Rechercher

Sur ce site

Sur le Web du CNRS


Accueil du site > Vie du laboratoire

Séminaires Praxiling 2017-2018

18 mars 2018

Lundi 9 Avril

Jan Lazar , maitre de Conférences en Linguistique française dans les Universités d´Opole (Pologne) et d´Ostrava (République tchèque).
« La variation orthographique dans lʼespace virtuel : vers une nouvelle typologie ? »

Résumé
Le développement énorme des nouvelles technologies de communication, notamment du réseau Internet, entraîne dans nos vies un bouleversement sans précédent depuis lʼapparition de lʼimprimerie. Il ne sʼagit pas dʼune simple révolution technologique, mais on peut parler dʼun remaniement complet de la manière dont lʼhumanité appréhende le monde qui lʼentoure. La mise à disposition constante dʼimages et dʼidées, et leur transmission rapide, ont des conséquences sur le développement psychologique, moral et social de notre société. En quelques années, notre planète est devenue un réseau mondial, bourdonnant de transmissions électroniques. Conséquence de cela, la communication à distance est devenue lʼun des aspects les plus caractéristiques de notre époque. Il suffit de jeter un coup dʼoeil sur nʼimporte quel site Internet pour y trouver des messages tels que slt, sa va ? tu fé koi, chui isi… Dʼun simple regard, il est évident que la langue française employée dans la communication médiée par ordinateur sʼéloigne de la langue soutenue élaborée, notamment par son code orthographique particulier qui sʼapproche de sa forme orale.
Selon lʼhypothèse de la profondeur de lʼorthographe, on peut diviser les codes graphiques en deux groupes – opaque et transparent. Lʼorthographe de la langue française, qui ne transpose pas ses phonèmes directement dans son code graphique, appartient sans aucun doute à une catégorie opaque. Il en résulte logiquement que ce type dʼorthographe pose de nombreuses difficultés à ses usagers, qui voient la nécessité de la modifier et de lʼadapter selon leurs besoins. Lʼespace virtuel, où l’on peut sʼexprimer plus librement grâce à lʼanonymat absolu de cet environnement communicatif, représente donc un terrain privilégié pour ces modifications.
En constituant un corpus de 18 000 mots (9 000 mots pour Facebook et 9 000 mots pour Twitter), nous avons fixé 3 principaux objectifs à notre recherche :

  • établir la typologie précise de tous les procédés scripturaux répertoriés dans notre corpus ;
  • déterminer si la variété ainsi que lʼextension des procédés scripturaux varient dʼaprès le support-espace choisi (Facebook, Twitter) ;
  • déterminer si les supports-espaces choisis se caractérisent par un code graphique à part ou sʼils manifestent des ressemblances avec dʼautres types de communication médiée par ordinateur, p. ex. la communication tchatée.

Lundi 30 Avril

Christel Le Bellec & Jacques Bres , université de Montpellier 3
« Du participe passé dans les constructions passive et analytique »

Résumé
Dans un précédent travail (Bres et Le Bellec 2017), nous avons développé l’hypothèse que le participe passé saisit, en un point de référence R, le temps interne du procès au terme de la phase processuelle, sur la borne terminale Et de l’intervalle du procès. Soit figurativement :

R


|−−−−−−−−−−−−|--------------------
Ei Et
Phases pré-processuelle processuelle post-processuelle
schéma 1 : sorti

Nous avons montré que cette définition aspectuelle permettait de rendre compte des possibilités comme des impossibilités du p.p. en emploi nu : le p.p. peut être incident au prime actant des intransitifs-être (à l’exception de aller), de quelques rares intransitifs-avoir, de certains pronominaux, ainsi qu’au second actant des transitifs. Mais il ne peut être incident au prime actant ni des intransitifs-avoir (dans leur grande majorité) ni des transitifs.
La présente recherche, à partir de cette même définition, analysera deux autres fonctionnements du participe passé : dans le passif périphrastique et dans les temps analytiques. On s’attachera tout particulièrement à expliquer les deux faits suivants :

  • le passif périphrastique peut être un « passif d’état » (la porte est fermée) ou un « passif d’action » (la porte est fermée chaque matin par le concierge).
  • le passé composée peut signifier l’accompli du présent (Pierre est sorti) ou l’aoriste de discours (Pierre est sorti hier à 8h).

