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Archivage séminaires 2008-2009

6 février 2009

Janvier

Lundi 12 janvier, 14h-16h : Séminaire

  • Emmanuelle Labeau

« Chronique d’une mort annoncée : le passé simple dans les articles nécrologiques »

Argument :

Le passé simple (PS), en tant que passé perfectif, semblerait constituer le temps idéal de l’article nécrologique qui tend à narrer les faits marquants de la vie du défunt dans l’ordre chronologique. Cependant, de nombreux linguistes débattent depuis un siècle de la disparition du PS. Étudier la vitalité du PS dans ce genre a priori favorable nous semble donc digne d’intérêt.

Dans cette présentation, on se penchera sur l’utilisation du PS dans l’article nécrologique selon trois orientations : diachronique, diatopique et idéologique. Pour ce faire, nous nous baserons sur un corpus incluant une sélection de journaux nationaux (Le Figaro, Le Monde), de journaux régionaux (La Voix du Nord, Le Télégramme, La Nouvelle République du Centre-Ouest, Sud-Ouest, Le Midi Libre, Le Bien public, Le Progrès, Le Journal de Saône-et-Loire) et de journaux parisiens (Le Figaro, Le Monde, La Croix, L’Humanité, Le Parisien).

Lundi 26 janvier, 14h-17h : Séminaire

14h-15h30

  • Jacques Bres

« Conditionnel et dialogisme »

Le conditionnel livre, dans tous ses emplois, exactement la même valeur – sa valeur en langue – qui, en interaction avec différents éléments contextuels, produit l’ensemble des sens répertoriés en discours (futur du passé, hypothèse, rumeur, politesse, rêverie, etc…). Il consiste à placer un point R dans le passé (morphème –ai, instruction [+ passé]), à partir duquel est envisagé le procès comme ultérieur à ce point (morphème –r, instruction [+ ultériorité]). Ce qui le rapproche du futur qui peut être analysé comme un ultérieur du présent :


– futur il pleuvra

instruction temporelle : [+ présent], [+ ultériorité]

instructions aspectuelles : [+ tension], [± incidence]

– cond. il pleuvrait

instruction temporelle : [+ passé], [+ ultériorité],

instructions aspectuelles : [+ tension], [± incidence]

Contrairement à la représentation traditionnelle selon laquelle le temps peut être représenté par une ligne mobile partant du passé, passant par le présent et se dirigeant vers le futur, on fait l’hypothèse que le t° de l’énonciation marque la coupure entre le passé unilinéaire et le futur ramifié (Gardies 1975). Un même événement passé est irrévocable et unique ; alors que le futur est susceptible, pour le locuteur-énonciateur (E1), de plusieurs possibles. Les temps verbaux en français se construisent énonciativement sur cette structure : unilinéaire pour le passé, ramifiée pour le futur.

L’invention du conditionnel dans les langues consiste à imaginer que le passé aurait pu être autrement, c’est-à-dire à ramifier l’époque passée. Cette ramification se fait à partir du point R, qui se densifie obligatoirement sous la forme d’un autre énonciateur (e1) : cette instance est obligatoire pour que le temps puisse être considéré comme ramification de différents possibles ; et elle est forcément différente du locuteur-énonciateur E1 puisque ce point R est dans le passé, alors que E1 correspond à l’ego de t°. Le conditionnel est donc une forme temporelle dialogique en langue : son emploi présuppose toujours un dédoublement énonciatif. Autrement dit, dans tout énoncé au conditionnel., on entend, en plus de la voix de l’énonciateur principal E1, celle d’un autre énonciateur e1, plus ou moins audible…

La structure énonciative du conditionnel, qui procède directement de sa structure temporelle, permet, selon notre hypothèse, de rendre compte de tous ses emplois en discours. Ce que nous testerons notamment sur l’emploi dit journalistique :

(1) L’alimentation de la mère influerait sur le sexe de l’enfant. (titre, Le Monde, 24 avril 2008)

(2) […]. DSK et sa subordonnée auraient échangé des courriels intimes, avant de concrétiser leur relation lors d’une conférence en Europe. (Libération, 20 octobre 2008)

