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Archivage séminaires 2007-2008

13 décembre 2007

Vendredi 26 octobre 2007

Séminaire de recherche en Enseignement Numérique

Le Groupe Appui à la Recherche et à l’Enseignement Numérique (GAREN) de l’UOM-LR en collaboration avec Praxiling UMR 5267 – CNRS – Université de Montpellier 3 propose un séminaire de recherche en Enseignement Numérique sur la thématique Apprentissage en ligne et Interactions de 14h à 16h le vendredi 26 octobre de 14h à 16h
(Adresse : UOMLR (1er étage) - 163, Rue Auguste Broussonnet -34090 Montpellier)

Interventions

— 14h-15H : Cécile POUSSARD (Université de Montpellier 3) : Scénario de communication dans une formation d’anglais en ligne.
Sera présentée une étude quantitative et qualitative des forums de discussion intégrés dans un dispositif de formation en anglais LANSAD (LANgues pour Spécialistes d’Autres Disciplines) en ligne, pendant deux années, à l’université Montpellier 3.

— 15H-16H : Stéphanie METZ (Université de Montpellier 2 – ICAR UMR 5291 CNRS- Lyon 2) : Analyse de Situations d’apprentissage collectives instrumentées dans le supérieur

Actuellement, les activités collectives sont de plus en plus souvent supportées par des plates-formes éducatives qui proposent de nombreux outils de communication, de production, de partage et de management du travail collectif. Mais il n’est pas garanti que la mise à disposition des ces outils aux acteurs (concepteurs, tuteurs et apprenants) implique leur réelle utilisation. Notre travail, par une étude de terrain, dresse un bilan des caractéristiques des situations d’apprentissage collectives instrumentées (SACI) dans l’enseignement supérieur. Notre propos est de déterminer : si les SACI existent ; quelle forme elles prennent (en termes de scénario, d’outils, de type d’activité...) ; si les recommandations issues de travaux de recherche sont mises en pratique par les concepteurs pédagogiques et si les activités prescrites par ces concepteurs se déroulent comme prévu avec les apprenants et les tuteurs ? Pour répondre à ces questions, nous nous basons plus particulièrement sur des enquêtes d’usage auprès des acteurs de SACI.

Janvier

Lundi 21 janvier

  • Rachel Panckhurst

SMS en chantier : essai de classification

Argumentaire

Le discours électronique médié constitue notre champ de recherche depuis plus d’une décennie. Quand l’ordinateur est utilisé pour le courriel, les forums de discussion et les chats, en tant qu’outil permettant la communication entre individus, il devient un véritable médiateur ; son utilisation modifie
notre discours et ainsi notre façon de communiquer avec autrui. Émerge alors un nouveau « genre de discours », le « discours électronique médié (DEM) ». Le DEM contient des marques linguistiques et extra-linguistiques qui lui sont propres et il entre dans le cadre plus global de la « communication médiée par ordinateur » (CMO). (Panckhurst, 2006 : p. 345)
Plus précisément, nous avons effectué des analyses linguistiques et informatiques de courriers électroniques, puis de forums de discussion, et plus récemment de messageries instantanées (ou chats), et ce, dans un contexte d’enseignement supérieur et de recherche (Panckhurst 1999a, 1999b, 2001, 2003, 2006, 2007, 2008).

Tout au long de ces recherches, nous avons été confrontée, à maintes reprises, à une certaine évolution créative. En une décennie, la situation s’est modifiée, car la téléphonie mobile a connu un essor remarquable, en apportant l’utilisation massive de SMS (« Short Message Service » ou « service de messages courts »).

Nous focalisons nos recherches actuelles sur l’étude des SMS, pour en dresser une typologie et ensuite réfléchir sur cette évolution afin de comprendre quelles peuvent être les problématiques et les éventuelles conséquences dans un domaine comme celui du traitement automatique des langues (TAL).
Dans ce contexte, la néologie (essentiellement utilisation d’anglicismes ou de verlan) et la néographie (nouvelle orthographe) nous intéressent au premier chef, car elles sont fréquemment utilisées dans le cadre d’écriture de type SMS. Dans le cadre précis de cette présentation, nous évoquerons essentiellement les aspects concernant la néographie, mais incluant tout de même des phénomènes relevant de différents domaines de la linguistique théorique : phonétique/phonologie, morphologie, syntaxe, morphosyntaxe, sémantique, stylistique, pragmatique.

