers, T. eds. (2007) Person Reference in Interaction : Linguistic, Cultural and Social Perspectives. Cambridge : Cambridge University Press.

Fornel, M. de (1987) Catégorisation, identification et référence en Analyse de Conversation, Lexique, n° 5, 161-195.

Hanks W. F. (2007) « Person reference in Yucatec Maya conversation » in Enfield N. J., Stivers, T. eds. : 149-171.

Levinson (1983) Pragmatics, Cambridge.

Sacks, H., E.A. Schegloff (1979) ’Two preferences in the organization of reference to persons in conversation and their interaction’. In : G. Psathas, ed., Everyday language : studies in ethnomethodology. New York : Irvington : 15-21.

15h30-17h

  • Sophie Azzopardi, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3

« Futur et conditionnel en français : analyse dialogico-temporelle de leurs similitudes et différences d’emploi en discours »

Résumé

On se propose lors de cette communication de montrer dans quelle mesure la valeur temporelle du futur (simple et antérieur) et du conditionnel (présent et passé), envisagée dans la perspective énonciative du dialogisme (Bres et Nowakowska 2006) est à même de rendre compte des similitudes et des différences d’effets de sens dans la production desquels chacun de ces temps est impliqué en discours. On mettre plus particulièrement en avant certains effets de sens, comme par exemple l’effet de sens conjectural, qui peut être produit dans un énoncé au futur comme au conditionnel en interrogation totale :

(1) – Enfin cette dame regardait Amaury ? reprit le père Huguenin.

– Quelle dame ? demanda Pierre, qui, sans savoir comment, se prit à écouter avec attention.

– Une grande belle femme toute petite, comme il vous l’a dit, répondit Amaury en riant ; mais je ne la connais pas.

– Si elle est rouge de figure, objecta le père Huguenin, ce n’est pas la demoiselle de Villepreux ; car celle-là est pâle comme une morte. Ce sera peut-être sa fille de chambre ?

– Ah ! peut-être bien, répondit le Berrichon, car on l’appelait madame. (Sand, Le Compagnon du Tour de France)

(2) hier je m’avance sur la place et je vois une voiture garée devant chez Lucette / ah elle aurait des visites Lucette ? et puis non c’était la voiture du maire il l’avait mise là pour qu’elle soit à l’ombre (conversation)

mais qui ne peut être produit dans un énoncé au conditionnel en affirmative (alors qu’il est possible dans un énoncé au futur) :

(3) La vieille demoiselle du Guénic dit la prière à haute voix. Quand elle fut finie, on entendit frapper à la porte de la ruelle. Gasselin alla ouvrir.

« – Ce sera sans doute M. le curé, il vient presque toujours le premier ».

En effet, chacun reconnut le curé de Guérande au bruit de ses pas sur les marches sonores du perron. (Balzac, Béatrix, 61)

(4) L’alcool augmenterait les risques de cancer (titre, La Gazette, Montpellier)

Mars

Lundi 21 mars

14h-15h30

  • Chrysta Pélissier, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3 et Stéphanie Metz, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3 :

« Modélisation de l’aide dans l’enseignement à distance : le projet DESA »

Résumé

Lors de ce séminaire, nous présenterons les résultats d’une recherche pluridisciplinaire sur la notion d’aide mise en œuvre dans la perspective de l’enseignement/apprentissage à distance. Cette recherche nous a permis de caractériser une aide à partir d’un ensemble de concepts organisés en trois niveaux (Modèle ISA). Après la présentation du modèle, nous tenterons de montrer sa validation par l’analyse de différentes aides dans des corpus variés.

Références :

Brunet, A., Quesnel, R. (1987). Le Tutorat centré sur la personne (The Person-Centered Tutor) : Phase 1. Service de recherche collège Lionel-Groulx.
Bucheton, D. (2009). L’agir enseignant : des gestes professionnels ajustés. Dans D. Bucheton (Dir.) Conditions et difficultés d’entrée dans les situations d’apprentissage : les langages, vecteurs de la construction des savoirs. IUFM de Montpellier, Toulouse : Octares.
Tricot, A. (1998). Définitions d’aides spécifiques en fonction des situations d’apprentissages dans des environnements hypermédias. Séminaire de didactique des mathématiques, Université de Rennes I, 18 novembre 1998.
Vygotski, L. (1997). Pensée et Langage, éditions La Dispute.