15h30-17h

  • Sophie Sarrazin

« Le conditionnel journalistique dans la presse de langue espagnole : norme et résistances »

Argument :

L’usage du conditionnel dit journalistique (« Fidel Castro serait proche de la mort », Libération, 15.12.06) constitue, on le sait, une pratique discursive courante dans la presse française, suscitant depuis de nombreuses années l’attention des linguistes, ceux en particulier se réclamant de l’approche polyphonique du langage. Le conditionnel espagnol dont l’origine et les compétences générales sont similaires à celles du conditionnel français ne semble pas, à première vue du moins, autoriser cet emploi spécifique : force est de constater, en effet, que les grands périodiques hispanophones ignorent un tel usage. L’invisibilité de ce qu’il est convenu d’appeler le « condicional de rumor » n’est cependant que le résultat immédiat d’une pression normative très forte s’exerçant sur les rédactions des grands organes de presse au travers des « livres de style » (libros ou manuales de estilo), lesquels excluent systématiquement du bon usage journalistique un emploi du conditionnel jugé agrammatical et déontologiquement condamnable.

Il suffit de consulter des médias moins établis et donc non soumis aux prescriptions normatives (quotidiens à diffusion locale ou régionale, sites d’information sur la Toile) pour découvrir que le conditionnel espagnol peut servir les mêmes intentions communicatives que son équivalent français : présenter une information sans l’asserter en l’attribuant à un énonciateur distinct (implicite ou non).
Nous nous proposons de montrer que ce tour, bien qu’il soit, selon toute vraisemblance, calqué du français, peut être regardé comme une exploitation discursive de la représentation en langue d’un tiroir verbal permettant de situer un procès dans l’ultériorité d’un point de repère antérieur à l’instant d’énonciation.

Février 2009

Colloque

Colloque organisé par J. Bres et A. Nowakowska, Praxiling, UMR 5257 : Dialogisme et marqueurs grammaticaux : Salle des colloques, CNRS, 1919 Route de Mende, Montpellier

Jeudi 5 février 2009 :

Matinée, 9h-13h, présidence M. Monte (BABEL EA 2649 - Université du Sud Toulon-Var)

  • 9h-9h45 : Jacques Bres, Praxiling, UMR 5267CNRS-Montpellier III : Temps verbal et dialogisme

9h45-10h15 : discussion

  • 10h15-11h : Stéphane Bikialo, Université de Poitiers : Dialogisme et marqueurs de la motivation pseudo-objective

11h-11h30 : discussion

11h30-11h45 : pause

  • 11h45-12h30 : Sylvie Garnier , Université de Chicago, et Frédérique Sitri, Université Paris 10 : Certes : quel dialogisme ?

12h30-13h : discussion

Après-midi, 14h30 – 18h30, présidence S. Mellet (CNRS, Nice Sophia
Antipolis)

  • 14h30-15h15 : Geneviève Salvan, BCL, Université de Nice-Sophia Antipolis, CNRS, MSH de Nice : Les relatives disjointes : un avatar dialogique ?

15h15-15h45 : discussion

  • 15h45-16h30 : Aleksandra Nowakowska, Praxiling, UMR 5267CNRS-Montpellier III : Thématisation et dialogisme : le cas du détachement

16h30-17h : discussion

17h-17h15 : pause

  • 17h15-18h : Michèle Monte, Université de Toulon : Le dialogisme dans les sous-phrases en « si » dites adversatives, concessives et thématisantes

18h-18h30 : discussion

Vendredi 6 février 2009

Matinée, 9h-13h, présidence J. Bres (Praxiling, Montpellier III)

  • 9h-9h45 : Jean-Marc Sarale, Praxiling, UMR 5267CNRS-Montpellier III : Potentialités dialogiques des déterminants possessif et démonstratif

9h45-10h15 : discussion

  • 10h15-11h : Sylvie Mellet, BCL, Université de Nice-Sophia Antipolis, CNRS, MSH de Nice : Dialogisme et altérité notionnelle : pour une intégration en langue du dialogisme

11h-11h30 : discussion

11h30-11h45 : pause

  • 11h45-13h : bilan et perspectives

Lundi 23 février :

14h-15h30

  • Patricia Jullia (Montpellier 3) :« Web TV. La cité, le site et le réseau »

Résumé, problématique et plan détaillé :

• Web TV entre appropriation médiatique et espace public.