Démonstration de l’utilisation du logiciel « SMS pour la science ».

Dans une deuxième partie de notre présentation, nous évoquerons l’utilisation du logiciel « SMS pour la science », (Fairon et al. 2007), qui permet la consultation (« brute » ou retranscrite) d’un vaste corpus de 30 000 SMS recueillis en Belgique francophone dans le cadre du projet du même nom : http://www.smspourlascience.be/


Lundi 28 janvier

  • Violaine Prince (Université Montpellier 2 et LIRMM-CNRS) :

L’influence de quelques grands domaines discursifs sur les méthodologies et les performances d’applications en traitement automatique des langues

Argumentaire :

La linguistique de corpus a montré que les performances des outils de traitement automatique des langues (TAL) étaient sensibles aux données fournies. Or la majorité des travaux en TAL utilisent des algorithmes d’apprentissage qui épousent les « idiosyncrasies » des données, sans grand discernement. Il a été également stipulé que les genres textuels avaient de l’influence sur les résultats obtenus (Rastier 2002). Dans l’état actuel des choses, cette assertion ne peut être réellement expérimentée par les systèmes à apprentissage, compte tenu du fait que le genre textuel ne peut être isolé par eux des autres particularités des données.

Dans cette communication, nous nous sommes intéressés à deux applications particulières de TAL que sont la compression automatique de textes (par compression de phrase) et la segmentation thématique. Les logiciels développés, ou en cours de développement, sont fondés sur des algorithmes sans apprentissage et donc non sensibles aux particularités des données. En revanche, nous avons posé comme hypothèse la sensibilité au domaine discursif telle qu’énoncée ci-dessus, et c’est cette dernière qui a été évaluée. Cette communication décrira ces applications, leur théorie fondatrice, la méthodologie d’évaluation adoptée, ainsi que les résultats obtenus sur des données dans plusieurs domaines discursifs (contes et romans, écrits journalistiques, articles scientifiques en biologie, textes juridiques de la communauté européenne, discours politiques). On concluera sur l’importance du domaine discursif en tant que facteur pour la conception adaptée de logiciels de TAL.


Lundi 10 Mars

Deux conférences :

De 14h à 15h30

Bertrand Verine
Dialogisme et technologie : quel statut pour les citations enregistrées dans l’information radiophonique ?

Argumentaire :

La spécificité du discours rapporté direct (DD) à la radio (et à la télévision) réside dans la possibilité de donner à entendre (et/ou à voir), grâce à l’enregistrement, la matérialité même de la locution citée. Or très peu de linguistes analystes du discours des médias prennent réellement en compte le choix et l’alternance entre DD représenté par la voix du journaliste citant et DD convoqué par l’enregistrement du locuteur cité. Certains amalgament les deux modes de citation ; d’autres les traitent en parallèle sans les articuler ; d’autres enfin s’efforcent de donner un véritable statut à leur différence.
J’argumenterai en faveur de cette dernière position. D’une part, en effet, l’homologie formelle indéniable impose de maintenir une description unifiée du DD. Mais, d’autre part, l’instrumentation technique induit des effets textuels et discursifs qu’on ne saurait ignorer. Les deux arguments les plus saillants sont les suivants. (i) La souplesse du montage numérique est en train de favoriser l’apparition de formes avec îlot textuel semblables à celles de la presse écrite. Ainsi dans :

L (journaliste) à en croire Renaud Dutreil ministre des PME le gouvernement
l (ministre) continue à travailler jusqu’à la dernièr’ second’
(France Inter, 2 mai 2007).

on change explicitement, mais sans marqueur verbal, de locuteur entre le sujet le gouvernement et le verbe continue à travailler. (ii) La dualité des contextes sonores restreint les possibilités d’enchaînement syntaxique de l’énonciation enchâssante sur l’énoncé enchâssé.

