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Archivage séminaires 2009-2010

19 janvier 2010

11 janvier 2010

14h-15h30

  • Jacques Bres, Praxiling : « De la grammaticalisation des formes itive (aller) et ventive (venir) »

Argument :

Pour répondre à des besoins de « renforcement expressif » (Meillet 1912), ou de « subjectivation » (Traugott 1989, 1999, Hopper et Traugott 1993), les verbes de mouvement aller et venir (1) se sont grammaticalisés en auxiliaires temporels dans des tours périphrastiques de structure : aller / venir + (prép.) + infinitif /participe présent / participe passé (2) :

(1) le train va à / vient de Sète
(2) le train va partir / vient de partir

Ce fait a donné matière à de nombreux travaux sur aller ou sur venir, sur tel ou tel de leurs emplois en discours, avec un fort privilège accordé à celui réalisé en (2) : de futur immédiat pour aller, de passé récent pour venir, privilège qui, selon nous, obscurcit quelque peu la perception de l’ensemble du processus de grammaticalisation.

Notre projet de recherche, qui n’en est qu’à ses débuts, entend travailler sur la systématique de la grammaticalisation des deux formes itive et ventive (Hagège 1993), et sur l’ensemble de leurs emplois en discours.

Dans ce séminaire, on explicitera les différentes structures syntaxiques, à partir desquelles seront répertoriés les différents effets de sens produits en discours. On proposera ensuite contrastivement, pour chacune des deux formes, une explicitation de sa valeur en langue, qui soit à même de rendre compte de la pluralité des effets de sens produits en discours.

L’analyse sera conduite sur le français, avec quelques aperçus sur les autres langues romanes.

15h30-17h

  • Sophie Sarrazin : « La grammaticalisation en question : le cas de estar, ir, venir, andar, auxiliaires de périphrases verbales en espagnol ».

Argument :

Comme cela se vérifie dans la plupart des langues romanes, l’espagnol dispose d’une série de verbes capables de référer à un mouvement ou une situation dans l’espace mais aussi, combinés à l’infinitif ou au gérondif, à un certain état de déroulement d’un procès. Cette polysémie est en général traitée par le recours à la notion de grammaticalisation. Notre intervention se donne pour objet de mettre en évidence les limites d’un tel traitement dans l’analyse d’unités telles que estar, ir, venir et andar et de substituer à la thèse de la désémantisation celle de l’unicité signifiante.

Lundi 18 janvier

14h-15h30

  • Bertrand Verine : « La textualisation des sensations autres que la vue ».

Argument :

Peut-on échapper à la structuration visuelle des référents, et décrire des objets perceptibles grâce à la vue et à un ou plusieurs de nos autres systèmes sensoriels en minorant ou en ignorant leurs caractéristiques visuelles ? Pour esquisser quelques réponses provisoires à ce vaste champ d’interrogations, je m’appuierai sur les premières analyses du corpus Dire le non-visuel : cent trente-cinq témoignages ou récits d’imagination recueillis auprès de 104 scripteurs voyants et 31 scripteurs aveugles à l’occasion d’un concours d’écriture invitant les participants à « narrer une expérience sensible autre que visuelle ou impliquant la description non visuelle de personnages, d’objets ou de lieux ».
Je passerai d’abord en revue les principales stratégies de justification ou de contournement de la consigne qui, toutes, prouvent la subordination du décrire au voir et semblent transposer textuellement ce que les psychologues cognitivistes dénomment capture visuelle. Je développerai ensuite quelques exemples de complémentarité et surtout d’autonomie entre vision et description, allant jusqu’à la remotivation tactile ou au détournement auditif de mots visuels.

15h30-17h

  • Françoise Dufour et Mélissa Barkat : « Les opérations de catégorisation et de nomination des odeurs ».

Argument :

Les études menées en linguistique cognitive ont montré que, contrairement aux couleurs, les mots manquent pour catégoriser les odeurs : l’olfaction est un sens qui peut être considéré sans parole (Howes, 1986). Face à l’indisponibilité dénominative des catégories olfactives en langue, les locuteurs non experts sont amenés à combler ce manque en construisant des représentations discursives en adéquation avec leurs représentations notionnelles issues d’expériences olfactives antérieures. Ce sont ces stratégies discursives de représentation que nous analysons en nous centrant sur les modalités de construction du domaine notionnel. La représentation de ce domaine notionnel, défini comme la structuration d’un ensemble de propriétés physiques, culturelles, anthropologiques, se construit de manière dynamique à partir d’opérations d’identification et de différenciation – apparentées à des opérations de tri – lesquelles sont appréhendées comme autant d’opérations linguistiques antérieures à la catégorisation.

  • Lundi 25 janvier :

14h-15h30

  • Jacques Bres et Aleksandra Nowakowska : « Poser des questions ce n’est jamais un scandale ! La dimension dialogique dans un acte de langage dialogal : les questions médiées du journaliste dans l’interview politique, et les réponses qui lui sont faites ».

Argument :

Notre recherche a pour point de départ un constat : les questions des journalistes dans l’interview politique (télévisée ou radiophonique filmée) se signalent par deux traits : (i) elles manifestent fréquemment une médiation énonciative, à savoir qu’elles se présentent comme rapportant, de différentes manières, un propos tenu antérieurement par un autre locuteur, qui appartient le plus souvent à la sphère politique ou syndicale ; (ii) ce propos est presque toujours contrediscursif, voire franchement polémique, ce qui donne à la question un tour offensif.
On se propose de décrire dans un premier temps ces questions médiées, dans leurs formes et dans leur fonctionnement. On avancera ensuite une explication de leur présence fréquente ainsi que de la dimension dissensuelle qui les habite, en les mettant en relation avec le genre discursif de l’interview politique dans une société d’hypermédiatisation. On analysera enfin les stratégies mises en place par les personnalités politiques afin de répondre à ce type de question.

15h30-17h

  • Jean-Marc Sarale : « Dessine-moi un mot, des mots... : formes de discours rapporté dans le dessin de presse ».