Le développement des outils de production participative de contenus sur le web02 stimule actuellement la production de vidéos en ligne. Muni d’un simple téléphone portable ou d’un caméscope numérique l’internaute-réalisateur filme des événements ou réalise des fictions et les diffuse sur le site de son choix dans des intentions multiples. Cette introduction mettra donc l’accent sur les pratiques qui fondent les Web TV : l’appropriation-démocratisation de la production audiovisuelle et cela sur le réseau dans son ensemble pour situer les Web TV dans un contexte plus large.

• Web TV et télévisions : filiations et ruptures :

- Web TV : définition, catégorisation et genres.

Ces sites participatifs produisent, diffusent, mettent en critique des documents audiovisuels selon des lignes éditoriales diverses : télévisions de quartier, de village, associatives… Films amateurs, documentaires, reportages, vidéos militantes, témoignages se côtoient pour constituer des grilles de programmes à la carte, en rupture avec les temporalités rigides des diffusions télévisuelles classiques. Les rôles de « spectateur » et de « réalisateur » sont alors interchangeables. Ce phénomène opère donc une sorte d’hybridation « média de masse » et « média des masses » pour paraphraser Joël de Rosnay. Dans cette partie, nous analyserons différentes Web TV afin de catégoriser les situations sociales permises par chacune d’elles. Nous montrerons comment la sollicitation à s’engager dans la production de documents est mise en scène. Les analyses situationnelles de ces télévisions d’un nouveau type nous permettront de définir des catégories en fonction d’horizons d’attente et du niveau d’engagement dans la situation. Nous pourrons définir des genres télévisuels en ligne.

  • Web TV et tradition télévisuelle : similitudes et innovations .

Ces genres de Web TV pourront alors être confrontés à leur grande sœur qu’est la télévision. Nous nous attacherons à repérer les similitudes et les écarts ; écarts qui portent justement sur cette possible appropriation de la production médiatique pour participer aux débats citoyens en tant qu’acteur indépendant et libre de son propos. Les similitudes se trouvent alors plus dans les modes d’expression.

• Le citoyen, la cité, le site et le réseau.

Diffuser des contenus en ligne ne peut plus se concevoir selon un schéma linéaire de diffusion-réception. L’internaute est tout à la fois « émetteur » et « récepteur ». Analyser conjointement le citoyen et son rapport à l’espace public, les interactions sociales liées à ses activités militantes, les liens sociaux qui s’y tissent et leurs interactions sur la cité comme sur le réseau demande de trouver le moyen de ne pas disjoindre ce qui est tissé ensemble. Selon Edgar Morin, cette posture de prise en compte de la complexité est possible. La Web TV, en tant que dispositif sociotechnique, n’est alors plus que la face visible de l’iceberg social qui préside à sa production. Nous proposerons deux concepts qui nous semblent opératoires pour appréhender ce réseau social en complexité ; celui des petits mondes imbriqués (le monde de l’acteur, de sa cité, du site web, des communautés virtuelles) et celui de système hybride (alliant interactions en face à face et interactions médiatisées) avant de conclure sur ce qu’est l’espace public en ligne : un réseau d’espaces publics imbriqués.

Mots-clés : vidéo, interaction, espace public, petits mondes imbriqués, système de communication hybride.