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De 15h30 à 17h

Laurent Fauré

Interpellation, interjection, indexicalité : de la mise en voix comme ressource interactionnelle à la mise en scène interlocutive

Argumentaire :

Indubitablement liées à la situation d’interlocution et recourant, à l’oral, aux ressources de la vocalité, interpellation et interjection ont toutes deux partie liée à l’indexicalité et aux modulations locales du sens. Au plan énonciatif, les contours morphosyntaxiques et sémantiques de ces deux structures s’avèrent relativement flottants (en particulier pour les formes interjectives). Reste qu’elles n’en partagent pas moins une relation serrée au contexte, qu’elles contribuent à configurer. Ce fil rouge du rapport partagé à la contextualisation est cependant lui-même problématique : d’une part, il assigne ces formes linguistiques à une variabilité/ déformabilité sémantique plus ou moins bien décrite, et d’autre part, par un effet de circularité, cette postulation ne suffit pas à comprendre précisément en quoi ces unités participent de la reconfiguration du contexte interactionnel.

La difficulté analytique s’aggrave quand il n’existe pas de support praxémique ni parapraxémique : tel est le cas des vocalisations « interjectives » spécialisées en français dans l’énoncé d’appel. Normalement attendues en initiale de tour (comme ho ! ou hé !) elles occupent aussi à l’oral (et, à l’écrit, sous des formes sémiographiques relativement mal fixées ou peu normées) diverses positions cotextuelles et notamment en milieu (eh bien) et fin de tour (hé ?). Comment, par ailleurs, rendre compte du fait que les mêmes vocalisations (morphophonologiquement indistinctes) puissent relever d’un acte de sommation ou, à l’opposé, d’une procédure de réception, tout en étant spécialisées dans lesdits traitements (cf. ho ! initiatif VS oh réactif). Et comment interpréter certains formats d’association (comme hé ! ho !). Ainsi, dans le continuum sémantique qu’exhibent de telles particules, quel solde de la valeur instructionnelle proprement indexicale peut-on assigner à ces ressources situées et participatives ?

L’objet sera donc d’analyser les propriétés sémantico-interactionnelles des vocalisations d’appel en termes d’enchaînements (sommation prospective-réponse ou réaction retrospective), en les replaçant au sein de diverses marques mimogestuelles, vocales et verbales qui relèvent plus globalement de l’interpellation. Celle-ci modèle en effet l’espace communicatif et contribue au réglage intersubjectif en foyers d’attention successifs, dont le départ pourrait bien se trouver dans l’identification et l’image de soi. D’où la piste de la publicisation des rapports intersubjectifs au-delà des formats strictement affectifs naguère convoqués.

Dans le cadre de la linguistique interactionnelle (et plus précisément de la grammaire pour la conversation) et de la praxématique, on s’efforcera d’interroger le formatage participatif de ces métapraxèmes interpellatifs sous l’angle de leur relation spécifique à l’interlocution et à la notion de foyer d’attention. L’investigation suivra la piste de la publicisation des rapports intersubjectifs. Elle s’étaiera, pour ce faire, d’études de cas prélevées d’un corpus (audio/vidéo) d’énoncés oraux transcrits (en français) attestés en situations d’interactions quotidiennes relativement variées (procédures de service, échanges entre étudiants, travaux de groupe entre collégiens, parole publique, entretiens et énoncés médiatiques).