Éric Mélac, maître de conférences, département d’études anglophones, université de Montpellier 3
La classification des changements linguistiques : comment redéfinir la grammaticalisation ?

Résumé
Comme le reconnaissent Narrog et Heine dans leur introduction du Oxford Handbook of Grammaticalization (2011), la grammaticalisation est loin d’être un «  concept uniforme  », et «  de nombreuses définitions en ont été proposées  ». Une partie des controverses liées à cette notion s’explique par l’absence de consensus sur les critères qui permettent de distinguer le lexical et le grammatical. Quels que soient les critères adoptés, une vaste zone grise demeure, ce qui a conduit des auteurs comme Newmeyer (2000) ou Campbell (2001) à concevoir la grammaticalisation comme une notion épiphénoménale, qui recouvre différents changements linguistiques, eux-mêmes autonomes. Cependant, la littérature sur la grammaticalisation a pu faire émerger des principes propres au passage d’une forme lexicale à une forme grammaticale. Le principe d’unidirectionnalité (Lehmann 1995, Ziegeler 2004, Haspelmath 2004, Prévost 2003) connaît par exemple quelques exceptions (voir notamment Norde 2000, 2009), mais se confirme néanmoins dans la vaste majorité des cas. Il est en effet très rare qu’une forme grammaticale fasse chemin arrière pour redevenir une forme lexicale. Par ailleurs, lorsque l’on observe l’évolution sémantique qui accompagne le principe de grammaticalisation, on constate également que tous les domaines sémantiques ne sont pas représentés par des formes grammaticales. La grammaire encode des domaines sémantiques qui sont typiquement schématiques, tels que la temporalité, la direction, ou la causalité. Dans aucune langue du monde, on ne trouve d’auxiliaire, de flexion verbale, de déterminant ou de conjonction qui fasse référence à la faune, à l’anatomie ou aux couleurs. C’est typiquement par un processus de lexicalisation que les locuteurs adoptent de nouveaux outils linguistiques qui permettent de désigner des entités concrètes et spécifiques.
Des décennies de débat sur la grammaticalisation ont permis de mettre en lumière un certain nombre de paramètres associés à ce processus, et nous nous intéresserons ici à certains d’entre eux qui sont particulièrement récurrents dans la littérature : la hausse fréquentielle, la réduction, l’évolution sémantique, la mise en arrière-plan, l’obligatorification et la dé-catégorisation (Mélac 2014). À partir d’une définition restreinte de la grammaticalisation, il sera ensuite proposé une taxonomie du changement linguistique en six catégories : la lexicalisation, l’idiomatisation, la constructionnalisation, la cooptation, la grammaticalisation et la syntaxisation.

Références
Campbell, L., 2001. Grammaticalization : A critical assessment. Pergamon Press.
Haspelmath, M., 2004. On directionality in language change with particular reference to grammaticalization. Typological Studies in Language, 59, pp.17-44.
Lehmann, C., 1995 (1982). Thoughts on Grammaticalization. Munich : LINCOM Europa. (Originally : Institute für Sprachwissenschaft, Universität zu Köln, 1982.)
Mélac, É., 2014. L’évidentialité en anglais-approche contrastive à partir d’un corpus anglais-tibétain (Doctoral dissertation, Paris 3).
Narrog, H., & Heine, B. (Eds.), 2011. The Oxford handbook of grammaticalization. Oxford University Press.
Newmeyer, F.J., 2000. Deconstructing grammaticalization. Language sciences, 23 (2), pp.187-229.
Norde, M., 2000. Deflexion as a counterdirectional factor in grammatical change. Language Sciences, 23 (2), pp.231-264.
Norde, M., 2009. Degrammaticalization. Oxford University Press.Prévost, S. 2003. La grammaticalisation : unidirectionnalité et statut. Le Français Moderne - Revue de linguistique Française, CILF (conseil international de la langue française), 2 (71), p. 144-166.
Ziegeler, D., 2004. Redefining unidirectionality Is there life after modality ? In : Olga Fischer, Muriel Norde and Harry Perridon, Up and Down the Cline : The Nature of Grammaticalization. Amsterdam : Benjamins, pp.115-36.