Lundi 9 mars

14h-15h30

  • Sonia Branca (Paris 3) : « Paroles sur la ville. Une approche dialogique et metalinguistique d’entretiens sur les quartiers de Paris »

Argument :

Convaincue que le développement des technologies de la parole est un enjeu majeur pour les sciences du langage, une petite équipe (Branca-Rosoff, F. Lefeuvre, M. Pires, S. Fleury) s’est donné pour objectif d’une part de constituer un corpus échantillonné d’interviews de Parisiens en veillant à la bonne qualité des enregistrements, d’autre part, de transcrire ces données et de les rendre accessibles sur Internet

http://ed268.univ-paris3.fr/CFPP2000/
.
1- Choix opérés dans la constitution du corpus

Il est impossible de recueillir un échantillon représentatif de « tous les discours en circulation ». Un corpus, s’il est exploitable, est toujours de façon plus modeste le résultat d’un choix correspondant à des échantillons de certains genres discursifs ou de certains locuteurs. Il est donc important d’expliciter nos options, même si nous avons cherché à constituer un corpus qui puisse se prêter à différentes sortes de questionnements. Je présenterai les principales options retenues pour constituer ce corpus en insistant d’une part sur l’intérêt de l’interview comme genre dialogal et réflexif , d’autre part sur l’intérêt d’un questionnaire portant sur la ville.

2- Utilisations envisageables

J’évoquerai ensuite trois exemples d’utilisation possible du corpus. A partir du prototype de concordancier actuellement disponible, il est possible de faire des requêtes sur les 280 000 mots qui constituent aujourd’hui CFPP2000. Je m’intéresserai à la locution en revanche comme à un marqueur du bon usage qui, malgré les puristes est délaissé au profit de par contre dans toutes les classes sociales. J’évoquerai aussi le mot village qui apparaît de façon significative alors que l’entretien porte sur des quartiers parisiens et je m’interrogerai sur le fonctionnement discursif du stéréotype du quartier-village.

Je terminerai par des propositions encore largement programmatiques sur l’intérêt d’envisager les énoncés à imbrications complexes du double point de vue des commentaires auto-réflexifs et de la prise en compte des tours de parole précédents.

Lundi 23 mars

14h-15h30

  • Laurence Vincent-Durroux, Montpellier 3, EA741

« Surdité profonde, langues et langage »

Argument :

La surdité profonde bilatérale, de naissance ou acquise dans les premiers mois de la vie, procure des conditions spécifiques pour le développement de la langue orale.

Nous présenterons tout d’abord quelques données physiologiques relatives à la surdité, puis quelques repères sur les attitudes qui ont prévalu à l’égard des sourds, du 18e siècle à nos jours, en termes d’éducation et de communication. Nous examinerons aussi les différents choix linguistiques envisagés actuellement : oralisme, langue des signes, français parlé complété, bilinguisme … en lien avec des éléments médicaux tels que les prothèses et l’implant cochléaire.

Nous exposerons ensuite nos travaux de recherche portant sur la langue orale de jeunes adolescents oralistes, en contextes anglophone et francophone, avec ou sans implant cochléaire. Nous décrirons quelques spécificités relevées dans l’ensemble des données recueillies. Leur prévalence dans les deux langues nous a permis de faire l’hypothèse qu’il s’agisse de langues à part entière, des « langues sourdes ». Certaines caractéristiques peuvent être associées à l’espace et au temps, deux dimensions dont la perception, et par conséquent la représentation cognitive et le réinvestissement dans les langues, sont susceptibles de spécificités chez les sourds. De ce point de vue, nous montrerons qu’il y a des points communs entre nos observations chez des oralistes et certains fonctionnements des langues des signes décrits dans la littérature. Nous évoquerons finalement l’émergence chez les sourds implantés de phénomènes linguistiques non observés chez les sourds porteurs d’une prothèse classique, tels que l’humour et l’emploi de métaphores.

Lundi 30 mars 2009

9h-17h

  • Journée d’étude L’ACTUALISATION DE L’INTERSUBJECTIVITÉ EN DISCOURS, Salle Jourda (BRED) : un hommage scientifique à Jeanne-Marie Barbéris.