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Lundi 17 Mars

Deux conférences :

De 14h à 15h30

Aleksandra Nowakowska

De la confession catholique à la confession cathodique dans les émissions
de reality-show… Du détournement d’un genre

Argumentaire :

La confession est un genre du discours de type religieux, fortement ritualisé dans sa forme et dans son contenu. Elle implique deux participants ayant chacun un rôle précis : le confesseur (le curé représentant l’intermédiaire de Dieu) et le confessé (un pécheur ordinaire). La confession se déroule en principe dans un lieu ritualisé : le confessionnal dans une église. Son déroulement fortement standardisé permet la distinction de plusieurs étapes : l’énumération des pêchés, conformément à la prescription, éventuellement demande de conseils, expression des regrets sincères, demande de pénitence et une ferme promesse d’amélioration. L’accomplissement de différentes étapes repose sur l’articulation des dimensions verbale, paraverbale et gestuelle :

(i) les éléments verbaux concernent la reconduction des formules ritualisées en ouverture, dans le corps et en clôture de l’interaction, une forte focalisation sur le sujet parlant, l’utilisation des temps de l’époque passée (le passé composé), l’emploi du vocabulaire axiologique, etc. ;

(ii) les éléments paraverbaux mettent l’accent sur l’intonation et le ton appropriés ;

(iii) Les éléments mimo-posturaux sont en relation avec la position du corps, l’expression faciale et les gestes. En partant du principe que le dialogisme (Bakhtine 1934/84) se déploie d’abord au niveau macrotextuel en tant que « reprise de (dialogisme constitutif) et réponse à (dialogisme interdiscursif et interlocutif) d’autres discours » (Bres et Nowakowska 2006), j’analyserai la mise en scène de la confession dans certaines émissions de télévision. Cette communication se basera sur l’analyse de différents éléments distingués pour la confession dans l’émission Les confessions intimes (2005/08 TF1), appartenant au genre reality-show. L’émission analysée est basée sur les reportages, tournés sur les lieux de vie des participants, comportant différents types de séquence :

(i) séquence du récit en voix off,

(ii) séquence d’interaction entre les protagonistes du récit,

et (iii) séquence de « confession face au caméscope ». C’est ce dernier type de séquence qui m’intéressera dans cette communication. Dans les séquences « confession face au caméscope », un participant est filmé en plan rapproché dans l’œil de la caméra. Qui se confesse et qui est le confesseur ? Comment est mis en scène le lieu de la confession ? Quel est le rôle de la confession dans la structure du récit ? La confession cathodique dialogue de multiples façons avec son ancêtre religieux (dialogisme interdiscursif au niveau macrotextuel), sa mise en scène met également l’accent sur l’interaction avec le téléspectateur (dialogisme intelocutif au niveau micro-), enfin les différentes séquences de confession se font écho dialogique à l’intérieur du récit (dialogisme interdiscursif).

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De 15h30 à 17h

Adeline Patard

Les usages modaux de l’imparfait français et du simple past anglais :
quand le temps produit de la modalité

Argumentaire :

L’analyse linguistique a très souvent pointé le lien fort qui existe entre temps passé et modalité. Ainsi, dans de nombreuses langues, la « distance temporelle » exprimée par les temps verbaux du passé (par rapport à T0) est susceptible de signifier en discours une « distance modale » (Lyons 1977, Fleischman 1989, Fleischman 1995, Declerck 2005, Barceló et al. 2006). Je me focaliserai, dans la présente étude, sur le français et l’anglais, deux langues ou des temps comme l’imparfait et le simple past peuvent servir à exprimer deux types de modalité :
(i) une modalité épistémique : le procès est présenté comme improbable (exemples (1) and (2)) ;
(ii) une modalité illocutoire : l’énonciateur(-locuteur) est plus (exemples (4)) ou moins (exemples (3)) impliqué dans son acte illocutoire, produisant ainsi de la politesse :

(1) Emploi hypothétique :

a. Si j’avais le temps, je viendrais te voir plus souvent.

b. If I had time, I would visit you more often.

(2) Emploi optatif :

a. Si seulement j’étais riche !

b. If only I was rich !

(3) Emploi atténuatif :

a. Je voulais vous inviter à dîner.

b. I thought about asking you to dinner.

(4) Emploi forain :

Qu’est-ce qu’elle voulait la petite dame ?

(What does she want (litt. was she willing/wanting), the little lady ?)

J’essaierai dans ma présentation de rendre compte de la production de ces deux types de modalité (épistémique and illocutoire) associées à l’imparfait et au simple past grâce aux notions de monologisme et de dialogisme.