Lundi 7 Mai

Francis Troyan , assistant Professor of World Language Education at The Ohio State University in Columbus, Ohio (USA).
« Teacher and Student Appropriation of Systemic Functional Linguistics in a French Immersion School »

Résumé
This seminar explores teachers and student’s appropriation of language knowledge across a set of literacy events in a French immersion classroom. Defined through the lens of systemic functional linguistics (Derewianka, 2011 ; Halliday & Matthiessen, 2013 ; Martin & Rose, 2008) the teacher and students strategically use to communicate in a variety of communicative « genres » within the classroom : personal and academic, spoken and written.

Mardi 29 Mai

Laurence Durroux, professeur des universités, Université de Grenoble-Alpes.
« Quelques spécificités du langage chez des enfants sourds profonds porteurs d’implants cochléaires : prédication et prépositions »

Résumé
La surdité profonde bilatérale et prélinguale diagnostiquée chez un tout jeune enfant donne lieu au choix parental entre une langue signée, une langue orale, voire le bilinguisme. Nous nous intéressons aux cas des enfants qui communiquent par une langue orale – en l’occurrence le français ou l’anglais, après une implantation cochléaire. Désormais les implantations s’effectuent de plus en plus tôt, parfois autour de 9-12 mois, limitant ainsi la durée pendant laquelle l’enfant n’a pas accès à la parole. Nous nous intéressons aux répercussions sur le langage que cette période sans audition pourrait avoir, sachant que les perceptions sensorielles contribuent grandement à l’établissement des conceptions ou représentations d’ordre cognitif, mises en œuvre dans le langage (cadre théorique de la linguistique cognitive, cf. Lakoff, Langacker, Talmy, Lapaire). De quelle nature sont ces répercussions ? Nous observerons plus particulièrement l’activité de mise en relation (Vincent-Durroux 2017), pour évaluer en quoi elle présente des spécificités chez les sourds profonds. Pour cela, dans un corpus oral recueilli auprès d’enfants et d’adolescents porteurs d’un implant et âgé de 3 à 15 ans, nous étudierons la prédication et les prépositions, formes au « caractère relationnel inhérent » dont l’emploi requiert l’existence ou la présence d’une autre unité (Croft 1991 : 62-63). Nous montrerons que les spécificités relevées pourraient être attribuées à des particularités d’ordre cognitif (Bourdin 2016), concernant la mémoire phonologique dans le cas de la prédication, et les représentations spatio-temporelles dans le cas des prépositions.

Références
Bourdin B., Ibernon L., Le Driant B., Levrez C. & Vandromme L. (2016). Troubles morphosyntaxiques chez l’enfant sourd et chez l’enfant dysphasique : similarités et spécificités. Revue de Neuropsychologie, Neurosciences cognitives et cliniques, 8 (3), 161-172.
Croft W. (1991). Syntactic Categories and Grammatical Relations. The Cognitive Organization of Information. Chicago : University of Chicago Press.
Langacker R. (2008). Cognitive Grammar. A Basic Introduction. Oxford : Oxford University Press.
Lapaire J.-R. (2017). « Grammaire cognitive des prépositions : épistémologie et applications », Corela, HS-22 | 2017, URL : http://corela.revues.org/5003 ; DOI : 10.4000/corela.5003
Vincent-Durroux L. (2017). « La mise en relation par la prédication et les prépositions en anglais : complémentarité, convergences et différences dans quelques approches théoriques », in Vincent-Durroux L. (dir.) Prédication et prépositions en anglais : la mise en relation au prisme de différentes approches linguistiques, CORELA volume hors-série 22, https://corela.revues.org/4988

Kerry Mullan, Maître de Conférences et Coordinatrice de la Section de Langues, ainsi que membre du Social and Global Studies Centre dans la School of Global, Urban and Social Studies à l’Université de RMIT à Melbourne en Australie.
« Gratuit : un tas de feuilles mortes » : l’humour sur facebook