Programme

Matin

9h - Ouverture

9h10 - Mary-Annick MOREL : « La localisation des référents dans le dialogue oral spontané. L’apport du regard et du geste au marquage des anticipations coénonciatives »

10h - Catherine DÉTRIE : « À gauche, à droite, etc. : de l’espace du descripteur et de la description à celui du lecteur »

10h50 - Pause

11h05- Michèle MONTE : « Variations de l’actualisation dans la poésie contemporaine »

11h55- Laurent FAURÉ  : « L’émergence personnelle de l’autre : entre faits de langue et données interactionnelles »

12h45-Repas

Après-midi

14h15- Dominique MAINGUENEAU : « Coénonciation et discours rapporté : sur un passage de Jane Austen »

15h05- Bertrand VERINE : « Construire une connivence dans la disjonction : l’emploi extensif de tu et le discours autre non avéré dans les commentaires rugbystiques d’Herrero et Cazeneuve »

15h55- Pause

16h10 - Alain RABATEL : « Coconstruction interactionnelle des points de vue et variabilité des postures énonciatives au fil du discours. Être sousénonciateur par rapport à X et surénonciateur par rapport à Y »

17h - Clôture

Lundi 20 avril

14h-15h30

  • Daciana Vlad : « Sur quelques lieux d’inscription du caractère polémique dans le discours »

Argumentaire :

Nous traiterons de quelques marqueurs polyphoniques qui inscrivent le caractère polémique dans le discours, en signalant une opposition entre deux discours qui se trouvent dans des rapports dialogiques. Il s’agit de marqueurs qui permettent au locuteur d’évoquer un discours autre, qu’il intègre dans son discours pour le contester de façon plus ou moins vive :

• énoncés du type Puisque P, Q :

… puisque tu sais tout, dis-moi le nom de cet homme. (Daudet, Frantext)

• énoncés interrogatifs en pourquoi au conditionnel :

- Ça va ?
- Pourquoi ça irait pas ?
(ex. oral, TV5)

• énoncés interrogatifs en parce que :

- Je ne sais pas si c’est très bon pour mon cœur.
- Parce que t’as un cœur, toi ?
(ex. oral, TV5)

• énoncés du type P, peut-être ? :

Et le détective, c’est pas ton copain, peut-être ? (ex. oral, TVR2)

• énoncés au conditionnel exclamatif :

Quoi ! Je pourrais un jour ne plus aimer mon père !
(in Baylon&Fabre 1995 : 143)

Nous ferons une étude sémantico-pragmatique des énoncés polémiques ci-dessus, que nous décrirons en les opposant à des énoncés non polémiques. Nous analyserons la façon dont on peut construire de la polémicité à partir de ces formes linguistiques, qui ne sont pas spécialisées pour l’exprimer, mais peuvent, dans certaines conditions, acquérir une valeur polémique, due à la confrontation de deux ou plusieurs points de vue en co-présence.

15h30-17h

  • Rosa Volpe

« Des technologies éducatives aux technologies cognitives : recul épistémique et enseignement stratégique en didactique des langues »

Argumentaire :

L’introduction des TICE comme outils et stratégies d’apprentissage en didactique des langues dévoile le besoin et l’intérêt de mieux comprendre en quoi et comment ces technologies contribuent au processus de construction du savoir.

En prenant comme point de départ l’apport de la psychologie cognitive, nous nous interrogerons notamment sur le rapport qui existe entre technologies éducatives et cognition.

Notre domaine d’application étant la formation des formateurs en didactique des langues, les questions suivantes s’imposent : quels changements les TICE favorisent-elles en matière de développement de compétences linguistiques ? Est-ce que, au niveau des pratiques d’enseignement et d’apprentissage de la langue, on peut déjà parler, par exemple, de ‘culture’ en évolution ?

Pour essayer d’adresser ces questions nous proposerons d’analyser les résultats d’une étude préliminaire afin de tirer quelques conclusions au sujet de :

1. La nature du savoir à enseigner, nous permettant d’introduire la question sur le rapport entre perception (visuelle) et langage, mémoire de travail et construction du sens ;

2. Les caractéristiques de l’environnement (la salle de classe), nous permettant de nous pencher sur le débat, toujours actuel, de l’approche à suivre (grammaire implicite vs explicite ; production vs compréhension orale ; analyse linguistique du discours vs ‘règle de grammaire’), et de réexaminer la question liée à la dynamique interactive et dialogique, au sein du processus de construction du sens et du savoir ;

3. Les caractéristiques de l’apprenant, nous permettant de tester l’hypothèse selon laquelle les TICE favoriseraient la création d’un espace réflexif (recul épistémique) motivant l’apprenant à s’interroger sur ses propres connaissances de base, ses stratégies d’apprentissage, ses croyances, son attitude, et l’emmenant ainsi à jouer un rôle d’agent actif au sein du processus d’apprentissage par une prise conscience sur la nature de son engagement.