Argument :

Cet exposé se propose d’étudier le statut énonciatif des mots et énoncés présents dans les dessins de presse, en particulier ceux qui sont inscrits dans des icônes, en l’absence de « bulle » prenant en charge leur attribution énonciative.
Après avoir défini le dessin de presse comme un énoncé pluricode (iconique et verbal), en précisant quelle conception de l’énonciation cela implique, on décrira les types d’énoncés inscrits dans les dessins de presse : énoncés à fonction péritextuelle, énoncés rapportés par des « bulle », énoncés inscrits dans une icône – qui ont statut d’inscription identifiante ou de séquence linguistique énonciativement enchâssée.
L’inscription d’éléments linguistiques dans une icône produit un enchâssement sémiotique, qui devient un enchâssement énonciatif, dès lors que l’icône-cadre représente un objet tenant lieu de support ou de facilitateur de discours. Dans ce dispositif, les énoncés cités se caractérisent par une actualisation incomplète (phrases nominales, etc.) et par une tendance à la phraséologie, traits qui en font des « échantillons » de discours.
Les énoncés inscrits dans des bulles et les enchâssements icône [texte] constituent deux formes de discours rapporté. Tandis que le dispositif à bulle construit la relation d’une parole individuelle, l’enchâssement icône [texte] produit une imputation énonciative plus contextuelle, plus ambiguë, voire plus anonyme. Ce type de discours rapporté est donc particulièrement apte à « injecter » des fragments d’interdiscours dans le dessin de presse.

Mots-clés : analyse du discours ; dessin de presse ; dialogisme ; discours rapporté ; énonciation ; sémiologie.

  • Lundi 8 février

14h-15h30

  • Paul Siblot, Praxiling, UMR 5267, CNRS et Montpellier 3 : « L’éloquence des silences. Peut-on caractériser une formation discursive par ce qu’elle tait, censure, euphémise ? »

Argument :

La notion de formation discursive (FD), telle que M. Foucault la présente et telle que « l’École française d’analyse du discours » la réinterprète, n’a reçu ni définition satisfaisante, ni modélisation théorique, ni application systématique à un corpus particulier. La réception de la notion atteste néanmoins l’intérêt qui lui est reconnu en raison de son caractère opératoire. Le travail présenté participe d’une recherche plus large qui voudrait caractériser la FD coloniale relative à l’Algérie. On part de l’hypothèse que, les prises de parole se signalant par ce qu’elles ignorent autant que par ce qu’elles énoncent, il devrait aussi être possible d’identifier les FD par ce que celles-ci occultent.

L’ampleur du corpus concerné − des centaines de milliers de textes sur un siècle et demi − écarte toute exhaustivité. De surcroît, ce qui est passé sous silence varie avec le contexte historique et celui de la communication. Aussi l’échantillon n’est-il pas tiré d’un genre discursif particulier, ni de textes d’une origine ou d’une période données, mais par des illustrations des silences de la formation discursive. Sont concernés les discours colonialistes aussi bien qu’anticolonialistes, assimilationnistes ou nationalistes… dont l’ensemble, en dépit des positions contraires, relève de la même FD et d’un même interdiscours.

Après avoir problématisé la démarche on s’interrogera, à partir d’exemples, sur :

1. La possibilité d’une typologie des non-dits et des formes d’évitement (allusion, euphémisme, ellipse, sous-entendu, oubli, omission, censure, tabou, etc.) ;

2. Les référents occultés par les uns et par les autres ;

3. Les marques discursives susceptibles de les signaler ;

4. Les enseignements qui peuvent être retenus pour une caractérisation des FD.

15h30-17h

  • Jeanne-Marie Barbéris, Praxiling, UMR 5267, CNRS et Montpellier 3 : « Les indices de première et de deuxième personne dans les énoncés généralisants : une actualisation émergente de la subjectivité ? »

Argument :

À côté de leurs emplois habituels de déictiques désignant un être spécifique, en position locutive ou allocutive, les indices personnels de la première et de la deuxième personne présentent des emplois qu’on peut dire génériques ou généralisants. Cet usage particulier des embrayeurs personnels n’est pas rare, et semble même de plus en plus répandu dans l’usage parlé, et dans les écrits non normés, particulièrement pour les emplois à la 2e personne. Mais l’importance de cet usage est sous-estimée, dans la mesure où les observations des linguistes continuent à se focaliser de préférence sur le français standard, et sur l’écrit normé, qui reproduisent une vision traditionnelle du français.
Dans les énoncés généralisants que nous allons étudier, il s’agira toujours des formes à référence singulière des pronoms (c’est-à-dire : des positions je, tu, et vous de politesse). La possible généricité des énoncés faisant appel à 1re personne du pluriel nous, ou au on générique, ne sera pas envisagée ici.
Voici quelques exemples de ces emplois génériques à la 1re personne (exemples 1 à 3) et à la 2e personne (exemples 4 à 7) :

(1) Un texte de consigne de forme écrite

Sur les routes non éclairées à l’intérieur comme en dehors des agglomérations, je circule en feux de routes (…) sauf lorsque je risque de gêner un autre usager venant en sens inverse (…) je dois alors passer en feu de croisement (Code Rousseau).

(2) La maîtresse d’école apprend à un enfant comment on écrit le mot « sel »
Le sel, je fais... comme si je voulais faire un rond mais je le ferme pas, je descends en bas et je tourne de l’autre côté (lettre « s »). On regarde bien : un tout petit rond avec la queue de ce côté (pour la lettre « e ») et un grand trait (pour la lettre « l »), celui-là il est facile, hein, allez on essaie de l’écrire (cité par M.-T. Zerbato-Poudou, in C. Garcia-Debanc, 2001, Les textes de consigne, Pratiques n° 111-112 : 127).

(3) Un professeur enseigne à ses étudiants comment « faire un petit programme ».