La notion de dialogisme, introduite par Bakhtine, décrit le dialogue interne qui s’établit au sein d’un énoncé entre l’énonciateur-locuteur et un énonciateur secondaire. Par exemple, le discours rapporté (c’est-à-dire Il a dit qu’il était trop occupé) est typiquement dialogique car il implique deux énonciateurs : (i) le locuteur et (ii) un énonciateur secondaire responsable du discours raporté (en l’occurrence Je suis trop occupé). À l’inverse, les énoncés monologiques ne sont le fait que d’un seul énonciateur : le locuteur (par exemple Je suis trop occupé).

Je ferai l’hypothèse que l’imparfait et le simple past sont dialogiques dans leur emploi modal épistémique, tandis qu’ils sont monologiques dans leur emploi modal illocutoire :
(i) en emploi modal dialogique (exemples (1) and (2)), l’énonciateur-locuteur se défausse de la responsabilité de l’énoncé sur un énonciateur secondaire situé dans le passé, conférant ainsi au procès décrit un caractère improbable ;
(ii) en emploi modal monologique (exemples (3) and (4)), le procès est situé dans le passé afin : 
- de présenter l’acte de langage de façon indirecte (exemples (3)) : l’implication non actuelle de l’énonciateur locuteur permet d’atténuer le caractère péremptoire d’une énonciation au présent et produit donc de la politesse ;
- ou de reconnaître, dans une interaction commerciale, le besoin/désir du client interlocuteur afin d’anticiper sa demande (exemple (4)) : l’anticipation du besoin/désir du client implique un engagement plus fort du locuteur dans son offre, produisant ainsi également de la politesse.

Ainsi, l’opposition dialogisme/monologisme permet d’améliorer et de compléter l’explication fondée sur la métaphore de la distance temporelle en rendant compte de la différence entre les deux types de modalités (épistémique et illocutoire) pouvant être produits par la temporalité passée de l’imparfait français et du simple past anglais.

Mars

Lundi 31 mars

Deux conférences :

de14h à 15h30

  • Mathieu Lafourcade (LIRMM - Univ. Montpellier 2 - C.N.R.S.) et Stéphane Riou (Praxiling U.M.R 5267 C.N.R.S. - Univ. Montpellier 3)

Word of Whacky : acquisition d’un réseau lexical, émergence de liens sémantiques et applications à l’analyse du discours via un jeu en ligne multi-joueurs.

Argumentaire :

Les informations lexicales et sémantiques, déjà indispensables pour les tâches réalisées en TALN* et devenant nécessaires dans une perspective de traitement informatique de l’AD*, sont difficiles à collecter. Jusqu’à présent, elles pouvaient l’être soit en ayant recours à une approche manuelle utilisant des experts - vite prohibitive - ou de manières automatiques surdéterminant les résultats en fonctions de corpus retenus. Notre approche consiste à utiliser un jeu lexical en ligne massivement multi-joueurs pour acquérir ces données de manière contributive et ludique [Lafourcade, 2007].

Dans la première partie de notre exposé, nous présenterons le mécanisme de jeuxdemots.org ainsi que le principe du logiciel. Le système de double-validation anonyme sera expliqué et permettra de comprendre comment la base lexicale s’enrichit au niveau des relations entre les mots mais également au niveau des termes (que ce soit des néologies de sens ou de forme). La présentation des types de jeu et le caractère addictif du système compléterons cette première partie.