Pour finir, nous avancerons aussi l’idée que notre façon de procéder ajoute aux technologies éducatives la valeur et le statut de ‘technologies cognitives’. Ainsi, dans cette perspective, l’évaluation se doit de devenir formative (vs sommative) grâce à la mise en place d’outils appropriés.

Lundi 11 mai

  • Marion Sandré : « Débat de l’entre-deux tours : une approche plurimodale des discours représentés chez Ségolène Royal »

Argumentaire :

• Cette communication vise à étudier les différents comportements adoptés par Ségolène Royal – lors du débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2007 – lorsqu’elle entre en interaction avec un autre discours.

• Dans le cadre d’un débat politique télévisé, il n’est pas rare que les participants utilisent différents procédés dialogiques, la parole ‘autre’ est sans cesse évoquée, pour la rencontrer, la renforcer, la contredire, la déprécier, ou simplement pour la rappeler (la montrer). Chacun de ces phénomènes, qu’on peut catégoriser selon le type de dialogisme, peut obéir à des stratégies particulières.

  • L’autodialogisme renvoie aux phénomènes par lesquels un locuteur fait référence à son propre discours, tenu précédemment (soit à l’intérieur même de l’interaction en cours, soit précédemment à celle-ci). Ce type de dialogisme sert tout particulièrement à affirmer son point de vue et à montrer sa constance.
  • Le dialogisme interlocutif renvoie aux phénomènes par lesquels un locuteur fait référence au discours de son adversaire présent, qu’il s’agisse de citer des propos antérieurs au débat ou des propos tenus à l’intérieur même de ce débat. Ce procédé entre davantage dans une optique polémique, mais il peut aussi participer à une méthode de conciliation.
  • Le dialogisme interdiscursif renvoie aux phénomènes par lesquels un locuteur fait référence à des discours extérieurs, tenus par d’autres locuteurs que ceux en présence. Ce dernier type de dialogisme est utilisé à des fins diverses, selon le locuteur convoqué, et la position du participant au débat vis-à-vis du discours de ce locuteur.

• Pour chaque différent type de dialogisme, on peut trouver des cas de discours rapporté canonique : « j’ai dit dans mon pacte présidentiel que désormais toute modification du code du travail se ferait après une négociation entre les partenaires sociaux », mais aussi des cas où le discours autre, sans être présenté de manière explicite, est immédiatement reconnaissable « non monsieur Sarkozy tout n’est pas possible », et enfin des cas, plus allusifs, où le discours que l’on impute à l’autre doit être reconstruit : « moi ce n’est pas ma conception du pouvoir que de décider de façon péremptoire et unilatérale ». Enfin, certains discours sont les objets de joute verbale et sont alors repris successivement par les deux candidats, qui les utilisent à des fins différentes :

SR [334] je remets à plat les lois Fillon

NS [341] c’qui avait été fait comme financement grâce aux lois Fillon + vous le remettez à plat donc vous les détruisez

SR [346] oui + je remets à plat les lois Fillon c’la ne veut pas dire que nous détruisons tout

NS [390] vous voulez tout r’mettre à plat c’est-à-dire tout le travail qui a été fait vous voulez le démolir

SR [391] pas démolir + mais remettre à plat ne veut pas dire démolir vous êtes très brutal

• A chaque fois qu’un des débattants utilise des procédés dialogiques, il adopte en même temps un comportement : le discours dialogique peut ainsi être mis en relief par le biais d’un discours introductif, mais aussi par une attitude corporelle, des intonations particulières, des gestes spécifiques ou encore des mimiques qui marquent la position du locuteur par rapport au discours rapporté. Au travers des différentes occurrences, le but sera donc d’analyser les récurrences dans le comportement, et de montrer s’il existe des attitudes particulières à la citation, mais aussi d’étudier les spécificités comportementales, et de montrer ce qu’elles apportent pour l’interprétation des discours.