[…] alors voilà on va faire un petit programme // sur // on va déterminer // on va prendre un tableau de nombres qui va m’être donné / hein au départ hein alors je vais prendre un exemple // 7… 3… 2… 8… 14 / voilà ça suffira / imaginons qu’on donne ces nombres à la machine / et ce qu’on veut / toujours la première chose il faut pas oublier hein / qu’est-ce que je veux faire avec ma machine / je veux lui donner une suite de nombres / et je veux qu’elle me sorte ces nombres dans l’ordre […] (exemple d’Ali Bouacha 1993 : 48)

(4) « Question commerce »

B. 68 - oui // et :: finalement :: euh :: le rôle que jouait votre commerce / c’était un lieu de retrouvailles / bien y a plus tellement de : de commerces qui jouent ce rôle maintenant y a plus tellement d’endroits où les gens peuvent se retrouver dans le quartier hein ?

A.69 - d’abord vous avez : / je vais vous e- expliquer quelque chose alors question commerce : / c’est que : / où c’est / (2) que ça me blesse assez (2) / c’est que quand vous payez à la caisse on vous dise pas même pas merci (ça c’est vrai (rire) C) // hein ? et ça c’est vrai / vous rentrez on vous dit pas bonjour // alors que : c’était pas ça le commerce à l’époque hein ? (hm hm B) / alors on vous dit pas bonjour / (2) vous donnez votre argent et on vous dit pas merci ! (2) / ça c’est plus fort que moi ! // alors là-dessus c’est ma- un manque d’éducation ou qu’est-ce que c’est d’où ça vient ? (MTP-SR-A, Galzy )

(5) « Je vous donne ce cas de figure » : Séquence et insertions interactives dans la séquence

A.84 – […] quand vous allez voir un médecin / je vous donne ce cas de figure / vous allez voir un médecin / et d’ailleurs actuellement c’est ce qui a fait beaucoup bouger les choses / vous allez voir un médecin pour vos maux / par exemple bon on va dire / vous souffrez des maux de tête / on commence l’allopathie / on va travailler là-dessus / vous prenez la médicamentation / vous revoyez ce médecin et vous avez encore des maux de tête / / et / presque donc vous voyez la médecine comme la guérison de vos maux / mais à partir de là qu’est-ce que vous faites vous vous en prenez au médecin en disant « Vous vous rendez compte / je vous demande de guérir mes maux / et vous m’avez pas guéri » [ …]

(MTP-Corpus thérapeutes, Rosa).

(6) Passage au tutoiement : à propos des étudiants, le point de vue d’un jeune de la classe populaire

A. 167 - je les prends pour ce qu’is sont /

B. 168 - et qu’est-ce qu’is sont (rire) ?

A. 169 - ça dépend si c’est :: des gars que : tu : tu peux avoir de la conversation avè eus- avec eux ça va / n’importe que :: que qui mais y en a d’autres // pasqu’is sont étudiants is te prendront pour un con / (ouais // oui oui B) / par contre y en a d’autres qui ne regardent pas ça / au contraire / (hm hm / hm hm C) / (c’est vrai B) (MTP-SR-A, Arnaud)

(7) Ratage et réparation : « Vous :: euh accouchez […] euh : une une femme accouche… »

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, interviewée par Nicolas Demorand (France Inter, « L’Invité », 22 octobre 2008). L’encadrement par le chiffre (1) indique un segment prononcé avec une voix rieuse. RB décrit les missions qu’aura l’hôpital de proximité, dans le nouveau maillage hospitalier prévu par son ministère :

RB : […] l’hôpital de proximité ce sont les services d’urgence les soins courants ce qu’on appelle les soins post-aigus les personnes âgées mais pas seulement les personnes âgées / vous avez une opération / vous revenez de votre hôpital de proximité là où vot’ famille peut v’nir à vos côtés / vous :: euh accouchez pas vous évidemment mais : (rire) euh

ND : (1) un jour qui sait (1)

RB : (1) un jour qui sait (1) euh : une une femme accouche de son p’tit bébé dans une maternité dans un plateau technique / mais elle est suivie auparavant dans un centre périnatal de proximité […]

Le point commun entre ces différentes formes génériques est l’emploi d’un pronom clitique de la 1re ou de la 2e personne en position sujet, ou objet, et l’association de ce pronom conjoint avec un verbe au présent de l’indicatif. Si les indices personnels ont une valeur générique, ils partagent cette valeur avec le type de présent utilisé ici, désignant un événement habituel, ou hypothétique, non contingent. Dans les emplois illustrés, le pronom personnel semble se « décoller » du contexte d’énonciation, y compris dans les cas où il est immergé dans une interaction orale (mais cette impression est-elle bien exacte – et en quoi peut alors consister ce « décollement » ?). En tout cas, au lieu d’opérer la désignation spécifique d’un protagoniste de l’énonciation, l’indice je, tu ou vous en vient à indiquer un rôle, inséré dans un scénario, un cas typique. Cependant, le mouvement de « généralisation » qui s’opère est plus ou moins prononcé. Nous pourrons discuter en particulier de la généricité de l’exemple (2). L’emploi générique donne parfois lieu à un changement de système d’adresse (exemple 6), ou à un ratage suivi de réparation (exemple 7).

Comment rendre compte de ces emplois ? Sont-ils des phénomènes déviants ? Difficile de soutenir cette position, lorsqu’on a de bonnes raisons de penser que les usages à la 2e personne sont en progression, en français contemporain, particulièrement dans le langage des jeunes. Les déictiques perdent-ils toute capacité à référer à l’énonciation du message, capacité qui semble pourtant constituer leur valeur centrale en langue ? Voire, sont-ils impersonnalisés, et/ou a-référentiels ? Serait-ce un cas d’effacement énonciatif ?

Nous chercherons à expliquer ces emplois non comme des exceptions, mais comme des actualisations possibles de l’indexicalité des pronoms de 1re et de 2e personne. On partira donc d’une tentative de définition du mode de production de sens des déictiques personnels. On essaiera de montrer comment ces emplois génériques exploitent, d’une manière particulière, la subjectivité à la 1re personne, et la subjectivité à la 2e personne, en vue de constituer non une entité spécifique, une ipséité, mais une classe de sujets posés en tant que mêmes.