Lundi 28 mars

14h-16h

  • Stéphanie Girault (Fédérations de Recherche en Linguistique (Institut de Linguistique Française – Typologie et Universaux Linguistiques)

« Corpus numériques : le traitement des données orales »

Résumé

Depuis un peu plus d’une dizaine d’années, les corpus numériques ont pris une place très importante dans les recherches en linguistique. Pour ne prendre qu’un exemple, L’Agence Nationale pour la Recherche (ANR) publiait récemment pour la campagne 2011-2013 un appel à projet sur le thème « Corpus et outils de la recherche en sciences humaines et sociales ». Parmi les préconisations, il est indiqué que les « projets devront notamment :

1) présenter un sujet de recherche clairement défini ;

2) détailler les modes de constitutions, de traitement des corpus et données ;

3) faire référence à des normes et des procédures d’archivage internationalement reconnues, notamment en termes d’indexation et de documentation (Text Encoding Initiative, Data Document Initiative…) afin de favoriser la diffusion de données au niveau international ;

4) préciser les modalités de pérennisation et d’accessibilités des corpus et données rassemblées ;

5) prendre en compte les questions de protection de la confidentialité des données personnelles et les droits de propriété intellectuelle et commerciale sur certains types de données. »

Ce cahier des charges (et plus particulièrement les points 2 à 4) fait référence à une méthodologie qui tend à se généraliser dans nos domaines de recherches et que nous proposons d’illustrer à partir des données sur lesquelles nous travaillons dans le cadre du programme « Corpus de la Parole » (CNRS – Ministère de la Culture (DGLFLF) – et prochainement Bibliothèque Nationale de France).

Cet exposé s’adresse autant aux chercheurs confirmés curieux de faire connaissance avec les outils informatiques de traitement des corpus oraux qu’aux étudiants qui se destinent aux métiers de l’ingénierie linguistique.

Lundi 18 avril

  • Philippe Wahl (Groupe de Recherche Textes & Langue / Laboratoire de recherches Passages XX-XXI (EA 4160), Université Lumière Lyon2

« Modes de textualisation du “mal dire” (Beckett) »

Résumé

Le cadre théorique développé par la praxématique, qui vise à rendre compte de la gradualité de la mise en spectacle linguistique et de l’émergence de la subjectivité, permet d’éclairer les stratégies de textualisation de l’écriture tardive de Samuel Beckett, illustrée par Mal vu mal dit (1981). Sous l’apparence d’une double normalisation (évaluation axiologique et rationalisation perceptive), le titre indique la voie d’une poétique radicale orientée « cap au pire » pour donner forme à son univers de discours. Il s’agira d’analyser certaines procédures d’actualisation et d’agencement du texte pour manifester les paradoxes de son pouvoir instituant. Fondé sur un rapport thématisé et médiatisé entre perception et représentation, il impose un haut régime interprétatif placé sous le signe de l’incertitude (structuration énonciative, relations syntaxiques, référence pronominale). L’instabilité du point de vue met en jeu des représentations partagées caractéristiques d’une textualité en idem.

Les premières pages portent la marque de réglages en tension liés à une caractéristique majeure de l’écriture : sa fragmentation, qui problématise les rapports entre référenciation et prédication. L’accent portera sur les articulations syntaxiques et les relations actancielles, dont la difficulté à s’organiser dans le cadre phrastique paraît corrélée à un défaut de motivation globale du texte, placé dès le titre sous le signe du comment. Il invente pourtant les règles d’une organisation séquentielle réglée par des paragraphes et compense sa résistance au modèle syntagmatique par une paradigmatisation sollicitant la mémoire discursive. Le style tardif de Beckett conduit à interroger le postulat énonciatif d’oralité de l’écrit. Il initie à un art de conception fondé sur des dispositifs langagiers structurant différents paliers (micro, méso-, macrotextuels) et suspendu au temps opératif de la lecture.