• Le débat politique télévisé étudié est le débat du 02 mai 2007, qui oppose Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2007. Je focaliserai mon analyse sur les citations que fait la candidate. Au travers de cette étude, je tenterai de démontrer que les différents comportements qu’elle adopte vis-à-vis des discours véhiculés lui permettent de se positionner par rapport à Nicolas Sarkozy (dans un camp, avec tels discours, et en opposition avec tels autres) : ils participent ainsi à la construction de l’ethos discursif de Ségolène Royal, et donc à la réception de son discours par les téléspectateurs.

Lundi 18 mai

  • Jacques Bres, Aleksandra Nowakowska (Praxiling, UMR 5267 CNRS -Montpellier III) : « Sourire de chat... sans chat : quand le discours prêté à l’autre est là… sans toujours y être. Dialogisme et discours rapporté »

Argument :

On se propose de traiter une question frontière dans la problématique du discours rapporté : les cas de dialogisme interlocutif anticipatif, où le locuteur prête à l’allocutaire (interlocuteur à l’oral, lecteur à l’écrit) un discours-réponse à son propre discours, et réagit à ce discours-réponse, en le « rapportant », ou… sans le rapporter. Au point où nous en sommes de notre réflexion, nous distinguons trois cas :

(i) le discours-réponse prêté à l’allocutaire est rapporté en discours direct (1) ou indirect (2) :

(1) Rarement, dans la période récente, la politique économique française aura pris, sans trop qu’on le remarque, un tour aussi chaotique et désordonné.

D’emblée, on objectera, certes, qu’il y a quelque injustice à instruire ce procès contre le chef du gouvernement, car la conjoncture à laquelle il doit faire face est aussi l’un des plus dégradées qu’ait connues un premier ministre depuis la récession de 1993. (« Les 5 incohérences de la politique économique française », Le Monde, nov. 2003)

(2) Que révèle un examen à froid et honnête de la situation linguistique du monde ? Tout bêtement le triomphe absolu de l’europhonie […]
Mais, dira-t-on, le monde arabe, la Chine et le Japon échappent à cette domination.
(« De l’europhonie triomphante », R. Confiant, Le Monde, 21. 3. 2006)

On aura reconnu, fondée sur le discours rapporté, la figure nommée par la rhétorique prolepse, occupation, anté-occupation ou anticipation.

(ii) le discours-réponse prêté à l’allocutaire se présente dans un énoncé dialogique qui amalgame ce discours à la réaction du locuteur lui-même :

(3) Une nouvelle piste pourrait conduire à un duo d’anciens internationaux : Marc Lièvremont et Emile N’Tamack. Ils n’ont entraîné que des équipes de jeunes ? Tant mieux. Le rugby français a besoin de nouvelles idées, de prendre l’air. (Le Monde, 23 oct 2007)

On analyse l’énoncé interrogatif Ils n’ont entraîné que des équipes de jeunes ? comme mise en débat (par l’interrogation) de l’énoncé réponse affirmatif prêté, en contre-argument, au lecteur : [Ils n’ont entraîné que des équipes de jeunes].
De même dans :

(4) Stardust, le mystère de l’étoile
(…) Un univers onirique qui ravira les amateurs de merveilleux. Bien sûr que c’est naïf et alors ??? Très dense dans sa narration, le film est habité de la mélancolie des vieux livres d’images (La Gazette, 8-14 nov 2007)

on posera que l’énoncé affirmatif Bien sûr que c’est naïf, est une reprise concessive par le locuteur de l’évaluation [c’est naïf] prêtée au lecteur.