L’explication se situera dans le cadre d’une représentation dynamique de la subjectivité, conçue comme un phénomène graduel, et susceptible d’entrer dans un processus d’actualisation, en même et en soi-même.

D’autre part, les emplois en cause se situent dans l’histoire de la langue, et se positionnent aussi dans les phénomènes de variation du français. Nous tenterons pour finir, si le temps nous le permet, quelques ouvertures dans ce sens, en vue de positionner les usages génériques de la 1re et de la 2e personne dans une « synchronie opérative ». L’état de langue actuel, dans le français de France, nous donne-t-il des indications sur ce vers quoi il est en train de se diriger ?

Février :

  • Lundi 15 février :

14h-16h

  • Mathias Broth (Institutionen för kultur och kommunikation (IKK)
    Linköpings universitet) : « Lier noms et visages. Comment une équipe de télévision peut mémoriser qui est qui sur le plateau »

Argument :

Un problème central pour une équipe de télévision, lors des réalisations en direct de débats et d’interviews avec plusieurs participants, est de connaître leurs noms. Si l’équipe arrive à relier les noms des invités sur le plateau à leurs visages, peut-elle, par exemple, rapidement produire un plan sur tel invité ou insérer le nom approprié sur le bon plan avant qu’il ne soit trop tard ?

L’intervention vise à décrire l’activité par laquelle les noms et les visages des invités sont mémorisés par l’équipe lors d’une pause de quelques minutes dans la transmission en direct de l’émission Rideau Rouge (transmise en direct sur TV5 Internationale le 10/06/2003). L’analyse de l’interaction au sein de l’équipe, notamment entre la régie et les cadreurs se trouvant sur le plateau, montrera comment les différents membres de l’équipe se mobilisent en exploitant leurs ressources spécifiques (langage ; plans de caméra ; documents, etc.) dans leur travail collaboratif pour apprendre ou confirmer qui est qui sur le plateau. Les analyses soulignent entre autres l’indexicalité très significative des noms propres prononcés en situation locale.

  • Lundi 22 février : vacances universitaires
  • Lundi 8 mars :

14h-16h

  • Marcel Burger : « Une caractérisation praxéologique du désaccord polémique : la négociation dialogique des points de vue dans la production monologique d’informations télévisées »

Argument :

Cet exposé aborde la question du désaccord polémique à partir d’une double considération : d’une part comme une forme d’interaction verbale manifestant des procédures complexes de négociation de points de vue antagonistes ; d’autre part, comme un mode de communication manifestant des enjeux psycho-sociaux propres à des pratiques sociales particulières.

La première considération suppose un ancrage dans les sciences du langage, en particulier le champ de l’analyse des interactions verbales (Kerbrat-Orecchioni 1990, 1992). La seconde caractérisation suppose un ancrage dans les sciences de la communication, en particulier le champ de l’analyse des pratiques socio-discursives (Filliettaz 2002). L’articulation de ces deux champs disciplinaires force à saisir le rôle des conduites verbales dans la construction du sens des réalités sociales et, inversement, l’importance des finalités et enjeux psycho-sociaux des pratiques sociales pour la signification des discours.

Une telle articulation fonde ainsi ce que nous proposons de nommer « caractérisation praxéologique » du désaccord polémique. Schématiquement, la thèse est la suivante : il ne saurait y avoir de désaccord ou de polémique en tant que tels, per se, inentamé-es par les enjeux propres aux activités spécifiques dans lesquelles s’engagent des acteurs sociaux particuliers. Dans le même ordre d’idée, il ne saurait y avoir de désaccord ou de polémique sans une dynamique de négociation dont les marques langagières fixent les étapes.

Le désaccord polémique comme praxéologie est abordé dans l’exposé par le biais d’un corpus de discours ancrés dans la pratique des médias d’information. Nous nous appuyons plus précisément sur une vaste recherche de terrain menée en 2007 pour le compte du Fonds National de la recherche scientifique suisse et des départements « formation » des télévisions suisses de service public. Afin de mieux comprendre le travail journalistique présidant à l’information télévisée, l’équipe de recherche a accompagné 15 journalistes pendant une semaine chacun dans leur travail quotidien. L’intégralité des activités a été filmée et consignée : depuis les conférences de rédactions jusqu’au reportages tels que diffusés par la chaîne, y compris le travail rédactionnel individuel et les interactions avec les pairs.

Nous présenterons brièvement dans un premier temps les modalités théoriques et méthodologiques de cette recherche de terrain, et montrerons la complexité des modalités pratiques des tâches journalistiques et des enjeux psycho-sociaux qui les déterminent à différents niveaux : politique, managérial, rédactionnel, individuel.

Dans un second temps, nous porterons l’attention sur un type d’interaction essentiel dans le travail à la télévision : les interactions entre un journaliste et un monteur d’images. Les deux sont contraints de collaborer afin de livrer à la rédaction du journal télévisé un reportage satisfaisant de nombreux critères médiatiques propres au genre « Bulletin de nouvelles ». De tels reportages engagent des identités professionnelles complexes : notamment celle du journaliste, expert en textualité, et celle du monteur, expert en mise en scène visuelle.

A ce titre, nous proposerons une analyse d’un désaccord polémique particulier engageant deux acteurs dont le profil identitaire est clairement divergent. Obligés de traiter une thématique difficile parce que sensible (le crash d’un boeing en Indonésie), les deux manifestent des préoccupations antagonistes : l’un cherche à imposer une conception éthique, voire citoyenne de l’information, alors que l’autre vise le sensationnalisme. De ces négociations difficiles en salle de montage émergent alors progressivement des enjeux socio-professionnels qui manifestent autant les propriétés du genre « bulletin de nouvelles », que les conceptions idéalisées de l’information dans un média de service public.
Ainsi, par le biais du désaccord polémique en quelque sorte « mis en pratique » ou « mis au service de la pratique », l’exposé analyse la dynamique procédurale qui préside à l’établissement d’un « reportage télévisé » comme produit médiatique.