Nous nous intéresserons dans la seconde partie à l’émergence de liens sémantiques basés sur les fonctions lexicales [Mel’cuk et al., 1995] et la réutilisation des cliques* [Joubert & Lafourcade, 2008] générées dans le système. Nous détaillerons les types de jeux proposés, liés aux fonctions lexicales, qui peuvent représenter, dans une perspective praxématique, des programmes de sens. Les liens ainsi créés permettent la constitution de clique qui permet de faire apparaître les différents usages d’un terme. L’enrichissement de la base à l’aide de relations particulières, comme la relation lieu qui se traduit dans le jeu par la question « Dans quel lieu peut-on trouver  » permet d’obtenir, toujours de façon pondérée, un ensemble de terme qui ne sont pas nécessairement les réponses canoniques que l’on peut s’attendre à trouver, c’est le cas de la relation sentiment que nous allons utiliser dans la troisième partie. Il faut remarquer la possibilité de générer automatiquement à partir des résultats obtenus un nouveau type de jeu non disponible initialement et qui correspond à la relation inverse : la relation lieu(-1) par exemple, qui se traduit par la question « que trouve-t-on dans  ». Les lieux proposés ayant été définis par le type de jeu précédent (lieu) et permet d’être sûr d’obtenir une question cohérente générée par le logiciel.
Dans la troisième partie de l’exposé, nous appliquerons un type de relation particulier, la relation sentiment, à un corpus sur les polémiques mémorielles (la controverse du « rôle positif de la colonisation » suscitée par la loi du 23 février 2005) dans une perspective d’analyse du discours. L’approche habituellement utilisée en TALN ou en data-mining [Devitt et Ahmad, 2007] consiste à caractériser un texte (ou une portion de texte) de façon positive, négative ou avec une intensité associée. Nous montrerons comment jeuxdemots.org permet d’avoir une approche différente via la relation sentiment qui permet d’associer à des termes précis des sentiments. Ce qui permet d’avoir pour chaque terme, un vecteur SENTIMENT pondéré. Nous calculons ensuite pour chaque article de notre corpus, le vecteur sentiment qui lui est associé à partir de chacun des mots qui le composent : nous ne nous focalisons donc pas sur la recherche de terme de sentiments dans nos discours mais bien sur les sentiments associés à n’importe quel terme. Nous montrerons ensuite si ce type d’analyse permet de reconstituer au travers de l’étude d’un corpus journalistique l’évolution d’une polémique telle qu’analysée et reconstituée par un politiste à partir d’informations non-discursives [Bertrand, 2006].

* Lexique :

TALN : traitement automatique du langage naturel
AD : analyse du discours
clique : ensemble des termes fortement reliés entre eux constituant un sous-graphe induit complet dans le réseau lexical.

Bibliographie :

BERTRAND R. (2006), Mémoire d’empire. La controverse autour du « fait colonial », Broissieux : Edition du Croquant.

DEVITT A. & AHMAD K. (2007). Sentiment polarity identification in financial news : A cohesion-based approach. In Proceedings of ACL-07, the 45th Annual Meeting of the Association of Computational Linguistics, p. 984–991, Prague, CZ : Association for Computational Linguistics.

JOUBERT A. & LAFOURCADE M. (2008) JeuxDeMots : un prototype ludique pour l’émergence de relations entre termes. In proc of JADT’2008, Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines , Lyon, France, 12-14 mars 2008.

LAFOURCADE M., (2007) Making people play for Lexical Acquisition. In Proc. SNLP 2007, 7th Symposium on Natural Language Processing. Pattaya, Thailande, 13-15 December 2007, 8p.

MEL’ CUK I.A., CLAS A., PIGUÈRE A. (1995) Introduction à la lexicologie explicative et combinatoire : Edition Duculot AUPELF-UREF.

Mots clés : Traitement automatique du langage naturel, analyse du discours, jeu en ligne, réseau lexical, sens d’usage, analyse des sentiments

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De 15h30 à 17h

  • Laurent Fauré (Montpellier 3)

Deuxième volet de la conférence

Interpellation, interjection, indexicalité : de la mise en voix comme ressource interactionnelle à la mise en scène interlocutive

Le premier volet avait eu lieu le 10 mars (cf. rubrique archivage séminaires 2007-2008).