Mai

Lundi 9 mai

14h-15h30

  • Lucie Alidières, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3 :

« L’enseignement en prison de haute sécurité : Approche ethnométhodologique d’une nécessaire adaptation »

Nous proposons de soumettre à l’analyse conversationnelle d’inspiration ethnométhodologique la description des comportements déployés au cours d’un entretien avec un détenu inscrit en formation universitaire à distance. À partir d’une rencontre organisée dans un établissement pénitentiaire de Haute Sécurité [1] dans le centre de la France, nous avons décidé de focaliser notre attention sur la réception des cours par l’« étudiant-détenu » [2] et le Responsable Local d’Enseignement également présent au moment de l’entretien.

L’analyse des interactions entre ses participants permet de saisir dans le cours de l’action, les dimensions séquentielles et catégorielles (Watson 1994) [3]. Elles seront étudiées dans le cadre du processus global de caractérisation du dispositif d’enseignement en milieu contraint.

Ainsi, la séquence sélectionnée à partir d’un corpus composé d’enregistrements audiovisuels transcrits d’activités d’apprentissage, de réunions en présence et à distance et d’entretiens avec les acteurs de la formation en milieu carcéral, est examinée à la lumière des dispositifs catégoriels (Sacks 1984) [4] et l’appartenance multiple des catégories d’appartenance comme celle d’étudiant-détenu (Bonu 2010) [5].

Cette analyse a pour but à long terme d’améliorer la structuration des cours et leur réception tant du point de vue de l’organisation de l’administration pénitentiaire que de l’Université. Plus largement, c’est une réflexion sur l’usage des technologies éducatives qui est menée.

Notes

[1] Il existe plusieurs catégories d’établissement pénitentiaires établies en fonction du temps de la peine, des perspectives de réinsertion du détenu. Pour plus de précisions, consulter l’adresse du Ministère de la justice : http://www.annuaires.justice.gouv.f...

[2] Cette catégorie est considérée au regard des analyses déjà effectuées dans le cadre de mes mémoires de Master Gestion des connaissances Apprentissages et Formation ouverte et à distance, à l’Université Montpellier III. L’ouvrage de Fanny Salane (2010) Être étudiant en prison. L’évasion par le haut rend compte également de ce travail de catégorisation d’un point de vue sociologique.

[3] Watson, Rod (1994) ’Catégories, séquentialité et ordre social : un nouveau regard sur l’œuvre de Sacks’. In : B. Fradin, L. Quéré, J. Widmer, eds. (1994) L’enquête sur les catégories. Paris : École des Hautes Études en Sciences Sociales [Raisons pratiques : Épistémologie, sociologie, théorie sociale/5] : 151-84.

[4] Sacks, Harvey (1984 b) ’On doing « being ordinary »’. In. Atkinson, J.M., J. Heritage, eds. Structures of
Social Action : Studies in Conversation Analysis. Cambridge : Cambridge University Press : 413-29

[5] Bonu, Bruno (à paraitre) « L’interaction de part et d’autre des barreaux : catégorisations dans la vidéocommunication ». Faits de langue, Greco L., Mondada L., Renaud P.

15h30-17h

  • Christel Le Bellec, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3 :

« De la Grammaire Fonctionnelle à la Grammaire Fonctionnelle Discursive : présentation des modèles et application à la diathèse verbale »

Résumé :

Ce séminaire a pour objectif de présenter le modèle de Grammaire Fonctionnelle proposé par Dik (1978 pour la première description du modèle puis élaboré en 1989 et 1997).

Ce modèle a ensuite fait l’objet de nouvelles orientations impulsées par Hengeveld (2004 & 2005) puis Hengeveld & Mackenzie (2008). Ces orientations, pragmatico-discursives en grande partie, ont donné lieu au nouveau modèle baptisé la Grammaire Fonctionnelle Discursive (2008).

Nous exposerons ainsi le contexte dans lequel est né la Grammaire Fonctionnelle de Dik, ainsi que les raisons de l’évolution du modèle.

Cette présentation des deux modèles sera accompagnée d’une description des différentes diathèses verbales (réflexive, passive, causative et impersonnelle) afin d’en illustrer le fonctionnement et d’en montrer les points forts et les limites.