Marcel Burger est directeur du Centre de linguistique et des sciences du langage de l’Université de Lausanne (Suisse). Il y enseigne l’analyse du discours et les théories de la communication. Ses travaux portent principalement sur la construction de l’identité dans les genres de la communication médiatique et politique. Il est l’auteur d’articles en français et en anglais dans Communication, Studies in Communication Sciences, Revue de Sémantique et Pragmatique, et a publié Les Manifestes. Paroles de combat. De Marx à Breton (2002, Delachaux et Niestlé). Il est aussi l’éditeur de L’analyse linguistique des discours des médias. Entre sciences du langage et sciences de la communication (2008, Nota Bene), et co-éditeur de Argumentation et communication dans les médias (2005, Nota Bene) ainsi que de La communication touristique. Approches discursives de l’identité et de l’altérité (2004, L’Harmattan).

  • Lundi 15 mars :
    Attention, la conférence a lieu salle Cassini (et non à la MSH)

14h-16h

  • Kjersti Fløttum, Université de Bergen
    « Mélange de voix dans le discours des Présidents de l’Union européenne »

Argument :

L’Union européenne est dans bien des cas considérée comme une « machine » de négociations, de concessions et de compromis. Dans le Parlement européen, les députés, représentant 27 pays et des partis politiques différents, s’efforcent d’obtenir un consensus sur les diverses questions présentées et sur des documents formulés en 23 langues. Pour le Président du Conseil de l’Union européenne, qui change tous les six mois selon un système tournant, il est primordial d’entretenir une solide collaboration avec cette hybridité politique, culturelle et discursive qu’est le Parlement européen. Sa première rencontre avec le Parlement a lieu au début de son mandat où est présenté le programme pour la présidence en question. Je me propose ici de considérer quelques traits contextuels et linguistiques d’une sélection de telles allocutions inaugurales, données par différents Présidents du Conseil de l’Union européenne (dont Vanhanen, Blair, Sarkozy et Reinfeldt). Une attention particulière sera portée aux différentes « voix » qui se manifestent et qui contribuent à un discours politique complexe et souvent ambigu.

  • Lundi 29 mars

14h-15h30

  • Julie Denouël : « Identité numérique : présentation électronique de soi et reconnaissance de singularités subjectives »

Argument :

L’identité, et plus particulièrement l’identité personnelle, constitue une
catégorie d’analyse séminale du champ des sciences humaines et sociales,
qui se trouve appréhendée selon des voies de recherche plurielles dont les
développements ont donné lieu, pour certains, à d’importantes discussions.
Dans le champ des recherches menées sur les usages sociaux de la
télématique et de l’informatique connectée, l’identité personnelle a été
rapidement intégrée au répertoire des objets d’analyse, consonant alors
avec un questionnement sur les formes de présentation électronique de soi.
Depuis les pages personnelles mobilisées dans le courant des années 90
jusqu’aux plus récents blogs et sites de réseaux sociaux (SNS), le
développement d’Internet s’est accompagné de l’émergence de dispositifs
plus spécialement dédiés à la production de soi et dont les usages
ordinaires ont constitué des terrains fertiles pour l’étude de ce que l’on
nomme communément l’identité numérique.

Aussi, l’objectif de cette communication sera-t-il double. Il s’agira, en
premier lieu, de repérer les processus de filiation et de discontinuité
qui se dégagent de l’observation longitudinale des études centrées sur la
présentation électronique de soi, et de retenir les travaux marquants tant
par leurs apports théoriques et empiriques que par leur portée en terme
d’évolution des problématiques. Partant, nous proposerons de réintroduire
la thématique de l’identité numérique en nous intéressant à des activités
tenant à la fois à la présentation de soi en ligne, aux conventions qui en
règlent la mise en pratique, et aux demandes de reconnaissance qui
prévalent à leur mise en œuvre. Ce travail sur la présentation de soi –
voire l’exposition de soi – nous amènera à considérer, au plus près des
pratiques interactionnelles et discursives, la manière dont des éléments
identitaires mis en jeu sur les SNS (et plus particulièrement Facebook) se
combinent pour définir les contours d’une facette du soi singulière et
complexe, censée avoir une certaine valeur dont on cherche à avoir la
confirmation par autrui. Ladite confirmation porte en ce cas sur des
formes spécifiques d’estime fondées sur la reconnaissance de singularités
subjectives, c’est-à-dire sur la reconnaissance, à travers le discours, de
qualités particulières par lesquelles les individus se caractérisent dans
leurs identités plurielles. Impliquant un dialogue entre, d’une part, la
théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth et l’interactionnisme d’Erving
Goffman et, d’autre part, l’analyse de discours et l’analyse de
conversation, cette communication a pour objectif d’analyser quelques
occurrences de ces discours du soi qui se jouent avec plus ou moins
d’évidence des frontières de la pudeur, de l’intime, du privé et du public
à des fins de reconnaissance et de construction positive de son identité.

Avril :

  • Lundi 26 avril :

14h-15h30

  • Bruno Bonu et Laurent Fauré : « Fragments de discours médiatiques... ou la fragmentation des espaces médiatiques »

Conçue comme volet initial d’un séminaire expérimental sur l’analyse du discours médiatique, institutionnel et politique, cette communication constituera une première proposition d’étude, sur la foi de données communes à plusieurs chercheurs du laboratoire Praxiling. Ces données sont constituées de l’enregistrement de la matinale de France Inter du 07/12/2010, consacrée au sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique (à l’inclusion des podcasts vidéo associés à l’enregistrement en studio). La série d’émissions concernée a été retenue pour la variété de ses propriétés en termes de genres discursifs et de dispositifs interactionnels et technologiques : interviews en studio et en duplex, débats, appels d’auditeur, chronique… Cet espace se caractérise par la mise en relation d’individus distants avec un accès asymétrique à des éléments interprétatifs sonores et surtout visuels.