Avril

lundi 28 avril

à 14h

— Mathias Broth, Université de Linköping

« Formes d’adresse dans une émission télévisée en direct »

Argumentaire

L’identification de personnes est un problème pratique récurrent dans la production d’une émission télévisée. Cette identification s’accomplit avec différentes ressources, dont la mobilisation reflète les contingences spécifiques de la situation au sein de laquelle elle est faite.
Par exemple, l’identification du destinataire n’est pas accomplie de la même façon si ce destinataire se trouve co-présent avec le locuteur, que ce soit sur le plateau ou en régie, ou à distance, comme c’est le cas pour l’identification de cadreurs par les gens en régie. En co-présence, où les interactants sont (potentiellement) visuellement et auditivement accessibles les uns aux autres, l’adresse directe est souvent accomplie sans identificateur verbal explicite. Par contre, pour identifier, de façon mutuellement reconnaissable,
son interlocuteur distant via le dispositif technologique utilisé, qui ne permet pas une vue réciproque des interlocuteurs, on a fréquemment (mais pas toujours) recours à des noms propres, numéros de caméras et pronoms.
L’interaction sur le plateau, où tous les participants sont co-présents, et l’interaction se produisant au sein de l’équipe de réalisation, où les participants peuvent être à la fois co-présents et distants, ne sont évidemment pas distinctes. En fait, l’une n’existerait pas sans l’autre : l’interaction sur le plateau se produit afin d’être passée à la télévision par l’équipe de réalisation et ensuite aussi comprise par le public de téléspectateurs. Cette orientation vers un public distant et par rapport à qui la communication est médiée est, entre autres, visible dans les formes d’adresse sur le plateau, où on peut en effet observer un usage fréquent de noms propres de la part de l’animateur. Aussi bien pour la régie que pour les téléspectateurs, la production d’un nom propre peut – à la différence d’autres formes d’adresse comme les pronoms, le regard, la posture et les gestes – accomplir l’intelligibilité concernant le destinataire du moment, et même si celui-ci est invisible. Si l’absence d’un nom propre lors d’un changement d’invité ne pose pas problème pour l’identification du destinataire sur le plateau, elle est souvent problématique pour la régie.
L’analyse présentée dans cette communication se base sur des enregistrements vidéo produits en régie lors de la réalisation en direct de quatre éditions de l’émission Rideau Rouge (TV Europe en 2003 et 2004), et s’inscrit dans une approche praxéologique de l’étude de l’interaction humaine.

Mai

Lundi 26 mai

exceptionnellement séance à 15h)

– 15h-16h30

  • Jacques Bres

« La valeur prospective d’ultériorité de la forme itive dans les langues romanes »

Argument de la conférence :

Dans l’ensemble roman, la grammaticalisation de la forme itive (aller en français, ir en espagnol et en galicien-portugais, etc…) + infinitif, a produit, suivant les langues, trois types d’emploi que l’on peut identifier comme :
(i) emploi prétérital : présent de la forme itive + infinitif, en catalan, occitan et moyen français :

(1) ahir va ploure molt però avui fa bo (‘hier, il a plu (va pleuvoir) beaucoup, mais aujourd’hui il fait beau’)

(ii) valeur prospective d’ultériorité : présent ou imparfait de la forme itive + infinitif (avec ou sans la préposition a

(2) il va / allait pleuvoir

(iii) effet de sens d’ « allure extraordinaire » (Damourette et Pichon ) : forme itive à un temps de l’indicatif quel qu’il soit + infinitif, dans l’ensemble des langues romanes :

(3) - L’usine est occupée, ça va être la bagarre, les licenciements et tu t’imagines que j’irais m’envoyer en l’air avec le patron ? Mais tu es bonne à enfermer de penser des choses pareilles. (Mordillat, Les Vivants et les morts)

Si de nombreux travaux ont été consacrés à la question du rapport entre (i) et (ii), bien peu de recherches se sont intéressées à la question qui surgit de la comparaison de (ii) et de (iii) : alors que pour produire le sens (iii) d’ « allure extraordinaire », la forme itive peut se réaliser à tous les temps de l’indicatif - p. ex. le conditionnel en (3) - pourquoi, pour produire la valeur prospective d’ultériorité (ii), la forme itive ne peut-elle se réaliser qu’aux deux temps simples de l’imparfait (7) et du présent (8) ?