(iii) le discours-réponse prêté à l’allocutaire n’est en rien rapporté, mais il est présupposé par un énoncé du locuteur qui y répond :

(5) Chers amis,

Petite couche de neige (mais si !!!) ce lundi matin de Pâques, j’espère que vous profitez tranquillement de votre week-end, et que vous êtes revenus de votre expédition d’Aix avec de bons souvenirs, et pas avec un mauvais rhume.
Rien que de magnifique souvenirs ici de votre passage. (courriel, mars 2008)

(6) […] ces principes sont consignés dans la charte du Samu social international // eh oui il est devenu international car l’idée de Xavier Emmanuelli s’est étendue au monde (Chronique de C. Clément sur France Culture le 1er octobre 2008)

Les énoncés mais si !!! en (5) et eh oui en (6) ne peuvent se comprendre que comme répondant aux réactions verbales non rapportées, prêtées à l’allocutaire, elles-mêmes répondant aux énoncés précédents du locuteur. Soit :

(a) énoncé du locuteur → (b) [énoncé non rapporté mais présupposé de l’allocutaire] → (c) énoncé du locuteur

On prêtera notamment une attention toute particulière aux smileys, ces icônes employées sur l’internet (chat, forum, courriel) et dans les textos généralement afin d’exprimer les émotions. Les études ont avant tout porté leur attention sur la typologie des rôles des smileys dans le message ; les relations entre les smileys et le contenu verbal, avec une insistance mise sur la proximité entre les smileys et le non verbal ainsi qu’avec le paraverbal ; et leur dimension émotionnelle. Le fonctionnement de certains smileys est certainement plus complexe. Prenons l’exemple suivant, dans lequel il s’agit d’un premier chat sur un site de rencontres. Corinne envoie un baiser (icône) à Nicolas qui répond :

Nicolas (0 : 41 : 06)

A quoi je dois ce privilège alors ?

Corinne : (0 : 42 : 45)

Je vois un homme qui correspond

Nicolas : (0 : 42 : 59)

Comment tu sais qu’il correspond ?

Nicolas : (0 : 43 : 18)

Je suis peut etre un serial killer ;-)

L’icône clin d’oeil qui suit le syntagme nominal serial killer fonctionne dialogiquement comme une glose non verbale (que l’on pourrait expliciter verbalement par : je plaisante bien sûr) qui répond par avance au discours-réponse que le scripteur prête à son interlocutrice, sans le rapporter.

Ce troisième cas, à notre connaissance, n’a pas fait l’objet d’analyse. Il nous rappelle la rencontre d’Alice avec le chat du Cheshire, lorsque, vers la fin de l’entretien, le chat disparaît, mais que son sourire demeure visible : « Well, I’ve often seen a cat without a grin », thought Alice ; but a grin without a cat ! It’s the most curious thing I ever saw in all my life ! ». On se propose de faire un relevé et une description des formes discursives dialogiques de ces « sourires de chat sans chat »… qui nous semblent être de nature à enrichir la question du discours rapporté.

Lundi 15 juin

14h-15h30

  • Yasmine Boumenir (Montpellier 2) : « Ville virtuelle et ville réelle : comment optimiser la navigation dans un milieu urbain non familier ? »

Argumentaire :

S’orienter dans un endroit non familier s’avère souvent une tâche qui n’est pas facile à effectuer. Son succès dépend essentiellement de la capacité des outils de navigation à rendre disponibles les connaissances nécessaires et pertinentes pour une meilleure orientation. Notre problématique est d’étudier l’impact des dispositifs perceptifs – tels que plans 2D, visite guidée ou systèmes virtuels 3D – sur la perception de l’espace, et la manière dont ils aident les sujets à retrouver leur chemin.
Comment concevoir des dispositifs 3D efficients pour l’orientation dans l’espace réel ? L’objectif de cette étude, réalisée au cimetière du Père Lachaise, est de mieux appréhender les difficultés de déplacement dans des endroits non familiers, en prenant en compte l’utilisation des systèmes aujourd’hui existants pour, ensuite, trouver des solutions adaptées.
Les conclusions de ce travail recommandent d’augmenter l’espace virtuel d’informations, notamment la valorisation graphique ou sonore de points de repères communs au réel et au virtuel.