Lundi 16 mai

14h-16h

  • Luca Greco, ILPGA-Paris III Sorbonne nouvelle :

« Catégorisation et genre dans les pratiques de présentation de soi »

Résumé

A partir d’un terrain mené dans un atelier drag king (drag king workshop) à Bruxelles (2008-en cours), je me pencherai sur la façon dont un groupe de « femmes » (assignées femmes à la naissance) fabriquent et mettent en scène les « masculinités » dans le cadre d’une lutte politique visant l’interrogation et la déstabilisation des catégories et des frontières de genre.

Après avoir présenté un état de l’art des travaux sur la présentation de soi, je montrerai leur pertinence pour la catégorisation des identités de genre et je proposerai enfin des analyses permettant de souligner la dimension séquentielle, collective et normative des pratiques de catégorisation en contexte « drag king ».

Quelques références bibliographiques :

BUTLER, J. (1997) Performative Acts and Gender Constitution : An Essay in Phenomenology and Feminist Theory. In K. Conboy, N. Medina, S. Stanbury (eds) Writing on the body. Female embodimnt and feminist theory, Columbia University Press, New York, pp. 401-418

BUTLER, J. (2005) Giving an Account of Oneself, Fordham University Press, trad. Française 2007

GOFFMAN, E.. (1973) Relations in Public, tr. fr. La mise en scène de la vie quotidienne. Les relations en public, vol. 2, Minuit, Paris

GOFFMAN, E. (1977) The Arrangement between The Sexes. In Theory and Society. Vol. 4, n° 3, p. 301-333. Tr. Fr. L’arrangement des sexes, L’Harmattan, La dispute, Paris, 2002

SACKS, H. (1972a) An initial investigation of the Usability of Conversation Materials for Doing Sociology. IN D.N. Sudnow (ed) Studies in Social Interaction, New York : Free Press, pp. 31-74

SACKS, H. (1972b) Notes on Police Assessment of Moral Character, in D. Sudnow (ed.) Studies in Social Interaction, Free Press, New York, pp. 280-93

SACKS, H. (1992 [1964-72]) Lectures on Conversation (2 vols), (edited by Gail Jefferson, with an introduction of Emanuel A. Schegloff) Oxford, Basil Blackwell

Lundi 23 mai

14h-16h

  • Jean-Luc Nespoulous, Laboratoire de Neuropsycholinguistique Jacques-Lordat (E.A 4156), Institut des Sciences du Cerveau de Toulouse (IFR 96), Institut Universitaire de France :

« Dissociations structurales et/ou fonctionnelles dans le discours aphasique. Référence et modalisation »

Résumé

L’intérêt de l’étude des dysfonctionnements « acquis » du langage – en particulier ceux qui font suite à un accident vasculaire cérébral chez des sujets ayant maîtrisé pleinement leurs capacités linguistiques pendant des décennies – est de permettre la mise en évidence de « dissociations », structurales et/ou fonctionnelles, dans le comportement verbal des patients. En d’autres termes, le plus souvent, la lésion cérébrale responsable d’une aphasie ne vient pas annihiler l’ensemble des capacités linguistiques de celui qui en est atteint !
L’objectif de notre présentation, au plan général, est de montrer la pertinence de notions mises en avant par certains linguistes en vue d’identifier différentes composantes du discours.

La dichotomie qui servira de fondement à notre exposé est celle, proposée par Ch. Bally (1942) et reprise par bien d’autres linguistes ultérieurement, entre les constituants « référentiels » du discours (le « dictum » chez Bally) et les éléments « modalisateurs » (le « modus » ou la « modalité » chez le même auteur).
Le fait, désormais clairement démontré (Nespoulous, 1980), qu’une lésion cérébrale gauche entraîne, chez l’aphasique, la perturbation des premiers constituants – alors que les seconds se trouvent, le plus souvent, épargnés – semble bien démontrer la pertinence neuropsycholinguistique de telles notions, échafaudées pourtant en dehors de toutes considérations ayant trait aux relations entre le langage et le cerveau/esprit humain.