(7) le train allait partir
(7) le train va partir

Pourquoi le passé simple (9), le passé composé (10), le futur (11) notamment ne peuvent-ils entrer dans la production de ce sens ?

(9) *le train alla partir
(10) *le train est allé partir
(11) *le train ira partir

L’hypothèse que nous développerons, en appui sur l’approche aspectuo-temporelle des temps de l’indicatif développée dans Barceló et Bres 2006, est la suivante : la possibilité de construire la valeur de prospection sur le présent et sur l’imparfait comme son impossibilité sur le passé simple et sur le passé composé (plus généralement les formes composées) est d’ordre aspectuel ; alors que la difficulté de construire cette valeur sur le futur – au moins en français, car cette possibilité se réalise en portugais - est d’ordre temporel.

– 16h30-18h

  • Denis Brouillet

« Mémoire et dynamique »

Argument de la conférence :

La mémoire n’encode pas l’essence d’un objet (gist) par un processus d’abstraction. La mémoire encode chaque expérience liée à cet objet. Savoir ce qui a été mémorisé ou ce qui ne l’a pas été exige qu’une question soit posée. Une fois posée elle devient une expérience stockée en mémoire. La reconnaissance ou la récupération d’un événement dépend du recouvrement qui peut exister entre ces expériences. Le souvenir est donc toujours contextuel et en lui présent et passé se conjuguent. Autrement dit, le souvenir a un caractère émergent au sens des théories dynamiques et énactives. Par conséquent, l’oubli comme les faux souvenirs ne sont pas forcément l’expression d’un dysfonctionnement mnésique mais le signe du caractère dynamique de la mémoire humaine.

Quelques paradigmes …
Nous voulons ici présenter sommairement les principaux paradigmes que nous utilisons pour approcher les processus que nous étudions dans l’optique de futures collaborations au sein de Praxiling.

Juin

Lundi 23 juin

14h-16h

Attention ! Le séminaire a lieu à la MSH (17, rue abbé de l’Épée)

  • Claire Cadilhac, directrice de l’école d’orthophonie

« La compréhension comme processus de « reconstruction » : du schéma type aux inférences.
Etude de rappel d’un récit chez des personnes âgées et démentes (DTA). »

Argument de la conférence :

Le rappel de texte est une des épreuves les plus riches pour évaluer le fonctionnement de la mémoire. Nous avons construit différentes versions d’un récit que nous avons soumises à trois groupes : des sujets jeunes, des sujets âgés sains et des patients atteints de la maladie d’Alzheimer (DTA). Les résultats sur cette tâche prouvent, qu’avec l’avancée de l’âge, il existe bien une baisse des capacités et des ressources de la mémoire de travail.
Les analyses qualitatives portant sur les rappels différentiels selon les structures (macrostructure et microstructure) et les tâches (rappel libre et rappel indicé) ont permis de mettre à jour des signes précis concernant les processus complexes de compréhension de textes. Malgré la présence de déficits mnésiques chez les sujets âgés et chez les patients DTA, nous avons constaté que certaines composantes de la mémoire sémantique se trouvaient préservées puisque nous avons toujours constaté que la macrostructure était mieux restituée que les détails pour nos deux populations. Ce système de connaissances serait robuste et permettrait, dans une certaine mesure, de pallier aux déficits de la mémoire à court terme et de la mémoire épisodique par l’activation des schémas types qui rendrait plus efficace le traitement de l’essentiel de la narration. De même la présence d’inférences dans le rappel a montré l’efficacité des traitements sémantiques qui permettent de relier les informations et donc de reconstruire la cohérence globale du texte.
De plus, certains de nos sujets DTA ont eu des résultats similaires aux personnes âgées les moins bonnes. Nous pouvons nous demander s’il n’existe pas un continuum dans la perte de certaines habilités verbales et si les différences qualitatives de comportement des sujets DTA ne pourraient être imputées à des conduites palliatives : ils auraient ainsi gardé des capacités à générer des mécanismes compensatoires.