Résumé
Cette étude porte sur l’usage de l’humour dans des fils de discussion au sein d’un groupe Facebook de résidents d’un quartier urbain en Australie qui pour la plupart ne se connaissent pas en personne. L’objectif principal revendiqué par ce groupe Facebook est « de donner aux membres d’un quartier urbain de Melbourne l’opportunité de contribuer de façon positive aux vies des autres membres du groupe ». De ce fait, bon nombre de messages postés sont des demandes de renseignements, de recommandations de main d’œuvre locale, de baby-sitters ou de house-sitters, et/ou des offres d’articles gratuits. Cependant, de nombreux traits humoristiques apparaissent également tout au long de ces fils de discussion. Nous analyserons ces formes d’humour particulières et nous nous poserons la question « dans quelle mesure cet usage de l’humour peut-il contribuer au sentiment d’appartenance des membres de cette communauté ? »
Nous examinerons deux fils de discussion en particulier : l’un d’entre eux voulu au départ comme un message sérieux, l’autre comme d’emblée humoristique. Le message humoristique peut être considéré comme une « mise en boîte » des membres du groupe qui offrent des articles gratuits (pas toujours de haute qualité) en annonçant « gratuit : un tas de feuilles mortes ». Le message censé être sérieux au sujet d’une cuvette de toilettes fissurée s’est immédiatement transformé en un long enchaînement de jeux de mots.

Les deux fils de discussion contiennent de nombreuses contributions enthousiastes de divers membres du groupe, relevant de l’humour pince-sans-rire en ligne, (Holm 2017) ; du badinage, des taquineries, de la fausse impolitesse, (Haugh 2017 ; Haugh and Bousfield 2012) ; et de la co-construction de l’humour absurde, dit « fantaisie » (Hay 2001). Tous ces traits ont déjà été identifiés comme étant particulièrement prisés des Australiens (Béal and Mullan 2013, 2017 ; Goddard 2017). Afin d’analyser ces fils humoristiques, nous emploierons une combinaison de diverses approches théoriques et méthodologiques, telles que la pragmatique, l’analyse du discours, l’analyse de conversation (CA), ainsi que le modèle de classification du discours en ligne de Herring (2004).

Outre ces deux fils, de nombreuses références humoristiques (dans des fils différents) à certains thèmes récurrents dans le groupe - par exemple un plombier particulièrement renommé du quartier et une résidente qui demande régulièrement si quelqu’un peut l’emmener en voiture à l’aéroport - semblent créer des sentiments positifs à l’égard du groupe et encouragent un sentiment d’appartenance de la part des membres. Ceci indiquerait, comme le dit Marone dans son étude d’une communauté en ligne d’amateurs de jeux vidéo (2015 : 61), que « l’humour émerge comme une » colle protectrice « dynamique qui élabore/structure et soutient les interactions dans la communauté ».

Références
Béal, C. & Mullan, K. 2017. The pragmatics of conversational humour in social visists, French and Australian English. Language and Communication 55, 24-40.
Béal, C. & Mullan, K. 2013. Issues in conversational humour from a cross-cultural perspective : comparing French and Australian corpora in in Béal, Mullan, Peeters (éd.), Cross-culturally Speaking, Speaking Cross-culturally, Cambridge Scholar Press.
Goddard, C. 2017. Ethnopragmatic perspectives on conversational humour, with special reference to Australian English. Language and Communication 55, 55-68.
Haugh, M. 2017. Teasing. In S. Attardo (ed.), Routledge Handbook of Language and Humour. New York : Routledge.
Haugh, M. & Bousfield, D. 2012. « Mock impoliteness, jocular mockery and jocular abuse in Australian and British English ». Journal of Pragmatics 44, 1099-1114.
Hay, J. 2001. The Pragmatics of Humor Support. Humor 14, 55-82.
Herring, S.C. 2004. Computer-Mediated Discourse Analysis : An approach to researching online behaviour. In S. A. Barab, R. Kling, & J. H. Gray (eds.), Designing for Virtual Communities in the Service of Learning, 338-376. New York : Cambridge University Press.
Holm, N. 2017. Online Deadpan and the Comic Disposition. Paper presented at International Society for Humor Studies Conference, Montréal, juillet 2017.
Marone, V. 2015. Online humour as a community-building cushioning glue. European Journal of Humour Research 3 (1), 61-83.

Les séminaires et les activités scientifiques des années précédentes sont archivés dans la rubrique « Archives ».