L’étude se concentrera dans sa première partie plus spécialement, sur la mise en espace médiatique d’une controverse d’actualité corrélée à la distribution de rôles institutionnels et sociaux (Burger 1997, 2000, 2004) au cours de la diffusion : paroles journalistique, experte, savante, politique, profane se croisent et se donnent à entendre en effet dans un tissage complexe. En dehors des fonctionnements proprement verbaux (en particulier les différentes séquences argumentatives pro domo), des ressources vocales telles la voix souriante (Aubergé et Cathiard 2003) ou encore la gestualité d’un des participants (rendue accessible par la vidéo en ligne) participent de la configuration énonciative et interactionnelle orientée vers le récepteur et son activité interprétative (Heritage & Roth 1995, Léon 1998). Ce dernier comportement est en effet soumis tant à la contextualisation fine (Couper Kulhen & Selting 1996) qu’à la gestion de pratiques sociales attendues et de portée plus globale (genres, formations discursives, conversation médiatique). Dans la seconde partie, nous poserons le problème de la fragmentation de l’espace. Le choix de mise en visibilité partielle de l’interaction comme événement délimité de la vie sociale (Hutchby 2001) institue en retour une dissymétrie interactionnelle (Watson 1994) qui induit une focalisation de l’attention sous le mode d’un voir comme (Sacks 1972, Goodwin 1994) qui ne laisse pas de questionner la teneur des données. Ces premières données seront mises en relation avec d’autres situations fondées sur la médiatisation des images et sur la tâche professionnelle de « voir et faire voir ».

Sous l’examen de ces manifestations du passage entre micro-fonctionnements linguistiques et macro-structures médiatiques que l’on proposera, à titre exploratoire, l’intégration d’outils d’une approche praxéologique des médias qui s’efforce de mettre en dialogue les acquis de l’analyse du discours et de l’analyse de conversation. Sous cette investigation méthodologique, on amorce, in fine, une réflexion sur les mutations du discours radiophonique et de sa gestion par l’instance journalistique, à travers le renouvellement en cours des espaces médiatiques et des environnements technologisés.

  • Lundi 10 mai :

14h-15h30

  • Sophie Azzopardi : « Analyse contrastive du futur de conjecture en français et en espagnol : conditions d’émergence, fonctionnement et conséquences sur la description des systèmes verbaux des deux langues ».

Argument :

Les systèmes verbaux du français et de l’espagnol sont tous deux issus d’une évolution du système verbal latin et semblent être en tous points similaires. C’est pourquoi leurs descriptions linguistiques sont elles aussi semblables. En effet, ces deux systèmes se structurent sur les mêmes modes et temps, les verbes y sont classés en trois classes morphologiques, et de nombreuses études prennent pour objet le système verbal des langues romanes, indifférenciant ainsi les différents systèmes.

L’étude contrastive des emplois en disours de certains temps verbaux révèle pourtant des différences significatives entre le français et l’espagnol. C’est le cas du futur de conjecture.

L’emploi du futur simple dans son effet de sens conjectural permet au locuteur d’émettre une hypothèse quant à la réalisation d’un procès dans le présent. Il ne sera pas traité dans cette analyse du futur antérieur qui deMande0 considérer un procès dans le passé. Ce type d’emploi existe en français comme en espagnol :

(1) « Si nos ha citado aquí, por algo será » (El Internado, 1-1, Antena 3)

(S’il nous a donné rendez-vous ici, il doit bien y avoir une raison)

(2) « -C’est bien rare si Théodore ne peut pas vous dire qui c’est. »

— « Mais ça sera la fille à M. Pupin », disait Françoise qui préférait s’en tenir à une explication immédiate, ayant été déjà deux fois depuis le matin chez Camus. » (A la recherche du temps perdu, Proust)

Cependant, la fréquence d’emploi du futur de conjecture ainsi que le nombre de verbes avec lesquels cet effet de sens est possible sont très différents entre l’espagnol et le français.

En effet, il est possible avec quasiment tous les verbes en espagnol alors qu’il se restreint au verbe « être » en français. De plus, il est très fréquemment utilisé en espagnol quel que soit le type de discours, alors que l’emploi de la périphrase « devoir + infinitif » lui est préférée en français :

(3) « Me imagino que esto le pasará a todo el mundo […] » (No somos nadie, Pablo Motos : 84)

Que l’on traduira : « Je suppose que cela doit arriver à tout le monde […] »

Il convient donc d’élaborer des tests permettant de déterminer ce qui rend possible l’effet de conjecture dans l’emploi du futur : quels sont les facteurs (énonciatifs, pragmatiques, valeur en langue du futur simple, sémantisme des verbes) avec lesquels cet emploi est possible ?

C’est pourquoi cette analyse se propose de définir quels sont les facteurs qui favorisent l’émergence de l’effet de sens conjectural en espagnol, langue dans laquelle son emploi est le plus étendu, pour vérifier si ces facteurs sont identiques en français, et par conséquent exposer quelles sont les différences et les ressemblances entre ces deux futurs et quelles en sont les conséquences sur la description linguistique des systèmes verbaux du français et de l’espagnol.

15h30-17h

  • Gilles Siouffi :« Le jugement de l’oreille au XVIIe siècle »

Argument :

Cette présentation s’inscrit dans le domaine de l’histoire des idées
linguistiques relatives au français, et s’applique à explorer un
territoire peu balisé de cette histoire, dans la mesure où il s’est avéré
résister à la formalisation et à la description objective.

Au cours du XVIe siècle apparaît dans le commentaire métalinguistique
français la notion, étrange pour nous, d’ « oreille », convoquée pour rendre
compte tant d’éventuelles spécificités françaises (l’ « aureille
françoise ») que de physionomies difficilement explicables par la seule
« raison ». Venue de la poésie, la notion gagne avec Etienne Pasquier,
auteur clé de la charnière entre les XVIe et XVIIe siècles, la langue en
général.