Juin

Lundi 20 juin

14h-16h

  • Anne-Catherine Simon Université catholique de Louvain, Institut Langage & Communication / Centre VALIBEL – Discours & Variation :

« Quelles relations entre prosodie et syntaxe en analyse du discours ? »

Nos travaux actuels envisagent les relations entre prosodie et syntaxe dans le but de définir des ‘unités de base du discours’ (BDU), de les classer selon leur configuration syntactico-prosodique et de rendre compte de leur contribution à l’établissement du sens du discours.

Trois principes clés ressortent des recherches que nous avons menées :

• la méthode utilisée ne doit a priori donner l’avantage ni à la syntaxe ni à la prosodie ;

• certains des phénomènes discursifs sont graduels, non clairement délimités ; or la mise en relation d’unités prosodiques avec des unités syntaxiques requiert une segmentation univoque, qui constitue un défi pour les chercheurs ;

• le recours à des corpus multi-genres est indispensable pour envisager les différents types de relations entre syntaxe et prosodie, lesquelles sont dépendantes de la planification à l’œuvre dans le discours.

Ces trois propositions seront explicitées à l’aide de données de français parlé.

Lundi 27 juin

14h-15h30

  • Corinne Blin, Praxiling, UMR 5267 CNRS-Montpellier 3 :

« Expressivité, subjectivation et interjections »

Résumé

Nous partirons de l’analyse de Gustave Guillaume pour qui « la recherche de l’expressivité conduit (…) partout à s’évader de l’institué profond et banal, et par cette évasion, qui fréquemment, s’institue à son tour comme moyen de langue, à compliquer l’institué par un accroissement des moyens lui appartenant ». (Leçons de Linguistique, 1947-1948, série C)

Ce mécanisme (dépassement des moyens d’expression institués puis intégration dans les ressources fixées en langue) s’applique tout particulièrement aux interjections, puisqu’elles correspondent selon Guillaume à un mouvement expressif avoisinant 1 (en reprenant la formule « expression + expressivité = 1 » qui traduit tout acte de langage).

Cette intervention se propose de voir dans quelle mesure il est pertinent de croiser cette analyse avec la notion de subjectivation développée par E. Traugott, pour qui des termes qui ne véhiculent pas a priori de charge affective peuvent se voir attribuer ce caractère en discours.

L’objet sera finalement de voir si les interjections constituent une catégorie particulièrement propice à l’émergence de nouvelles formes ou à la réappropriation innovante de formes existantes. En d’autres termes, il s’agira de déterminer si l’étude de certaines interjections en tant que formes grammaticalisées peut ouvrir des pistes d’analyse permettant entre autres de réfuter les approches linguistiques présentant l’interjection comme phénomène hors-langue.

Septembre 2011

Lundi 19 septembre

14h-16h30

  • Ibrahim Coulibaly, (CDF, Université de Grenoble)

« Questions éthiques et juridiques relatives à la constitution et à l’exploitation des corpus oraux sensibles. Exemple des corpus de Praxiling »

Résumé

Au-delà d’une pluralité de critères de catégorisation juridique d’un corpus comme étant sensible, un corpus peut ainsi être considéré tant au regard des conditions de sa constitution que de son exploitation lorsque chacune de ces étapes présente un risque particulier ou accru d’atteinte aux droits et libertés des personnes – risque d’atteinte à l’intégrité physique, mentale ou morale des personnes concernées ; risques d’atteinte aux droits patrimoniaux. Ces risques d’atteinte aux droits et libertés peuvent résulter de la nature des données collectées, de la catégorie de personnes concernées par la recherche, des techniques utilisées, de la finalité de la recherche et des conditions d’utilisation des données.

Nombre de corpus oraux constitués et exploités par Praxiling peuvent être considérés comme sensibles.

La conséquence juridique du caractère sensible d’un corpus est le nécessaire renforcement des procédures de constitution et d’exploitation de ce corpus. A cet égard, si la protection des droits des personnes concernées contre les risques d’atteinte à leur intégrité physique, à leur vie privée ou à la protection de leurs données personnelles est une question cruciale, des impératifs scientifiques doivent également être satisfaits comme la garantie préalable de la qualité scientifique du projet de recherche. Par ailleurs, les corpus oraux peuvent être constitutifs de créations intellectuelles justiciables des droits de la propriété intellectuelle.