Le propos est ici de montrer comment les remarqueurs, c’est-à-dire
Vaugelas et ses épigones, l’ont utilisée dans leurs jugements sur
l’acceptabilité des mots, mais aussi dans les questions d’enchaînement
syntagmatique (problème de la « cacophonie »), de l’élaboration générale des
phrases (problème de la « consonance »), voire même dans des questions
purement syntaxiques. Ce faisant, ils ont fait évoluer le paradigme
initial, qui opposait « oreille » à vision graphique de la langue
(représentation par l’écriture) vers une nouvelle opposition à la
« grammaire », en en faisant le synonyme d’une perception non rationnelle,
intuitive, de la langue. Cette nouvelle vision, qui pose des questions
épistémologiques importantes, sera contestée à la fin du siècle, mais aura
eu le temps d’influer durablement, tant sur la fabrique des normes
linguistiques en français, que sur la relation à la langue en général.
Cet aperçu historique sera l’occasion de s’interroger sur la place de l’
« oreille » en grammaire aujourd’hui, sur les questions que pose ce critère
à l’ambition de rationalité de la linguistique, à la psycholinguistique, à
la sociolinguistique, à la stylistique, etc.

Mai :

  • Lundi 24 mai : lundi de Pentecôte (férié)
  • Lundi 31 mai

14h-15h30

  • Éric Auziol (Praxiling UMR 5267 –Université de Montpellier 3-CNRS) : « Évaluer un projet multimédia, une question de méthode ? »

Argument :

Cette présentation s’attachera à montrer l’importance de l’évaluation dans la démarche de conception et de réalisation d’un projet multimédia. Dans cette optique, l’évaluation ne sera pas interprétée comme le moment final de la sanction ou du réajustement mais comme un contre-rôle servant de guide pour le projet tout au long de sa réalisation. La démarche d’évaluation permettra d’apprécier l’écart existant entre l’intention formalisée du projet (le référent) et les réalisations effectives (le référé). Conformément au modèle du processus de l’évaluation de Jean-Marie Barbier, nous appréhendons l’évaluation comme un jugement, produit de la confrontation entre un référent et un référé. Après avoir présenté ce modèle général, nous nous centrerons, dans un premier temps, sur l’élaboration du référent (ce en fonction de quoi on évalue) et la construction du référé (ce à partir de quoi on évalue) pour ensuite accorder une place importante à la question des rapports d’évaluation, en identifiant les jeux de pouvoir et de domination inhérents à toute situation évaluative. Dans un deuxième temps, à partir de la distinction entre critères et indicateurs, nous nous intéresserons à l’élaboration de grilles d’évaluation des produits multimédia en identifiant le domaine d’application, les objectifs , les critères retenus en fonction de la situation d’évaluation.

15h30-17h

  • Chantal Charnet (Praxiling UMR 5267 –Université de Montpellier 3-CNRS) : « L’écriture collective en ligne : analyse d’activités soutenues par wiki »

Nous nous proposons d’étudier des pratiques collectives d’écriture en ligne rendues possibles par l’usage de wikis dans l’enseignement universitaire. Par une méthodologie ethnographique d’observation et d’analyse des processus d’écriture et à partir de séquences effectives enregistrées, nous montrerons en quoi l’intrusion d’un instrument du WEB2.0 peut modifier des pratiques pédagogiques universitaires.

Juin :

  • Lundi 7 juin :
  • Bruno Bonu (Praxiling UMR 5267- Montpellier 3 - CNRS) : « L’interaction de part et d’autre des barreaux : catégorisations dans la vidéocommunication »

Argument :

Nous nous proposons d’analyser l’épisode d’une réunion en vidéocommunication (enregistrée en audiovisuel) entre d’une part, un groupe d’étudiants détenus dans un centre pénitencier, accompagnés par le responsable de l’Unité Locale d’Enseignement (ULE) et de l’autre, leurs enseignants dans un site universitaire. Nous examinerons plus spécifiquement une perturbation interactionnelle qui donne lieu à la co-élaboration d’un ensemble complexe de catégories pour référer aux personnes engagées dans la réunion, en présence et à distance. A partir de l’examen détaillé de cette coproduction, nous montrerons, dans le cadre de l’Analyse de Conversation, l’ancrage interactionnel de l’activité de catégorisation et ses relations au contexte (Sacks 1972 a) 1972 b) et 1992 ; Watson 1994). De récentes publications (Enfield et Stivers 2007) ont tenté de renouveler et d’élargir la thématique de la préférence dans la référence aux personnes, concernant notamment la « reconnaissance » et la « minimisation » (Sacks et Schegloff 1979).

Dans ce cadre nous interrogerons :

1) La production interactionnelle, progressive et collaborative des catégories et des dispositifs de catégorisation ;

2) les propositions récentes sur la « préférence pour l’association ». (Brown 2007 ; Hanks 2007).
Références bibliographiques

Brown P. (2007) « Principles of person reference in Tzeltal conversation », in Enfield N. J., Stivers, T. eds. : 172-202.

Enfield N. J., Stivers, T. eds. (2007) Person Reference in Interaction : Linguistic, Cultural and Social Perspectives. Cambridge : Cambridge University Press
Hanks W. F. (2007) « Person reference in Yucatec Maya conversation » in Enfield N. J., Stivers, T. eds. : 149-171.

Sacks, H. (1992) Lectures on conversation. 2 vols. Edited by Gail Jefferson with introductions by Emanuel A. Schegloff. Oxford : Basil Blackwell.

Sacks, H., (1972 a) ’An initial investigation of the usability of conversational data for doing sociology’. In : D. Sudnow, ed. Studies in social interaction. New York : Free Press : 31-74.

Sacks, H., (1972 b) ’On the analyzability of stories by children’. In : J.J. Gumperz, & D. Hymes, ed. Directions in sociolinguistics : the ethnography of communication. New York : Rinehart & Winston : 325-45.

Sacks, H., E.A. Schegloff (1979) ’Two preferences in the organization of reference to persons in conversation and their interaction’. In : G. Psathas, ed., Everyday language : studies in ethnomethodology. New York : Irvington : 15-21.

Schegloff, Emanuel A. (1996) ’Some practices of referring to persons in talk-in-interaction : a partial sketch of a systematics’. In : B. Fox, ed. Studies in anaphora. Amsterdam : Benjamins : 437-85

Watson, R. (1994) ’Catégories, séquentialité et ordre social : un nouveau regard sur l’œuvre de Sacks’. In : B. Fradin, L. Quéré, J. Widmer, eds. (1994) L’enquête sur les catégories. Paris : École des Hautes Études en Sciences Sociales [Raisons pratiques : Épistémologie, sociologie, théorie sociale/5] : 151-84.

Juin

  • Lundi 14 juin :

14h-15h30

  • Bertrand Verine et Sonia Branca  : « Frontière finale du discours rapporté direct à l’oral »
    Il s’agit de croiser une réflexion sur le rôle respectif des marques segmentales et intonatives dans le repérage de la frontière finale entre DD et discours enchâssant ou réplique suivante en DD, avec une typologie provenant d’une conception bakhtinienne du discours[1] et déjà travaillée par l’un d’entre nous (Verine 2005, Fauré et Verine 2004, Bres et Verine 2002).
    Qu’est-ce qui fait qu’on reconnaît qu’un segment de discours doit être interprété comme le début d’un DD n’appartenant pas à l’énonciateur premier, mais à un énonciateur second… ou comme un retour à l’énoncé enchâssant. Le problème est considéré comme réglé par la ponctuation à l’écrit et s’il est abordé pour l’ouverture, il a été rarement traité pour la clôture des discours rapportés oraux. D. Vincent et S. Dubois ont pourtant écrit :
    La fin du discours cité est souvent floue puisqu’il n’y a pas d’indices formels de fin du discours rapporté, et paradoxalement ce point est rarement soulevé. Encore une fois les marques de discordance, et notamment le retour aux formes morphologiques du discours précédant l’énoncé cité, sont les indicateurs les plus courants de la transition (1997, p 40)
    Il est révélateur pourtant que, dans le tableau qui leur permet de classer les exemples de DR, les auteurs aient prévu une colonne pour le « contexte qui précède le discours cité », et rien pour le contexte qui le suit (p. 28).
    L’auditeur, qui traite en temps réel les informations qui lui sont fournies, s’appuie sur des indices qui peuvent être des repères segmentaux comme des marques de clôture, des marques de début de l’énoncé suivant, des indices prosodiques. Le code linguistique ne fournit que des indices – indispensables certes, mais des indices seulement – de frontière entre DD et segment suivant (il peut s’agir d’une réplique dans le cas d’un dialogue ou d’un retour à l’énoncé enchâssant). Ces indices renvoient à des niveaux d’analyse linguistiques (1, 2, 3) ou non linguistiques (4) :

1. des marques signalant le début de l’énoncé suivant (ce sont les plus fiables, adverbes spécialisés, interjections, verbe introducteur de DD dans le cas de répliques enchâssées, etc.).

2. des marques signalant la fin de l’énoncé enchâssé (adverbes, interjections)

3. des indices prosodiques

4. des mécanismes inférentiels, cognitifs, qui permettent d’interpréter l’énoncé à partir du cotexte.
Nous observerons ces usages dans plusieurs types d’emploi attestés par le Corpus de Français Parlé Parisien CFPP2000 :

1. Les interactions enchâssées où au moins deux interlocuteurs interviennent à tour de rôle

2. Les discours à fonction argumentative et l’opposition entre DD en appui du point de vue du locuteur premier et DD qui présente un point de vue auquel s’oppose le locuteur premier. Cette catégorie recoupe souvent l’opposition entre discours autophonique et hétérophonique (terme proposé séparément par Perrin et Verine (2005) pour spécifier le discours d’un tiers), mais bien évidemment ne s’y ramène pas car on peut parfaitement se citer pour se critiquer, comme on peut se citer pour se valoriser.

3. les énoncés qui mettent en scène des discours présentés comme stéréotypés (relevant d’une opinion admise et sans doute partagée par le locuteur et son interlocuteur) /v/ les énoncés qui mettent en scène des propos particuliers, individualisés, peu prévisibles.

[1] On peut en retenir le fait que tout DD met en jeu la relation entre locuteur premier et allocutaire, mais aussi la relation entre locuteur et destinataire présent dans la situation d’interaction, ce qui conduit à tenir compte de la dynamique de l’entretien.

15h30-17h

  • Juliana de Nooy : « Obstacles culturels et identitaires à la discussion interculturelle dans les forums publics d’actualité sur internet »

Argument :

Les forums de discussion par internet, tels que ceux proposés par les sites des journaux nationaux, semblent offrir des possibilités illimités de communication au-delà des frontières géographiques, linguistiques et culturelles. Et pourtant, l’étranger qui souhaiterait participer est confronté à des difficultés renvoyant à des questions de culture, de genre et d’identité. Car si les forumeurs potentiels ont tendance à voir la langue étrangère comme obstacle principal, une étude plus attentive montre l’importance de différences culturelles dans ce qu’on entend par « discussion » dans ce genre d’une part et d’autre part des positions identitaires les plus susceptibles d’être adoptées dans une telle interaction.

Dans un premier temps, notre communication se penchera sur les différences culturelles dans la façon dont les échanges se déroulent dans les forums publics de discussion britanniquus et(f2ançais, différences qui ne s’estompent pas en faveur d’un modèle global et universel malgré le passage du temps.

Dans un deuxième temps nous présenterons une analyse d’échanges où des apprenants avancés de français (étudiants universitaires anglophones) participent à des forums publics d’actualité de l’Express, du Figaro, du Nouvel Observateur et de Libération. L’anonymat influe sur les moments de conflit, qui révèlent les réactions des francophones à la façon dont les étudiants se positionnent dans la discussion.

Cette communication relève d’un projet sur l’emploi des forums publics de discussion dans l’apprentissage de langue et de l’interculturalité, publié récemment : Hanna, Barbara E., & de Nooy, Juliana (2009). Learning language and culture via public Internet discussion forums. Basingstoke ; New York : Palgrave Macmillan.